Les Vignerons indépendants de l'Aude veulent du concret

Publié le 25 mai 2021

Autour d’Alexandre They, les Vignerons indépendants de l’Aude réclament des avancées fortes pour leur secteur après un an et demi de vents contraires. © DR

Après le gel de début avril et les difficultés rencontrées depuis fin 2019, les Vignerons indépendants de l’Aude estiment que la coupe est pleine. Ils réclament à présent des mesures d’aide concrètes pour leurs entreprises, tout en réformant le système assurantiel, et en pérennisant la contractualisation des vracs.

Certes, les signaux positifs sont en train de pointer le bout de leur nez : le taux de vaccination augmente chaque jour, la réouverture des lieux de consommation devient effective et les sorties de chais semblent reprendre du poil de la bête. Les Vignerons indépendants de l’Aude (VI 11), par l’entremise de leur président Alexandre They, ont souhaité “saluer tous ces facteurs allant dans le sens d’une reprise de leurs activités commerciales. Tout est réuni pour ressortir la tête de l’eau après plus d’un an et demi de difficultés sans précédent. Et là, patatras, ce gel nous est tombé dessus”.

En effet, la chronologie des évènements peut porter à penser que le sort a décidé de s’acharner et d’enchaîner les embûches sur la route des exploitants viticoles. “Il faut quand même reconnaître que le cumul commence à devenir lourd”, appuie encore Alexandre They. “Nous ne faisons qu’avoir mal à la tête, alors que les éléments se réunissent enfin pour reprendre fermement les activités commerciales, nous voilà maintenant avec un manque programmé de produits à commercialiser pour la fin d’année et le début de la suivante”.

Pour la plupart privés jusqu’à présent de leurs débouchés commerciaux les plus importants (salons, lieux de consommation CHR), les VI de l’Aude doivent maintenant se résoudre à ne pas pouvoir fournir l’an prochain les marchés qu’ils ont conquis au fil des années.

“C’est à la fois une perte de marchés et une perte de revenus programmées pour nos entreprises. Alors que nous étions dans les starting-blocks de la relance, ce gel nous remet dans le dur et nous refait baisser la tête”, abonde Roland Coustal, secrétaire général de la fédération audoise des VI.

Des mesures qui se font attendre

Bon nombre d’entreprises adhérentes des VI de l’Aude ont utilisé les outils d’aide mis en place pour faire face aux difficultés enregistrées depuis le dernier trimestre 2019 : distillation de crise, aide au stockage privé, souscriptions de PGE ou chômage partiel. Pourtant, Alexandre They insiste sur le moment charnière que constitue ce coup de gel, alors que les entreprises se préparaient à la reprise. “Beaucoup d’annonces ont été faites, avec une somme conséquente, 1 Md€, attribuée pour le fonds de solidarité, que nous accueillons bien évidemment de manière favorable, mais nous n’en savons malheureusement pas plus. Nous n’avons aucun détail sur les mesures adoptées, ni sur des modalités d’application. Seuls les fonds d’urgence utilisés par les préfets ont été utilisés, pour tout le reste, c’est encore l’expectative”, insiste-t-il.

Les Vignerons indépendants audois fixent le point d’achoppement à 2022, lorsque le manque de vin se fera concrètement sentir sur les marchés, et dans les rentrées d’argent des entreprises. “C’est à ce moment-là qu’il sera indispensable de pouvoir bénéficier des mesures que nous avons revendiquées : exonérations de charges patronales sur les salaires, exonération de TFNB, année blanche bancaire et étalement de la période de remboursement des PGE”, rappelle le président des VI 11.

Réforme de l’assurance et contractualisation des vracs

Les PGE justement, et leurs modalités de remboursement, focalisent toute l’attention des VI, au plan local comme national. “En Occitanie, un vigneron sur deux a demandé un PGE et 80 % de ces demandeurs l’ont utilisé”, rappelle d’ailleurs Roland Coustal.

La durée initiale de remboursement était fixée à 4 ans, ce qui ne satisfaisait déjà pas la fédération des VI. “Avec le gel, cela devient tout simplement impossible d’envisager ce remboursement dans un tel délai. Cet argent n’a pas servi au développement économique de nos entreprises; Il a juste permis de payer les charges d’exploitation courantes, les cotisations, les salaires. Pour le rembourser si vite, il faudrait pouvoir compter sur une hausse de 25 % de de nos ventes par rapport à une année normale”, renchérit Alexandre They.

Comme les autres syndicats professionnels de la filière, les VI demandent fortement que cet aléa climatique de trop soit celui qui permette de remettre totalement à plat le système assurantiel agricole. "Seuls 9 % des vignerons utilisent l’assurance socle subventionnée par l’Union européenne, c’est bien qu’il y a un problème. Il faut sortir de ce barème de moyenne olympique sur cinq ans et des 25 % de franchise. C’est totalement inadapté aux besoins de nos entreprises”, se désole Roland Coustal.

De même, avec le manque de récolte lié à ce gel, les planètes semblent également alignées en faveur de la production pour faire une avancée significative sur la contractualisation pluri-annuelle. “C’est le moment de les généraliser sur le vrac”, annonce Alexandre They. “C’est un moyen solide de pérenniser les approvisionnements et le sourcing pour les metteurs en marché, et cela permettra à la production de lisser l’impact de cet aléa climatique. Personne n’a à gagner d’un effet yoyo sur les cours du vrac car il faut que nous soyons capables de tous avancer dans le bon sens.” En effet, la fédération audoise des VI souligne combien ces accords entre la production et les metteurs en marché seront essentiels pour maintenir les parts de marchés dans un contexte de forte concurrence. La pérennité de certaines entreprises pourrait en dépendre.

Olivier Bazalge


AudeVignerons indépendants de l'Aude Alexandre They gel 2021