Manifestation contre les gardes à vue dans l'Aude

Publié le 11 mai 2021

Les vignerons se sont rassemblés devant le domaine Montplaisir avant de converger vers la gendarmerie, devant laquelle ils ont bloqué la route de Narbonne pour protester contre la mise en garde à vue de leurs compagnons. © SVA

Après la mise en garde à vue de deux membres de son bureau au matin du 27 avril, le Syndicat des vignerons de l’Aude a fait une démonstration de ses capacités en mobilisant plus de 200 vignerons en peu de temps. Les gardes à vue ont été levées quelques heures plus tard.

A l’heure légale, au matin du 27 avril, les gendarmes sont venus chercher à leurs domiciles Franck Saillan et Damien Onorre, respectivement vice-président et trésorier du Syndicat des vignerons de l’Aude (SVA), pour leur participation supposée à la dégradation des locaux de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), au Grau-du-Roi, le 29 janvier dernier. Les véhicules des vignerons auraient été vus dans un secteur environnant du lieu de dégradation ce jour-là, où des vitres brisées et des graffitis siglés du Crav avaient été retrouvés.

Cette interpellation a donné lieu au placement en garde à vue des deux membres du bureau du SVA à la gendarmerie de Vauvert, dans le Gard, en charge de l’enquête. 

Prévenu dès 6 heures du matin, le président du syndicat, Frédéric Rouanet, a rapidement pris la décision de monter au créneau pour éviter une nuit en cellule à ses collègues. Un appel à la mobilisation des vignerons a alors été lancé.

“Il n’y a pas de problèmes pour rendre les comptes qu’il se doit à la justice, mais nous dénonçons le fait qu’ils aient été interpellés de cette façon, au lever du jour à leur domicile, alors qu’il aurait suffi de les convoquer pour qu’ils se présentent d’eux-mêmes à la gendarmerie”, déplore-t-il.

La caisse de résonance des réseaux sociaux a largement joué son effet et, en début d’après-midi, plus de 200 vignerons venus de tout le département se sont retrouvés au domaine de Montplaisir, à l’entrée de Narbonne. Le président de la Chambre d’agriculture de l’Aude, Philippe Vergnes, est également venu marquer son soutien par sa présence.

Levée de garde à vue

Après avoir exposé la situation à son auditoire, Frédéric Rouanet n’a pas manqué de rappeler à ses troupes combien ces interpellations étaient la dernière chose dont pouvaient avoir besoin Franck Saillan et Damien Onorre, alors que leurs vignes ont été largement touchées par le gel du 8 avril.

Les manifestants ont ensuite tranquillement convergé devant les locaux de la gendarmerie voisine, avant de barrer la route et bloquer la circulation avec des pneus enflammés sur cet axe majeur à l’ouest de Narbonne.

Au cours de la matinée, Me Frédéric Pinet, l’avocat du Syndicat des vignerons de l’Aude, s’était rapidement rendu à la gendarmerie de Vauvert pour assister les deux membres du bureau du SVA au cours de leur garde à vue.

30 000 euros de dégâts matériels ont été répertoriés lors des dégradations du 29 janvier.

Simple coïncidence ou conséquence du coup de force de la mobilisation vigneronne, la garde à vue des deux vignerons a finalement pu être abrégée dans la soirée, après passage devant le juge et un placement sous contrôle judiciaire, avec obligation de se présenter à la gendarmerie chaque semaine. Leurs passeports ont ensuite été saisis.

“Je salue la capacité de mobilisation de notre profession, et suis très fier de la solidarité qui s’est manifestée ce jour à Narbonne. Nos compagnons sont rentrés. Ils ont retrouvé leurs familles, et ils vont bien”, a-t-il ponctué dans la soirée.

Olivier Bazalge


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