Les Vignerons indépendants de l'Aude entrent en campagne

Publié le 22 mars 2022

Jean-Luc Fabry, directeur des VI 11 ; Alexandre They, président ; Serge Serris et Roland Coustal, vice-présidents, ont présenté le Livre blanc, à destination des candidats à la présidentielle et aux législatives. © F. Guilhem

Le 10 mars dernier, la Fédération des Vignerons indépendants de l’Aude organisait, dans ses locaux, à Narbonne, une conférence de presse pour présenter le Livre blanc réalisé par sa confédération en perspective des élections présidentielle et législatives prochaines.

"Il faut battre le fer tant qu’il est chaud", dit le dicton. Un dicton qu’a su mettre à profit le syndicat de tous les Vignerons indépendants (VI) de France lors du Salon international de l’agriculture. Alors que la campagne présidentielle bat son plein et que les candidats en lice n’ont pas manqué de défiler au salon – vitrine médiatique importante pour chacun d’eux et occasion rêvée de capter les lumières des caméras et de s’adresser au monde agricole et à tous les Français par la même occasion – le syndicat national en a profité pour les interpeller un à un. Ce n’est pas un grand oral qu’il leur a proposé, mais des échanges nourris, avec des questions sur leurs intentions et programmes pour la filière vitivinicole, avant de leur présenter ses propositions face aux défis qui concernent les entreprises. 

Et parce que les paroles s’envolent contrairement aux écrits, le syndicat s’est fendu d’un Livre blanc, autrement dit d’un livret composé de 34 propositions à destination à la fois des candidats à la présidentielle et aux élections législatives, avec un titre allant droit au but, "Qui mettra les vins d’artisans au programme ?". Un appel digne d’un uppercut, parce que le temps des palabres n’est plus et que les Vignerons indépendants comptent bien peser dans les débats au vu de leur poids économique en France.

Des acteurs majeurs dans l’économie locale

"Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La filière vitivinicole génère un chiffre d’affaires en France de 45 milliards d’euros, dont 60 % sont réalisés par les Vignerons indépendants. Par ailleurs, la filière pèse 15 milliards d’euros à l’export, apportant une contribution positive dans la balance commerciale de notre pays. Forts de nos 7 000 entreprises, les Vignerons indépendants contribuent à l’aménagement du territoire, au maintien du tissu rural et de l’emploi, au dynamisme des territoires, au développement des circuits courts, du tourisme ou encore au façonnage des paysages", énumère le président des Vignerons indépendants de l’Aude, Alexandre They, et vigneron à Montbrun-les-Corbières. 

Autrement dit, des acteurs économiques majeurs sur le territoire, participant, de surcroît, à la préservation de la biodiversité et de l’environnement, comme au rayonnement de la France dans le monde entier, et à son attractivité touristique. Et des acteurs d’autant plus incontournables du territoire, car le modèle économique, basé sur la différenciation et non la massification du produit, est ultra performant. Traduction : les politiques ont tout intérêt à ne pas les oublier dans leur programme.

Reste que pour conserver un marché national fort, conforter et développer des parts de marché à l’export et promouvoir un environnement sain et durable, répondant au demeurant aux attentes sociétales et aux orientations de la politique agricole française, la viticulture et les Vignerons indépendants doivent en avoir les moyens et être accompagnés dans les différents enjeux qui les attendent : résilience économique et climatique, consolidation de l’emploi, et dynamisme des territoires. Pour ce faire, il est temps, selon eux, de lever les entraves qui sont les leurs, que ce soit, entre autres, en matière de contraintes administratives ou encore de charges de production qu’ils considèrent de plus en plus lourdes pour leurs exploitations. Mais plutôt que d’en rester au stade des plaintes et complaintes, les Vignerons indépendants ont choisi de réunir leurs principales propositions dans un Livre blanc pour que soit assuré l’avenir de la filière vitivinicole.

Consolider les entreprises...

Le Livre blanc a été rédigé à partir des réflexions menées à l’échelon national du syndicat et des remontées des 66 fédérations départementales des Vignerons indépendants. Après une présentation détaillée de la filière, de son poids économique, de son rôle dans les territoires, ainsi que des acteurs qui la composent, les rédacteurs du livret ont retenu 34 propositions articulées autour de quatre grands axes : la consolidation des TPE (très petites entreprises) pour l’économie et l’emploi des territoires ; la simplification des démarches réglementaires ; l’accompagnement à la transition sur les enjeux environnementaux et climatiques ; ainsi que l’affirmation et la consolidation du rôle de la viticulture sur la scène européenne et internationale. "Ces problématiques sont communes à l’ensemble des 66 départements français où est présente la viticulture, et que nous vivons, par ailleurs, au quotidien en tant que vigneron", fait remarquer Alexandre They.

Pour pouvoir se projeter sereinement dans l’avenir et continuer à investir dans leur outil de travail, les Vignerons indépendants demandent notamment un allègement de leurs charges de production, "des charges qui pèsent lourdement sur nos entreprises et entravent notre compétitivité“, rappelle-t-il. Pour lever cet obstacle, le syndicat propose d’ouvrir la baisse des impôts de production à la taxe sur le foncier non bâti (TFNB), en mettant en place une exonération automatique de celle-ci à hauteur de 50 %, en droite ligne de ce qui se pratique déjà dans le secteur industriel. "Mais comme la baisse de la TFNB entraînera inévitablement une diminution des recettes des collectivités territoriales, il faut que l’État compense la réduction de ces prélèvements", suggère le président des VI de l’Aude. 

...et faciliter la transmission

Par ailleurs, pour pérenniser leur entreprises dans le temps et assurer la continuité de l’activité viticole sur les territoires, les Vignerons indépendants réclament une révision de la réglementation en vigueur sur la succession et la transmission des exploitations. "Transmettre son entreprise à ses enfants, c’est très lourd financièrement et particulièrement compliqué. Celui ou celle qui reprend l’exploitation doit la racheter, ce n’est pas acceptable. Or, avec le nombre de transmissions qui va avoir lieu d’ici 10 à 15 ans au vu de la pyramide des âges des vignerons, il faut nous donner les moyens de transmettre à nos enfants notre outil de production dans les meilleures conditions", réclame Serge Serris, vice-président des VI de l’Aude.

Plusieurs pistes pourraient être étudiées telles que l’exonération des droits de succession pour le foncier, l’exonération à hauteur de 100 % lors de la transmission des parts sociales, avec engagement de les conserver pendant une durée minimale, la révision à la hausse des seuils des schémas directeurs des exploitations agricoles ou encore la possibilité pour le jeune qui s’installe de pouvoir accéder à des surfaces supplémentaires. Un maître mot : simplifier la transmission.

Appel à un "choc" de simplification

Simplifier, c’est aussi ce que proposent les Vignerons indépendants en matière de démarches réglementaires. "Cela fait longtemps que l’on demande la simplification des démarches administratives. On en appelle même à un "choc" de simplification, car si la procédure pour remplir un dossier en ligne se fait en quelques clics, les données demandées d’un service à l’autre ne s’appuient pas toujours sur les mêmes critères. Et, pour chaque service, il y a une téléprocédure. Avoir un guichet unique simplifierait la tâche. Par ailleurs, quand on commet une erreur, on ne peut pas revenir en arrière. Aussi le droit à l’erreur doit-il être acté lors des contrôles des différentes administrations encadrant notre activité. Il est temps de prendre en compte la réalité du fonctionnement de nos TPE dans l’application de chaque dispositif réglementaire, car un producteur ne doit pas et ne peut pas consacrer la majorité de son temps à remplir des formalités", précise Roland Coustal, vice-président des VI de l’Aude.

Et tous d’espérer que les 34 propositions du Livre blanc produiront un "choc" dans l’esprit des candidats afin qu’ils intègrent dans leurs programmes respectifs cette économie stratégique qu’est la viticulture. Ne reste plus qu’à attendre de voir qui s’engagera demain pour elle... 

Florence Guilhem


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