Les Vignerons indépendants font leur cinéma : musique, nostalgie et traditions

Publié le 13 juillet 2021

Les réalisateurs et réalisatrices, co-scénaristes et producteurs des six fictions, et le jury de ce 12e festival des ‘Vignerons indépendants font leur cinéma’, le 1er juillet à Nîmes. © Ph. Douteau

De Cordoue à Tokyo, en passant par le vignoble alsacien et le sud de la France des années 1960, la sélection des six courts-métrages du 12e festival des Vignerons indépendants du Gard a tenu ses promesses de dépaysement, aussi variées sur le fond que sur la forme. Moteur !

Programmé au mois de janvier, le festival ‘Les Vignerons indépendants font leur cinéma’ est passé à l’heure d’été pour cette 12e édition en différé. Présentant une sélection plus resserrée autour de six courts-métrages venus de France, d’Espagne ou de Géorgie, le syndicat gardois a offert une visibilité à des jeunes réalisateurs et réalisatrices, comme à des projets plus matures. Entre le film musical rythmé par des vendanges sonores, la chronique rurale, le jeu de dupes féministe sanguinolent et le retour à la vie d’un Gérard Depardieu attendri par une Japonaise, encore une fois, le millésime était éclectique. Au point que le jury a décerné, c’est une première, une mention spéciale venue s’ajouter au traditionnel prix.

7e art et artisans de la vigne 

“J’ai toujours trouvé que les vignerons indépendants et le cinéma allaient bien ensemble”, a lancé le truculent directeur de la salle Le Sémaphore, à Nîmes, avant la projection du cru 2021 des courts-métrages. Rendant hommage aux travailleurs de la vigne et du vin, autant qu’au retour dans les salles obscures, l’alliance de la dégustation des divins nectars d’ici et d’ailleurs fait sens plus que jamais. “Dégustons indépendants !”, a-t-il proposé au public, en prélude à la découverte des six films, avant de profiter des vins locaux et géorgiens, à la CCI du Gard. 

En soulignant l’importance de la tenue de ce festival, après la “rude épreuve” de la crise sanitaire, Pierre Jauffret a rappelé le rôle des Vignerons indépendants dans “la défense de notre métier, du mieux que l’on peut”. Du local au national, la crise du Covid-19 aura eu le mérite, d’après le président des VI du Gard, de sensibiliser les élus au rôle “indispensable” des vignerons. La passerelle dressée entre cinéma et viticulture n’est pas si incongrue, “car faire du vin, c’est de l’art”. Tout est question d’alchimie, selon Pierre Jauffret. 

Alsace, Cordoue 

De 7 minutes 30 à 20 minutes, les six courts-métrages aux styles aussi variés que des cuvées ont été sélectionnés par la commission de pré-sélection des Vignerons indépendants du Gard, supervisée par le vice-président, Christel Guiraud, parmi une trentaine d’œuvres. L’équipe part en quête de perles rares pendant près d’un an, “auprès des écoles, au fil de recherches dans d’autres festivals”, explique Barbara Martin, directrice du syndicat gardois. C’est à l’issue de tours de table avec des vignerons, des professionnels de l’image et du public que les films en lice pourront être présentés en salle. 

À chaque édition son lot d’expériences visuelles et sonores. Pas de film d’animation cette année, mais un film sans paroles, où la musique est le fil conducteur des dernières vendanges dans un domaine alsacien. Du ramassage des grappes au ballet des premiers arrivages à la cave, ‘Vinophonie d’automne’ (voir encadré), au montage sec, se réapproprie les bruits environnants des sécateurs, des seaux empilés ou des balais, retravaillés avec une musique spécialement composée pour coller aux sons qui jalonnent une journée type de vendange. Après l’Alsace, direction l’Andalousie, dans la province de Cordoue. Après des décennies de déclin, le village de Villanueva del Rey jouit d’un regain de vitalité grâce à sa ‘Fête de la jarre’ (‘Fiesta de la trasioga’). Produit de première nécessité pour se procurer des denrées, autant qu’activité traditionnelle, le vin nature des jarres n’a pas survécu à la crise du phylloxéra, au grand dam des habitants. “à l’époque, il y avait 60 caves pour 200 maisons”, se rappelle l’un d’eux. “Chacun faisait son vin.” Aujourd’hui, les traditions sont remises au goût du jour, ce qui n’est pas pour déplaire au maire du village. 

Depardieu à Tokyo 

Changement de ton et de propos avec ‘Chrysostome’. Surfant sur un humour noir, tendance trash, la fiction de Lou-Anna Reix confronte un œnologue à la drague lourde et une vigneronne dont la première cuvée fait sensation. En lui proposant un marché peu scrupuleux (un bel article sur son vin contre des faveurs en nature), le goujat rétropédale vite, lorsque la vigneronne raconte l’origine sanglante de ce goût si particulier. Après avoir égorgé un employé, elle a utilisé son sang pour l’intégrer aux cuves. “C’est la première projection publique”, a déclaré la réalisatrice, féministe assumée. “Je suis contente d’avoir entendu des rires, c’était le but.” 

Le voyage s’est poursuivi en Géorgie, avec ‘Qvevri’, un documentaire retraçant les étapes de la fabrication d’amphores, une pratique artisanale de vinification millénaire. Le premier modèle du genre remonterait à plus de 8 000 ans. Retour en France et au terroir d’antan. Dans le Sud, en cette année 1962, un paysan père de famille voit d’un mauvais œil le départ de son aîné au collège chez les Jésuites. La chronique rurale, touchante et aboutie, frôle le hors-sujet du festival, aux dépens du réalisateur. “On devait tourner dans les vignes, mais en raison des grosses pluies, on a changé notre fusil d’épaule”, a confié Christophe Switzer. 

En point d’orge, ‘Grenouille de cristal’ a clos le festival. Le film réunit un Gérard Depardieu endeuillé et une jeune Japonaise qui l’a sauvé du suicide sept ans auparavant. Le vigneron la rejoint à Tokyo pour lui offrir en mains propres son “meilleur millésime”, celui de l’année de la disparition de son épouse.  Pour le producteur Jean-Maurice Belayche, “c’est l’esprit de Gérard Depardieu qui est là.” 

Après délibération, le jury, présidé par le producteur Philippe Liégois, a distingué la fantaisie musicale ‘Vinophonie d’automne’, avec une mention spéciale «à un film qui nous a émus», le documentaire géorgien ‘Qvevri’. 

 Philippe Douteau


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