Les Vignerons indépendants de l'Aude agacés par les tensions des marchés mondiaux

Publié le 26 novembre 2019

Les membres du bureau de la Fédération audoise des Vignerons indépendants (de g. à d. : Olivier Verdale, Jean-Luc Fabry, Alexandre They, Roland Coustal et Serge Serris).

A l’heure du bilan des vendanges, la Fédération des Vignerons indépendants de l’Aude s’est penchée sur les sujets préoccupants pour ses adhérents. Les tensions des principaux marchés mondiaux rendent certaines situations difficiles et la perspective des ZNT brouille les cartes.

Les chiffres du millésime 2019 dans l’Aude vont dans le sens d’une légère hausse des volumes récoltés par rapport à l’année précédente. Cette tendance va à contrepied des estimations enregistrées dans le reste du bassin de l’ex-Languedoc-Roussillon, et en Europe en général. “La tendance globale des estimations de production se place clairement à la baisse, avec - 17 % dans l’Union européenne (- 25 % en Espagne et - 15 % en Italie), ou - 7 % dans l’hémisphère sud. En parallèle, la consommation mondiale reste stable, donc une vision basique pourrait nous faire dire que tout va bien, mais si l’on regarde plus en détail, il y a un vrai souci concernant les entrées de gamme de nos appellations”, pose en préambule Alexandre They, président de la Fédération audoise des Vignerons indépendants (VI).

Il indique ainsi que le recul des AOC d’entrée de gamme est net sur le marché de la grande distribution française, avec un impact conséquent sur les volumes de sortie des AOC audoises qui inquiète la fédération des VI. “Pour l’instant, le cours des AOP ne bouge pas trop, mais les sorties en volume depuis le début de l’année 2019 sont nettement inférieures à celles de l’an dernier. Les grandes AOP comme les Corbières sont les plus touchées sur leurs entrées de gamme”, relance Alexandre They. Les marchés des vins sans IG et des IGP sont, quant à eux, jugés stables par les VI.

Rififi sur les marchés mondiaux

Or, le positionnement de commercialisation directe des VI sur les marchés mondiaux les rend particulièrement sensibles aux agitations desdits marchés, avec un impact direct sur la commercialisation de leurs produits à l’export. C’est ce qui est en train de se passer sur les marchés majeurs que sont la Chine, les états-Unis et le Royaume-Uni, avec des inquiétudes légitimes de la part des VI concernant les conséquences de tels flottements.

“En Chine, des accords de libre-échange ont été conclus avec l’Australie début 2019. Résultat : pour la première fois, les vins australiens sont passés devant les français en valeur. C’est du jamais vu. Au Royaume-Uni, l’ombre du Brexit plane depuis plusieurs mois sans comprendre à quelle sauce nous serons mangés. Ce qui est sûr, c’est qu’aucun accord n’a été anticipé alors que, pendant ce temps, nos concurrents ont déjà conclu des accords commerciaux et nous prennent déjà des parts de marché”, soupire encore Alexandre They. Il s’agace de la passivité de l’état français et de l’UE pour protéger les intérêts commerciaux de la filière vin face aux fortes incertitudes de ces marchés.

Les VI attendent donc un soutien fort de la part des institutions, car les exemples concrets de difficultés de leurs adhérents face aux marchés commencent à remonter, à l’image de ce qu’a pu décrire la veille Guillaume Tavallo, régisseur du château Mattes-

Sabran à Portel-des-Corbières, lors de la visite organisée de la préfète Sophie Elizéon. 2 400 bouteilles initialement commandées par un importateur américain sont ainsi bloquées au domaine, suite à l’instauration de la taxe ‘Trump’ sur les vins français. L’importateur a mis la situation en stand-by, car il n’a pas la capacité de répercuter cette taxe sur le prix de vente au consommateur.

Pour l’instant, beaucoup de vignerons acceptent temporairement de couper la poire en deux avec l’importateur, pour la prise en charge de la taxe. “Mais cela ne peut constituer une solution durable. C’est d’autant plus injuste pour nous que nous subissons là les représailles de la guerre commerciale Airbus-Boeing”, précise Alexandre They.

Consolider les marchés, mais aussi les redynamiser

Mais pour les VI, le soutien des gouvernants ne peut se limiter aux difficultés passagères de certains marchés. “C’est toute la consolidation et la redynamisation de ces marchés qui doit être accompagnée. Non seulement il faut des accords internationaux, mais il faut en plus nous donner les moyens d’assurer la prospection et la promotion pour assurer la pérennité de nos entreprises sur ces marchés. Sans parler des difficultés de trésorerie qu’a pu engendrer cette situation de blocage sur certaines de nos entreprises”, enchaîne Alexandre They, en chœur avec Roland Coustal et Serge Serris, respectivement secrétaire général et vice-président des VI audois. D’autant que les responsables de la fédération s’inquiètent de ce que deviendraient ces volumes s’ils ne devaient plus être absorbés par les marchés export. Des moyens financiers sont donc réclamés par les Vignerons indépendants, pour tamponner l’impact financier de ces incertitudes commerciales, mais également pour ne pas perdre la place sur ces marchés.

Olivier Bazalge


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