Malgré le décalage, une manifestation bien suivie

Publié le 05 novembre 2019

Quelques centaines de manifestants se sont massés devant les grilles de la préfecture.

Les fortes précipitations du mardi 22 octobre ont reporté la tenue de la manifestation des agriculteurs audois deux jours plus tard. La détermination des manifestants n’a en aucun cas été entamée, et une délégation de représentants syndicaux a été reçue par la préfète.

Après le premier appel national à manifester du 8 octobre dernier, rendez-vous était à nouveau donné le mardi 22 octobre autour du mot d’ordre ‘Macron, réponds-nous?!’. Toutefois, dans le département de l’Aude, où l’appel à manifester était conjointement porté par la FDSEA, les Jeunes agriculteurs (JA) et le Syndicat des vignerons audois, la raison a con­duit les organisateurs à ne prendre aucun risque face aux fortes pluies annoncées et à reporter le rassemblement audois au jeudi 24 octobre.

Là, le soleil et le beau temps étaient de la partie pour réunir quelques centaines d’agriculteurs devant les grilles des jardins de la préfecture, à Carcassonne. Tout ce beau monde n’étant pas venu les mains vides, deux machines à vendanger, des dizaines de tracteurs et autres remorques bien remplies ont ainsi largement envahi le boulevard Jean-Jaurès au son des klaxons, de quelques bombes agricoles et de beaucoup de fusées de détresse.

FDSEA, JA et Syndicat des vignerons réunis

Le contenu d’une remorque (bottes de paille agrémentées d’un zeste de fumier), a été déversé devant le portail de la préfecture, avant que Didier Jeannet, Arnaud Arribaud et Frédéric Rouanet, respectivement présidents de la FDSEA, des JA et du Syndicat des vignerons de l’Aude, ne prennent tour à tour le mégaphone pour, du haut d’un tracteur, haranguer la foule et énumérer les multiples mots d’ordre guidant cette manifestation.

Outre les conséquences désastreuses de l’agribashing subi par la profession agricole française, le manque d’effets de la loi Egalim sur les prix de vente constitue une forte source de ressentiment pour les exploitants en colère. “Nous voulons de la sérénité, et pouvoir continuer à faire notre travail en paix”, souligne ainsi Didier Jeannet, qui cite ensuite Montesquieu : “j’aime les paysans. Ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers” - pour illustrer combien les agriculteurs ne comprennent pas les procès pour empoisonnement qui peuvent leur être faits dans les médias et les réseaux sociaux. “Nous avons une mission : produire le mieux possible des aliments de qualité. Il faut nous faire confiance.?Nous ne som­mes pas des fous furieux, bien au contraire, nous sommes dans la dynamique de moindre utilisation des produits de protection des plantes. Mais laissez-nous encore ce temps d’adaptation et de mise en œuvre de modes de cultures alternatifs les plus adaptés à remplir cette mission”, poursuit Didier Jeannet.

Distorsion de concurrence vis-à-vis des règles et des coûts de production

La distorsion de concurrence, sur un marché où les producteurs d’autres pays ne sont pas soumis à des règles de production aussi vertueuses qu’en France, est également dans le collimateur des agriculteurs audois. “Il y a le Ceta et le Mercosur, mais on voit qu’au sein même de l’Europe, des produits phytosanitaires interdits chez nous peuvent être utilisés. Nous ne pouvons pas être à la fois rentables dans nos exploitations et concurrentiels sur les marchés dans ces conditions. Il faut qu’on nous aide. Il faut que le gouvernement nous donne des signes forts et reconnaisse le travail qui est fait dans nos campagnes. Sinon, économiquement, nous serons morts !”, lance le président de la FDSEA audoise.

Arnaud Aribaud, son homologue des JA de l’Aude, n’en pense pas moins, et s’élève vigoureusement contre ces zones de non-traitement (ZNT), au cen­tre de l’actualité depuis quelque temps. “Nous sommes les premiers écologistes de France et ce ne sont pas des illuminés qui vont nous apprendre notre métier ! Demain, à ce rythme, on ne pourra plus s’installer, on ne pourra plus cultiver, on ne pourra plus rien faire ! Nous ne sommes pas d’accord ! Arrêtez avec ces zones de non-traitement !”, s’est-il emporté. Puis, s’adressant directement au président de la République, il a tenu à le prévenir : “Macron, si tu ne réagis pas, demain, nous reviendrons encore plus présents et mobilisés !”

Particulièrement remonté, Frédéric Rouanet, le président du Syndicat des vignerons est, à son tour, monté au créneau pour s’emporter contre les colporteurs de l’agribashing, “une population qui met en exergue la consommation bio, mais qui met la climatisation à fond, vient profiter du soleil dans nos villages, mais qui ne nous soutient pas en partageant des articles sur les réseaux sociaux qui nous font mal, alors que nous travaillons dans nos champs ! Et ne parlons pas de nos collègues qui se font caillasser les tracteurs”, a-t-il pesté devant la foule d’agriculteurs.

Olivier Bazalge


Une cinquantaine de tracteurs et machines agricoles ont bloqué le boulevard Jean-Jaurès, à Carcassonne, une bonne partie de la matinée.

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