Magali Saumade : “On est dans l’urgence”

Publié le 19 janvier 2021

Magali Saumade compte notamment sur le Plan de relance national pour porter des projets de territoires et soutenir les agriculteurs qui en ont le plus besoin. © Ph. Douteau

On ignore encore les conséquences à moyen et long terme de la crise sanitaire qui frappe le secteur agricole et la santé financière des exploitations, mais la Chambre d’agriculture du Gard est sur le pont depuis mars 2020. En ce début d’année, les incertitudes sur la tenue des habituels rendez-vous gardois sont encore d’actualité, pour autant, la présidente est plongée dans les dossiers. Affaires courantes, gestions de crise et échéances cruciales (Plan de relance, Pac, Covid-19), Magali Saumade et ses équipes sont au front.

Il y a moins d’un an, la pandémie a changé la donne pour tout le monde. Comment la Chambre d’agriculture a priorisé les urgences ?

Magali Saumade : “Face à ce fait marquant, nous avons mis notre énergie dans la mise en œuvre du maintien des services de la Chambre, qu’ils soient techniques ou sur le terrain, en nous adaptant aux contraintes. Dès le premier jour du confinement, nous avons mis en place une cellule de crise pour répondre au mieux aux besoins des agriculteurs. Je tiens à remercier les OPA (organisations professionnelles agricoles, ndlr) avec lesquelles nous avons travaillé en bonne intelligence. 

Malgré les difficultés, la Chambre est restée opérationnelle et a poursuivi les échanges nécessaires avec les services de l’État pour assurer, par exemple, la tenue de certains marchés, en collaboration avec les maires. N’oublions pas que la machine économique s’est arrêtée, mais heureusement que peu de filières étaient en production au moment du premier confinement.”

Il a tout de même fallu venir en renfort de certaines productions, et pallier des carences d’approvisionnement...

M.S. : “Oui, comme le maintien des filières en souffrance, telles que l’asperge, le pélardon ou la viande de taureau. Par ailleurs, nous avons organisé la solidarité alimentaire, avec la ville de Nîmes, le Département et la Région, alors que des filières ont rencontré des difficultés pour écouler les marchandises, dans le cadre de la restauration collective notamment. Des besoins alimentaires de qualité étaient identifiés pour les plus démunis. Lors du deuxième confinement, l’action ‘Bœuf gardois’, avec la mairie de Nîmes, a permis d’écouler 4 tonnes de viande de bœuf dans les assiettes. 

Le Gard était déjà engagé sur le sujet de la restauration collective, la moitié des collèges étant fournie en produits locaux grâce à la plateforme UCL (unité de conditionnement des légumes, ndlr). L’idée est d’atteindre les 100 %. La présidente de Région, Carole Delga, poursuit le même objectif pour alimenter les lycées. Dans le Gard, cela reste à développer. Je souhaite donc une collaboration entre le Département et la Région au niveau technique, peut-être via le Plan de relance ?”

Comment ce plan national va-t-il s’activer dans le Gard ?

M.S. : “On attend les données exactes de l’état des filières, notamment celle du vin, déjà très impactée avant la crise du Covid. Les effets sont très hétérogènes selon les marchés économiques des producteurs et des domaines. On compte donc beaucoup sur ce Plan de relance d’1,2 Md€. Le sous-préfet d’Alès, Jean Rampon, a été nommé délégué de la relance pour le Gard, pour informer, en lien avec les maires, des moyens déployés. Dans les prochaines semaines, les orientations seront fixées. Il faut se rendre auprès des agriculteurs pour qu’aucune possibilité de financement ne soit écartée. Le dispositif, relativement simple, sera de l’ordre du “premier arrivé, premier servi”. La Chambre a donc mis en place un Point Accueil Relance, depuis le 4 janvier, avec deux demi-journées de permanence par semaine, les lundi après-midi et vendredi matin. Je ne veux laisser aucun agriculteur sur le bord de la route.”

Peut-on d’ores et déjà recenser les exploitations fortement touchées, voire définitivement à terre ? 

M.S. : “Nous travaillons avec la MSA pour identifier les agriculteurs les plus concernés depuis le début de la crise. Les formations sont maintenues, et une veille permanente est activée pour suivre la situation de tous.

Aujourd’hui, nous sommes dans l’urgence. Je sais que les exploitations en très grande difficulté se comptent sur les dix doigts de la main. D’où l’importance du Plan de relance national pour leur accompagnement. La situation ne serait pourtant pas plus catastrophique par rapport à d’autres années, d’après les indicateurs de Cerfrance et du Crédit agricole, dont j’ai eu connaissance.”

Outre la gestion de la crise sanitaire, le Gard n’a pas été épargné par les aléas climatiques et les intempéries. Quels moyens sont en œuvre ?

M.S. : “Entre le gel, la grêle et les inondations dans les Cévennes en septembre, nous sommes toujours mobilisés auprès des agriculteurs. Créée suite aux incendies de 2019, l’Association gardoise des agriculteurs sinistrés du Gard, pilotée avec Jean-Louis Portal, a été réactivée pour venir en aide aux agriculteurs cévenols. Nous tenons d’ailleurs à remercier le Crédit agricole (qui a fait un don de 53 000 €,
sur les 77 000 € récoltés, ndlr). La création d’une Cuma spécifique a permis l’achat de matériel, livré sous peu. L’objectif étant de conserver ce dispositif départemental en vue d’autres sinistres éventuels. Malgré les mauvaises nouvelles, nous faisons front collectivement, grâce au travail commun des OPA.” 

Quelle est la feuille de route pour 2021 ?

M.S. : “Nous suivons les évolutions et les orientations du dossier Pac. C’est une période de transition, aussi nous restons réactifs sur sa prochaine élaboration, pour que l’agriculture méditerranéenne et gardoise soit sauvegardée. À ce titre, le rapprochement avec la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône est pertinent, de par nos filières et notre territoire camarguais communs. La réglementation des cours
d’eau peut impacter l’agriculture de tout ce territoire. On attend le retour de la préfecture qui retravaille leur délimitation sur ces cartes. 

Chaque année, nous accompagnons 1 700 agriculteurs pour monter leurs dossiers Pac, mais aussi les viticulteurs dans le cadre de la RQD, ou de la certification HVE (haute valeur environnementale), avec un spécialiste de la Chambre d’agriculture, dans chaque domaine et chaque filière (195 exploitations en niveau 1, 120 en niveau 3 dont 100 certifiées, ndlr). Nous souhaitons étendre cette certification aux éleveurs dans les prochaines semaines. 

Nous œuvrons également à une meilleure présence des agriculteurs locaux dans la restauration collective, mais pas seulement scolaire, que ce soit en Ehpad ou à l’hôpital, en comptant sur le Plan de relance.”

Comment maintenir les traditionnels rendez-vous de la Chambre face aux incertitudes quant à l’évolution de la pandémie et aux contraintes liées aux mesures sanitaires ?

M.S. : “Les habituelles réunions de secteur n’ont pas pu avoir lieu, donc la communication a été dématérialisée, par le biais de vidéos sur notre site, bien que cela ne remplace pas les échanges. Mais nous nous adaptons. 

Quant à nos événements, après le report des Journées méditerranéennes des saveurs à Nîmes, en septembre dernier, les prochaines JMS devraient normalement avoir lieu début mai, en partenariat avec la mairie et Nîmes Métropole, mais forcément sous conditions. Si la transhumance n’a pas pu se tenir, tout sera mis en œuvre pour qu’elle puisse revenir en 2021. On navigue à vue, mais on reste optimiste ! Le Mas des agriculteurs est d’ailleurs l’une des bonnes nouvelles de l’année. Sa réussite prouve que l’on est en capacité de travailler collectivement et de répondre aux attentes du monde agricole.”

Vous portez d’ailleurs un projet de reprise de la filière céréalière depuis plusieurs mois...

M.S. : “Avec la Métropole, nous voulons remettre en culture des parcelles abandonnées afin de redynamiser la filière céréales, aujourd’hui à l’arrêt. La création d’un moulin collectif, avec Alès Agglomération, serait le premier projet de ce type porté par le pôle métropolitain.”

Propos recueillis par Philippe Douteau 


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