MIN de montpellier : coup d’accélérateur sur la relocalisation des produits agricoles

Publié le 24 août 2021

Le carreau de Montpellier accueille 80 agriculteurs indépendants, qui vendent leurs productions toute l’année à des professionnels (@ L. Rebelle).

Chaque année, au Marché d’intérêt national (MIN) de Montpellier, près de 220 entreprises y mettent en marché leurs produits, dont environ 80 agriculteurs indépendants. La feuille de route 2021-2026 du MIN vise à relocaliser les productions agricoles et à lutter contre la précarité alimentaire.

Permettre aux habitants des villes d’accéder aux productions agricoles en réduisant les circuits de distribution et d’assurer le meilleur prix, tant pour le consommateur final que pour le producteur,  tels sont les objectifs fixés par les pouvoirs publics aux Marchés d’intérêt national (MIN), créés dans les années 60. Des missions que le MIN de Montpellier, porté sur les fonts baptismaux en 1962, se félicite toujours d’accomplir et de pousser même plus en avant. 

"Le MIN de Montpellier, c’est le plus extraordinaire de tous les MIN de France. Non seulement, il est en tête de tous les autres par le pourcentage de son approvisionnement en produits locaux, soit entre 40 et 50 % pour les fruits et légumes, les vins, les viandes et les fromages. Mais il se distingue également par la présence d’un pôle de transformation, qui n’existe dans aucun autre MIN. Il est aussi le seul à avoir un carreau des producteurs accessible au grand public dans l’après-midi. Enfin, il est très proche du centre-ville, mais il n’est pas le seul MIN dans ce cas", détaille avec un plaisir non dissimulé son directeur, Olivier Lauro, en poste depuis 2010.  

Dernier atout et pas des moindres : sa gamme extrêmement riche de produits frais du sud de la France, grâce à sa situation géographique, à savoir entre les deux gros bassins de production que sont les Pyrénées-Orientales et la Provence. "Il n’y a aucun site dans tout l’Hexagone qui peut se prévaloir d’une telle qualité de denrées sur un même lieu", se réjouit son directeur. Bref, le local, déjà tendance depuis quelques décennies, mais remis sous les feux des projecteurs avec la pandémie du Covid-19, est l’ADN du MIN, et un ADN que la métropole montpelliéraine entend accentuer au travers de sa feuille de route, dont l’un des axes majeurs est la relocalisation des produits agricoles, en s’appuyant notamment sur le carreau des producteurs et le pôle de transformation agricole.

Valoriser et relocaliser les produits agricoles

Pour valoriser la production locale, la Métropole a demandé de mettre un coup d’accélérateur sur le développement du carreau des producteurs et du pôle de transformation  du MIN. Le carreau, d’une superficie de 2 500 m2, accueille aujourd’hui près de 80 agriculteurs indépendants, provenant essentiellement de l’Hérault et du Gard, mais aussi de l’Aude, des Pyrénées-Orientales, de la Haute-Garonne, de l’Ardèche, de l’Aveyron, des Bouches-du-Rhône et de la Drôme. Quasiment au complet, et présentant des conditions de commercialisation insuffisantes dans son allée, le schéma directeur du MIN, en cours d’élaboration, devrait se pencher sur cette problématique. Mais la solution idoine serait la création d’une nouvelle halle. "C’est en tout cas ce que nous défendons dans le cadre du schéma directeur", souligne Olivier Lauro. 

Une fois cela précisé, bien que le carreau des producteurs ne soit qu’un des circuits de distribution (les autres étant l’association des producteurs, les grossistes et semi-grossistes, et le pôle transformation), "c’est l’endroit emblématique de notre MIN, ce qui n’est pas le cas des MIN de Rungis, de Nice ou de Marseille qui font la part belle à d’autres réseaux de distribution, notamment les grossistes. Chez nous, le carreau des producteurs, c’est la prunelle de nos yeux", insiste le directeur. 

Si le carreau se distingue surtout par l’origine locale de la quasi-totalité de ses fruits et légumes, ainsi que par la palette de son offre en viandes, fromages et yaourts, entre les mains cependant des grossistes, il pêche toutefois côté poissons et coquillages. "Pour le moment, on n’est vraiment pas au rendez-vous sur les produits de la mer, mais on refuse de faire entrer un grossiste qui ferait concurrence avec nos criées et des pêcheurs qui vendent en direct leurs poissons. On travaille donc à l’élaboration de collaborations avec les uns et les autres. C’est en cours, mais cela prend du temps", reconnaît Olivier Lauro. 

L’autre axe d’évolution, en droite ligne de la feuille de route du MIN fixée par la Métropole, est le développement de l’offre de produits bio.  Avec 4 à 5 agriculteurs bio présents sur le carreau des producteurs, on est encore bien loin du compte. "La présence des producteurs bio est en effet encore très marginale au carreau. Nous n’arrivons pas à les fidéliser pour le moment, car ils ont d’autres réseaux de distribution. Pour encourager ces productions respectueuses de l’environnement, la Métropole a décidé de préserver prioritairement des terres pour y accueillir une agriculture biologique et locale. C’est ainsi que sur les 100 ha de terres des Bouisses, que nous avons préservées à Montpellier, une bonne partie sera réservée à l’agriculture biologique. D’autres terrains dans la Métropole présentent aussi un intérêt. C’est un travail que nous menons dans le cadre du PLUi (Plan local d’urbanisme intercommunal), qui devrait être voté en 2022. Par ailleurs, on travaille avec les producteurs locaux pour les pousser à aller vers des modes de production moins impactants", détaille Marie Massart, adjointe au maire de Montpellier, déléguée aux politiques alimentaires et agriculture urbaine, et présidente du MIN depuis octobre 2020. La relocalisation de la production agricole, avec l’accent mis sur l’agriculture biologique, est aussi au cœur du projet dédié au pôle de transformation agricole.

Le MIN va étendre son pôle de transformation

Premier pôle de transformation agricole lancé sur un MIN, en 2017, celui de Montpellier accueille aujourd’hui une dizaine d’entreprises : Il était un fruit (fruits séchés en sachets), Agriviva (une légumerie), la brasserie Le Détour, Label d’Oc (une conserverie), une plateforme de découpe de poissons, un atelier de viande et de maturation de viande, la Coopérative Terracoopa (crème de riz de Camargue, tofu, desserts végétaux)... 

Leurs clients ? Les commerces et restaurateurs, la restauration collective, les enseignes nationales de la grande distribution, les producteurs agricoles qui pratiquent la vente directe, etc. La Métropole prévoit une extension du pôle, pour pouvoir accueillir une quinzaine d’entreprises supplémentaires d’ici 2023, si possible intégrées dans des réseaux bio. "L’idée est de travailler avec des réseaux bio existants", indique le directeur du MIN.  

Du carreau au pôle de transformation agricole, mais aussi avec une nouvelle unité de production située près du MIN (voir encadré), la Métropole met en avant son envie de développer une agriculture durable et écologique, de favoriser les circuits locaux, de faciliter la distribution des produits régionaux, et de se diriger progressivement vers un mode de consommation de plus en plus "vert", en diminuant notamment l’impact des déplacements et en développant des entreprises sociales et solidaires sur le site du MIN de Montpellier. Décidément, le MIN, en tant qu’outil de massification par ses espaces de stockage, de conservation, de vente, de commercialisation, de transport, etc., est carrément dans l’air du temps, soit en mode durable. 

Florence Guilhem


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