Les Vignerons indépendants de l'Aude alertent sur la gestion de l’eau

Publié le 12 juillet 2022

En cette année exceptionnelle par son manque de précipitation et ses chaleurs caniculaires dès juin, les Vignerons indépendants de l’Aude ont décidé de centrer leur assemblée générale sur la problématique de l’eau. © O. Bazalge

La viticulture audoise pourra-t-elle se passer encore longtemps d’irrigation?? C’est le sujet qui a animé l’assemblée générale des Vignerons indépendants, vendredi 24 juin, à Ferrals-les-Corbières.

L’année 2022, qui n’en est qu’à sa moitié, a déjà été marquée par des températures caniculaires exceptionnelles dès le mois de juin. Et le déficit pluviométrique est de plus en plus précoce dans certains vignobles. Des viticulteurs ont dû déclencher l’irrigation trois semaines plus tôt qu’en 2021, “du jamais vu”, s’exclame Alain Giniès, vice-président du Département et délégué aux affaires agricoles.

Moins 40 % d’eau dans les terres

Gérard Barthez, maire de Ferrals-les-Corbières a débuté son discours en mettant en exergue la problématique de l’irrigation sur le territoire audois. Avec moins de 40 % d’eau dans les sols, la vigne se trouve dans l’état qui devrait être le sien au 10 juillet. Le maire a tiré la sonnette d’alarme. Il faut “trouver des solutions pour stocker l’eau et permettre aux vignerons d’irriguer”. Pour le maire, l’urgence est de mise, avançant que “le réchauffement climatique, c’est tous les jours”. Des propos qu’a appuyés Serge Serris, vice-président des Vignerons indépendants de l’Aude, qui voit cette problématique de l’eau de plus en plus prégnante dans le département, craignant que “quelque chose échappe très vite aux viticulteurs”. Benjamin Assié, conseiller régional Occitanie/Pyrénées-Méditerranée a poursuivi, pointant que la zone littorale “est la plus impactée actuellement. L’agriculture va sombrer dans une crise très profonde, si on ne résout pas ce problème”.

“Une ressource qui ne semble pas encore problématique”

Pour l’heure, “la ressource de l’eau ne semble pas problématique pour le département, mais aussi ses acteurs”, nuance Alexandre They, président des Vignerons indépendants de l’Aude. Surtout que cette année “les vendanges semblent être sous de bons auspices”, commente-t-il. “Mais nous regardons l’eau couler, sans la retenir.” Si l’hiver 2020 a été un record en pluviométrie pour le département de l’Aude, toute l’eau est partie à la mer, “à défaut de réservoirs de sécurité ou de réserves collinaires”, explique-t-il, en pensant à l’année 1999 avec ses inondations historiques, et plus de 100 millions de mètres cubes d’eau partis à la mer. “Il faut plaider pour stocker l’eau dans l’Aude, quelle que soit sa source (pluie, neige, grêle) et par divers moyens”, insiste Alexandre They. Car, rien qu’au mois de juin, les feuilles de certaines vignes ont commencé à jaunir, signe que la vigne n’arrive plus à transmettre le sucre nécessaire au raisin, faisant craindre la catastrophe chez les acteurs de la viticulture dans le département, qui constatent “des vendanges de plus en plus précoces, et qui risquent d’avoir lieu en août plutôt qu’en septembre”, s’inquiète Serge Serris. Et nombreux sont les vignerons qui redoutent de plus en plus des “méga-feux” liés à la sécheresse, comparables à ceux qui ravagent les États-Unis, la Catalogne ou le Portugal.

Miser sur la solidarité

Pour le président de la Chambre d’agriculture de l’Aude, Philippe Vergnes, il faut “trouver des moyens de stockage de l’eau”, en travaillant ensemble avec l’État, les collectivités et les communes. “Construire des réservoirs ne règle pas la question. Chaque territoire a ses contraintes et il faut étudier comment mettre en place ce stockage de l’eau : en surface ou non, de façon commune ou individuelle??”, s’interroge-t-il. Le sujet de l’agroécologie a, lui aussi, été mis sur la table, afin de s’approcher d’une gestion de l’eau la plus naturelle possible, grâce à un stockage naturel de l’eau dans la terre. Car, la problématique de l’eau, en plus de faire pression sur les agriculteurs que ce soit au niveau de leurs productions, de l’environnement, mais aussi du marché, fait craindre un “désintéressement des métiers de l’agriculture, surtout avec la problématique du renouvellement des populations qui pèse sur la filière. Les jeunes sont de moins en moins attirés par le monde agricole, du fait des aléas climatiques qui rendent la profession de plus en plus incertaine, mais aussi vis-à-vis du réchauffement climatique qui fait redouter le pire à l’agriculture”, explique Alexandre They. “Pour cela, il faut impérativement gérer nos ressources en eau, pouvoir continuer à produire, et insister pour mettre en place un véritable plan d’irrigation, afin de sauvegarder notre patrimoine. Car l’agriculture est ce qui fait vivre notre département”, insiste le président des Vignerons indépendants de l’Aude.

L’eau est un sujet qui a été pris à bras-le-corps par la Chambre d’agriculture, puis par le préfet, Thierry Bonnier. “L’eau doit être en priorité pour les populations et son accès doit être encadré. Nous devons aussi débattre de la préservation des paysages, de la sécurité des personnes et de l’accès de l’eau, afin de pérenniser la culture de la vigne”, conclut le préfet. Alexandre They a donné rendez-vous aux Vignerons indépendants le 24 août, pour dresser la prochaine feuille de route.

Margaux Masson


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