Mildiou : la pression continue

Publié le 09 juin 2020

Dans l’Hérault et l’Aude, les taches de mildiou sur feuilles sont observables dans la quasi-totalité des parcelles de référence. Après la fermeture de la grappe, la vigne verra sa sensibilité diminuer face au champignon.

Les fortes pluies des 10 et 11 mai, combinées aux chaleurs printanières, ont favorisé le développement du mildiou dans le vignoble languedocien. Si les conditions climatiques et les interventions au vignoble ont, pour l’heure, permis de limiter la casse, l’hygrométrie et les pluies fines de ce milieu de semaine font remonter les niveaux de risque.

Après les pluies des 10 et 11 mai, la pression était franchement montée dans le vignoble languedocien face à la menace mildiou. Outre les conditions favorables d’hygrométrie et de température, qui ont favorisé les contaminations et l’apparition des symptômes sur feuilles, la quantité d’eau tombée, en peu de temps, sur l’Aude et la partie ouest de l’Hérault, a franchement fait craindre le pire. Au regard de la quantité de parcelles au sein desquelles les exploitants n’avaient que très difficilement

accès, en particulier dans les zones littorales, la profession a fait front commun pour obtenir la dérogation autorisant le traitement des vignes par hélicoptère. Officialisée trop tard et sous des conditions trop contraignantes, cette approche aérienne n’a finalement pas été utilisée sur le terrain, la météo offrant à la fois une évolution moins favorable au développement du champignon et une fenêtre d’intervention convenable aux viticulteurs pour appliquer leurs traitements.

Ainsi, le 24 mai, le risque mildiou modélisé restait très fort dans les Pyrénées-Orientales et l’Est audois, avec une tendance de diminution dans l’Ouest de l’Aude, dans l’Hérault et dans le Gard. Les pluies du 23 mai ont, par ailleurs, provoqué l’apparition de nouvelles contaminations épidémiques virulentes dans l’Aude, le Gard et l’Hérault.

Jusqu’au stade de fermeture de la grappe, la vigne étant dans une phase de forte sensibilité au mildiou, les humidités nocturnes et matinales suffisent à maintenir la pression dans les parcelles où il est présent, en favorisant le repiquage.

Avec l’humidité, explosion le 12 juin ?

“Les conditions ont été très favorables au mildiou donc, après la tendance baissière du risque évaluée en fin de mois de mai, le retour de l’hygrométrie et de pluies fines de cette première semaine de juin font repartir le risque à la hausse”, indique Augustin Jeoffre, conseiller viticole pour l’Ouest audois en charge de la modélisation du risque à la Chambre d’agriculture de l’Aude. “La modélisation au 9 juin fait donc passer le risque à un niveau très fort sur l’Est du département de l’Aude, ainsi que l’Ouest héraultais et son littoral, et les Pyrénées-Orientales. Nous sommes en train de revenir aux niveaux de risques de mi-mai”, poursuit-il.

Dans la modélisation, les fréquences théoriques d’attaque (FTA, évaluant le risque mildiou sur vigne non traitée) sont encore liées aux pluies des 10-11 et 22 mai, et correspondent aux contaminations secondaires engendrées par celles-ci. “Mais le retour du vent marin de fin mai a fait remonter les hygrométries et, partout où les FTA sont à 10 %, à la moindre petite pluie fine, il va y avoir des explosions du risque mildiou. C’est ce que la modélisation indique autour des 12 et 13 juin. Depuis le début de semaine, de plus en plus de symptômes sont observés sur grappes et feuilles, même sur des secteurs qui n’étaient pas encore contaminés”, ajoute Augustin Jeoffre. Sa collègue, Sandra Bennamane, qui rayonne dans la partie est du département, a même observé du mildiou mosaïque sur des parcelles du littoral. Dans les plus avancées, le stade fermeture de la grappe arrive.

Intervention pénétrante et systémique à privilégier

“À l’échelle du département, nous observons un gradient d’intensité de la pression d’est en ouest, où la pression est plus soutenue”, indique Olivia Georges, responsable du pôle viticulture de la Chambre d’agriculture de l’Hérault. “Des taches sur feuilles sont observées dans l’ensemble des parcelles références que nous suivons, avec également des symptômes sur grappes à hauteur de 25 %, mais sans perte de récolte à déplorer pour l’heure”, poursuit-elle. 

Les repiquages liés à l’hygrométrie et le délai d’incubation raccourci par la chaleur vont dans le sens de forts symptômes à partir du 10 juin. Les techniciens des Chambres languedociennes s’accordent donc sur des préconisations de maintien de la protection systémique et pénétrante, à adapter selon la réalité météorologique. “Ce n’est plus du tout le moment de travailler en préventif pour l’instant. Ce n’est pas la peine non plus de forcer sur les doses, mais il est possible de resserrer les cadences sur secteurs à forte pression. En viticulture biologique, il ne faut pas hésiter à associer un cuivre à 300 g/ha avec des produits de biocontrôle, qui ont montré leur efficacité. Il faut impérativement protéger avant les pluies, sauf si le produit n’a pas été lessivé”, ajoute Augustin Jeoffre. En viticulture conventionnelle, son collègue, Nicolas Sourd, termine en indiquant qu’en cas d’attaque déclarée, le Profiler®, qui contient du Fosetyl-Al, “est déconseillé, car s’il est efficace sur feuilles, il l’est beaucoup moins sur grappes”.

Une fois le stade de fermeture de la grappe atteint, la sensibilité de la vigne au mildiou diminuera fortement.

Olivier Bazalge


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