Marie-Françoise Lecaillon à la rencontre de l'agriculture gardoise

Publié le 04 mai 2021

Marie-Françoise Lecaillon, préfète du Gard, invitée par la Chambre d’agriculture à rencontrer des représentants de chaque filière. Ici à Maison Sinnae, à Laudun-l’Ardoise. © Ph. Douteau

ZNT, cours d’eau, projets d’irrigation, dispositifs post-gel. L’agriculture gardoise avait donné rendez-vous à la préfète, Marie-Françoise Lecaillon, pour lui signifier les problématiques propres au territoire.

La préfète du Gard et les représentants agricoles avaient fixé le rendez-vous au 21 avril. Sur invitation de la présidente de la Chambre d’agriculture, Magali Saumade, Marie-Françoise Lecaillon s’est acclimatée aux sujets qui agitent la ferme Gard, sans oublier le gel, après s’être rendue chez des agriculteurs sinistrés le 10 avril.

Pour se familiariser aux particularismes, la préfète s’est d’abord rendue dans les rizières de Cédric Santucci, à Saint-Gilles, pour évoquer l’irrigation sensible dans cette zone, ou encore les ZNT (zones non traitées). Ensuite chez l’arboriculteur Jean-Paul Arcé (Beaucaire), alors que les récents dégâts risquent aussi d’avoir une incidence sur l’emploi de saisonniers, puis au Domaine Saint-Firmin (AOP Duché d’Uzès) de la famille Blanc. Pour boucler le panel, la journée s’est terminée à Maison Sinnae, à Laudun-Chusclan.

Besoins en eau : organiser une dynamique de territoire

Reçue par le président de la cave, Philippe Pellaton, la préfète a eu droit à un tour du propriétaire. Après un cours express sur la double fabrication du rosé (de saignée ou en pressurage direct) et la présentation des barriques en chêne des Vosges, place aux dossiers solides. Ou plutôt, liquides, avec la gestion de la ressource en eau. C’est Olivier Crégut, viticulteur à la coopérative de Roquemaure (Côtes-du-Rhône), qui s’y est jeté.

Rappelant les conséquences de plus en plus concrètes du changement climatique sur le stress hydrique de la vigne depuis 2003, le coopérateur a annoncé la volonté des crus Tavel et Lirac, avec le syndicat des Côtes-du-Rhône et la Chambre d’agriculture du Gard, d’impulser “une grande dynamique” sur 17 communes, entre Chusclan, Tavel, Rochefort, soit 8 500 ha de vignes. Le projet va recueillir l’avis de 600 exploitations viticoles en vue d’installer un outil de captage. Les avis seront recueillis jusqu’en juin. “S’ils sont intéressés, on lancera une étude de faisabilité.”

“Nous sommes dans une zone pauvre en matière d’accès à l’eau. Il nous faut une perspective”, abonde Philippe Pellaton. D’autant que son attribution n’est pas sans conséquence pour certains. “Je risque de perdre mes aides JA, car sans accès à l’eau nécessaire, je ne pourrai plus faire du côtes-du-rhône gardois”, alerte Julien Courdesse, jeune agriculteur à Tavel. 

Cours d’eau : à cours de solutions 

Saluant ce type de démarche collective, la préfète est attentive. “La sécheresse s’accentue”, insiste David Sève, président de la FDSEA 30. “Ce type de projet est à notre portée.” Tout comme elle a réagi aux interrogations sur la cartographie des cours d’eau soumis à la réglementation ZNT. Source d’inquiétude pour les agriculteurs, selon lesquels “beaucoup de cours d’eau qui n’en sont pas pour nous, y sont inscrits”, le sujet laisse place à l’incertitude. “Est-ce qu’il y a des marges de manœuvre entre la cartographie demandée par la ministère de l’Écologie de 2015 et l’approche phytosanitaire de 2017 ?”, s’interroge-t-elle. “Pour l’instant, je n’ai pas la solution.” Localement, les dispositions sont fixées par arrêté ministériel de 2017, “à décliner dans les départements”, indique André Hort, directeur de la DDTM du Gard. Une déclinaison annulée par France Nature Environnement. Pour l’heure, c’est l’arrêté préfectoral du 17 décembre 2020 qui prévaut. Mais quid en cas de contrôle, et comment dissocier les certifications (AB, Terra Vitis) ? Un principe de “contrôles pédagogiques, sur au moins trois ans” par les organismes certificateurs a été validé par les services de l’État, avec accord des procureurs, selon André Horth. Le temps, pour les exploitants, “d’atténuer l’impact de ces mesures”. 

Quant à l’encadrement et au montant de l’enveloppe ‘gel’ pour les sinistrés, la préfète attend des précisions, pressentant un calendrier adapté aux différentes cultures touchées.

Philippe Douteau


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