Les vignerons audois reviennent à la charge contre les vins espagnols “francisés”

Publié le 26 mars 2019

Très mobilisé par le sujet des inondations depuis le mois d’octobre, le Syndicat des vignerons de l’Aude a trouvé, en linéaire de grande distribution narbonnaise, des bouteilles et bag-in-box de vins d’Espagne, jouant sur les mêmes codes que des emballages de vins français. Le syndicat a tenu à rappeler sa fermeté et sa détermination dans sa lutte contre cette ambiguïté d’habillage et d’étiquetage, source de confusion pour le consommateur non averti.

C’est un Frédéric Rouanet remonté qui a reçu la presse à la maison des Vignerons de Narbonne, le 19 mars. Le président du Syndicat des vignerons de l’Aude n’a que modérément apprécié la découverte faite par des vignerons dans une grande surface de Narbonne. L’objet du délit ? Des bouteilles et bag-in-box de vins de Pays d’Oc et de vins d’Espagne du négociant Castel presque homonymes, présentant une grande ressemblance graphique, et cultivant l’ambiguïté sur les origines du contenu. “Cela fait des mois que nous passons beaucoup de temps à nous occuper des conséquences des inondations, nous avons donc relâché la pression sur d’autres sujets. Résultat : à l’heure où les vignerons commencent tout juste à recevoir les indemnisations, nous trouvons ce genre de produits en grande distribution (GD) chez nous. Vu que cette GD locale est quand même plutôt à l'écoute de nos revendications, je n’ose pas imaginer ce que l’on peut trouver dans un rayonnage parisien”, déplore ainsi Frédéric Rouanet. Le président du syndicat n’hésite pas à parler de tromperie du consommateur et de concurrence déloyale, lui qui s’est investi sur ce sujet de l’étiquetage porté l’été dernier devant l’Assemblée nationale par les députés Péréa (Narbonne) et Huppé (Hérault). Les vignerons estiment avoir fait beaucoup d’efforts pour satisfaire le consommateur, et répondre aux attentes agroenvironnementales fixées par le gouvernement.

“Le gouvernement tient un discours de Bisounours”

“Le président Macron veut faire de la France une vitrine écologique en agriculture, et c’est aujourd’hui l’une des plus durables au monde. Mais ce gouvernement tient un discours de Bisounours, car malgré tous les efforts faits, comme la confusion sexuelle ou la nouvelle redevance pour pollutions diffuses sur les produits phytosanitaires à payer en plus depuis janvier, nous nous sentons bien seuls et non protégés, sur un marché où nous faisons face à des pays avec des règles différentes, et des charges plus faibles. Et cela, malgré toutes les dénonciations que nous avons portées”, peste encore Frédéric Rouanet. Même si les produits exhibés respectent toutes les règles d’étiquetage, le syndicat considère cette ambiguïté comme une fraude. “Nous demandons que le consommateur ait les clés en main pour qu’il sache exactement ce qu’il achète. Malgré l’approbation des députés à notre demande d’un étiquetage plus précis, le gouvernement n’a pas suivi. Nous sommes en colère, mais ce n’est que le début, et nous ne lâcherons rien”, poursuit Frédéric Rouanet. Le syndicat garde toutefois bon espoir d’être suivi sur le sujet de l’étiquetage par le nouveau ministre de l’Agriculture Didier Guillaume, et refaire passer l’amendement rejeté par le gouvernement l’été dernier. Une réunion en préfecture avec les douanes et la répression des fraudes est d’ores et déjà prévue début avril pour refaire un point précis sur la situation. “Si on voit que ça n’avance pas, on reprendra les actions comme on sait les faire. Nous remettrons la pression, c’est certain”, augure Frédéric Rouanet pour conclure.

Olivier Bazalge


Le syndicat n’hésite pas à qualifier de “tromperie du consommateur” et de “concurrence déloyale” l'homonymie et l’utilisation de codes “français” entre les références vin de Pays d’Oc et vin d’Espagne commercialisées par le négociant Castel.

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