Mariage acté pour les caves de Pignan et de Pomérols

Publié le 19 avril 2022

La cave coopérative ‘Les Costières de Pomérols’ rassemble 250 adhérents pour 2 500 hectares, dont plus de 520 ha en AOP Picpoul de Pinet. © F. Guilhem

Le 8 avril, les caves coopératives de Pignan et de Pomérols organisaient le même jour une assemblée générale extraordinaire, pour soumettre au vote leur fusion.

Il est des décisions qui prennent du temps. Ainsi en a-t-il été pour les adhérents de la cave coopérative ‘La Vigneronne’ de Pignan, à qui il était proposé de fusionner avec la cave coopérative ‘Les Costières de Pomérols’. Trois ans de discussions à bâtons rompus auront été nécessaires pour les convaincre de "franchir le Rubicon". Avec des volumes annuels autour de 12 000 hectolitres les bonnes années, loin des 110 000 hl de la cave de Pignan dans les années 80, cette dernière savait que son salut ne se ferait pas en restant seule dans son coin. D’autant qu’en 2018, avec l’effondrement de la cave coopérative de Quarante, où celle de Pignan apportait ses volumes à vinifier, il lui fallait trouver un autre prestataire. Les élus du conseil d’administration prennent alors leur bâton de pèlerin pour chercher une adhésion dans une autre cave.

Après s’être entretenus avec les caves de Cournonsec, Montagnac, Saint-Georges-d’Orques, de Pinet et de Pomérols, ils finissent par jeter leur dévolu sur cette dernière, en 2019. "Le projet de Saint-Georges-d’Orques n’était pas, à notre avis, assez bien ficelé. À Cournonsec et Montagnac, les caves mettant l’accent sur le vrac, ce n’était pas suffisamment intéressant pour nous en termes de valorisation de nos volumes. Quant à L’Ormarine, si elle nous assurait une collecte sur notre site, elle nous offrait une rémunération supérieure si on lui apportait nos volumes alors qu’à Pomérols, la rémunération, avec la collecte sur notre site, était au top. C’est ce qui nous a décidés", rappelle Joël Vidal, président de la cave coopérative de Pignan depuis avril 2020, et vice-président à l’époque de ces négociations.

Des réticences...

Après une année probatoire, que permettent les statuts, les adhérents décident de conserver leur adhésion à la cave de Pomérols. L’année suivante, les élus leur proposent d’aller plus loin et de passer à l’étape de la fusion des deux caves. Fin de non-recevoir. Les adhérents votent contre à 75 %. "Ils ont un attachement viscéral à leur cave coopérative, comme à leur village. Ils avaient aussi le sentiment qu’en fusionnant avec Pomérols, ils allaient perdre leur identité. Ils pensaient, enfin, que l’on pouvait rester autonomes", analyse Joël Vidal. Mais l’effondrement de la cave de Quarante, le passif d’une créance de plus de 600 000 € et la vétusté de l’équipement menacent l’existence même de la cave. Ne rien faire pourrait bel et bien signer son arrêt de mort.

Le président de l’époque, Fredy Cypre, remet l’ouvrage sur le métier avec son équipe, et recontacte les adhérents un par un. Son successeur, Joël Vidal, prend le relais. Un travail de remise à jour du capital social et des statuts est réalisé, et de nouveaux pourparlers sont engagés avec la cave de Pomérols pour trouver un nouveau terrain d’entente. Pour les convaincre d’accepter la fusion, cette dernière leur propose une rémunération au même niveau que celle de ses adhérents, un soutien pour leur développement de la vente directe, le maintien de leur point de collecte à Pignan, et l’intégration d’élus à son conseil d’administration.

... à l’acceptation

La proposition de fusion, une fois ficelée et passée sous les fourches caudines des experts comptables et juridiques, est de nouveau soumise aux adhérents de Pignan, le 8 avril 2022, lors de leur assemblée générale extraordinaire. Sans pour autant que les craintes et les résistances ne soient totalement dissipées, 72 % des adhérents votent toutefois en faveur de la fusion. "Si on y est arrivé, c’est grâce à mon prédécesseur, Fredy Cypre, qui est à l’initiative de cette démarche", tient à rappeler le président actuel de la cave, heureux désormais de pouvoir avancer sur de nouveaux projets. 

Au même moment, les adhérents de  la cave de Pomérols, réunis aussi en assemblée extraordinaire, sont également invités à se prononcer sur la fusion. Sans l’ombre d’un doute ni d’une réticence, ils votent pour à l’unanimité. Et son président, Jean-Louis Atenzia, de se réjouir de cette décision, après trois années de discussions intenses. "On va pouvoir enfin avancer ensemble. La cave de Pignan est extrêmement bien placée, offrant un ancrage dans la métropole montpelliéraine. Elle dispose, par ailleurs, d’un terrain d’un hectare à côté de la mairie. L’idée est de faire ce que l’on a fait à Mèze, soit un beau caveau de vente, qui va nous permettre de capter une clientèle pour la vente directe que nous n’avons pas dans ce bassin, puisque nous sommes ancrés dans le bassin de Thau", détaille-t-il.

Quant au devenir du site, la réflexion est ouverte. "C’est une cave coopérative avec une structure imposante et une très belle façade. Il faut trouver une nouvelle vocation à ce bâtiment, mais ce qui est sûr, c’est qu’il faut conserver la façade", complète Joël Julien, le directeur des Costières de Pomérols. 

Une fusion à effet rétroactif

Le traité de fusion entre les deux caves coopératives a été approuvé le 27 janvier dernier par la cave de Pomérols, et le lendemain par celle de Pignan, avant d’être soumis au vote des adhérents, le 8 avril, dans le respect des procédures. "La fusion sera effective au plan juridique et comptable de manière rétroactive, soit au 31 juillet 2021", indique Catherine Salard, juriste à La Coopération agricole Occitanie, qui a planché sur les statuts. Avec la fusion, tout le patrimoine de la cave de Pignan sera transmis à celle de Pomérols, tant l’actif que le passif, ce qui implique la reprise de l’ensemble des engagements souscrits et des actions entamées, dont la créance à l’encontre de l’EURL Caveau de Quarante.

Compte tenu que la cave de Pignan était déjà adhérente à celle de Pomérols, la rémunération des apports de vendanges est déjà à l’identique de celle reçue par les adhérents des Costières. Il a été aussi acté le maintien du site de collecte à Pignan et le transfert des salariés de Pignan à Pomérols. De même, l’intégration de trois membres du conseil d’administration de Pignan à celui de Pomérols a été validée. "En fait, la fusion n’entraînera pas de réels changements, et le nom de la cave coopérative, ‘Les Costières de Pomérols’, sera conservé pour cette nouvelle entité. Ce qui change, c’est la circonscription de la cave coopérative, puisqu’aux communes qu’elle couvre déjà viendront s’ajouter celles couvertes par Pignan", ajoute la juriste de La Coopération agricole. Enfin, l’engagement pour la collecte et la vente des volumes a été fixé à une durée de cinq ans.

Ce nouveau départ pour les deux caves coopératives permettra, pour celle de Pignan, d’assurer la pérennité de ses exploitations viticoles et, pour celle de Pomérols, d’offrir de nouveaux débouchés sur la métropole montpelliéraine. Soit du gagnant-gagnant ! Ne reste plus qu’à transformer l’essai.

Florence Guilhem

 


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