Les jeunes agriculteurs particulièrement impactés par le gel

Publié le 04 mai 2021

Chef d’exploitation depuis 2016, à Villeveyrac, Charles Mazure a alterné, depuis son installation, bonnes et mauvaises années du fait des aléas climatiques. Avec le gel de cette année, il estime une perte de récolte de l’ordre de 50 %. © F. Guilhem

Si l’ensemble des agriculteurs ont été touchés par l’épisode de gel en Occitanie, dans la nuit du 7 au 8 avril dernier, les jeunes installés depuis trois à quatre ans paient un tribut encore plus lourd, du fait de récoltes antérieures perturbées par des aléas climatiques à répétition et par manque de trésorerie.

Avec la répétition des aléas climatiques d’une année sur l’autre, s’installer en agriculture implique une sacrée foi dans son métier, autant pour ceux qui débutent que pour ceux qui n’ont connu, depuis leurs débuts, qu’une succession d’aléas climatiques, les empêchant d’avoir une récolte intégrale. "Toutes les installations sont fragilisées de fait entre la répétition des aléas, mais aussi le contexte du Covid-19, qui met à mal les débouchés des producteurs et toute possibilité de développement", commente Rémi Dumas, membre du bureau des JA Occitanie et secrétaire adjoint du réseau national JA. Si nombreux sont les jeunes agriculteurs en Occitanie, comme ailleurs, à avoir le moral au fond des chaussettes à la suite de la vague de gel qui s’est abattue sur toute la France du 6 au 8 avril, voyant leurs efforts ruinés dans les parcelles qu’ils travaillent, l’heure est à la résistance. 

"Je ne vais rien lâcher, mais je reconnais que c’est assez décourageant. Mais, bon, je ne vais pas me plaindre car, comparativement à d’autres, nous n’avons pas tout perdu", se rassure Alex Follet, jeune agriculteur en cours d’installation à Villeveyrac, dans l’Hérault. Sur les 4 hectares de vignes, sous compromis de vente en attendant la DJA (dotation jeunes agriculteurs), mais qu’il travaille depuis les vendanges de 2020, 2 ha de jeunes vignes situées en plaine ont été entièrement gelés, "alors qu’elles commençaient à produire un peu. Je devrais perdre autour de 15 tonnes sur un volume global de 38 t", calcule le jeune agriculteur.

Chef d’exploitation depuis 2016, Charles Mazure, du haut de ses 23 ans, alterne, lui, les bonnes et mauvaises années depuis son installation, à Villeveyrac. Après une première année de récolte sans incident notoire en 2016, la suivante est compromise par un épisode de gel conséquent. "Tous les plantiers ont été gelés sur l’ensemble des parcelles, mais seule l’une d’entre elles a eu de la mortalité. Dans celle-ci, sur les 3 700 pieds plantés, 750 sont morts. Il a fallu tout recommencer. Heureusement que ma famille était derrière moi pour payer les factures, car je n’avais pas de trésorerie", se souvient-il. L’année suivante sera plus clémente, mais avec la canicule qui a brûlé la récolte directement sur les pieds en juin 2019, puis la sécheresse qui a suivi, ce sont 40 % de sa récolte qui partent en fumée. 

Après une année 2020 "classique" en termes de production, 2021 vient de rebattre les cartes. Sur ses vignes en production, le viticulteur a subi deux coups de gel, l’un dans la nuit du 6 au 7 avril, l’autre dans celle du 7 au 8 avril. "Sur 8 ha en production, j’ai tout perdu sur 3 ha, qui sont  mes meilleures terres, ce qui signifie que ma récolte sera amputée cette année de 50 %. Je suis encore en installation. Je dois donc continuer à investir, et le peu de trésorerie que j’ai réussi à faire sur les bonnes années a été réinvesti systématiquement. J’ai la chance d’avoir ma famille derrière moi, mais il arrivera un moment où cela ne sera plus tenable. Je songe donc désormais à m’assurer car, en quatre ans, on a vraiment trop dérouillé. Ce sera le prix à payer si je veux continuer mon métier, malgré le coût énorme que cela va représenter pour une exploitation comme la mienne", explique le jeune agriculteur. Alors, les aides promises par l’État et la refonte du système assurantiel sont attendues avec impatience.

"Il faut un soutien global"

"Ces premières annonces du Premier ministre, ça fait vraiment du bien au moral, c’est ce qu’on attendait, parce qu’au niveau des jeunes agriculteurs c’est très difficile... Le gel a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase", disait Benjamin Boillat, co-secrétaire général des JA de l’Hérault, à l’issue de la visite de Jean Castex, à Montagnac, le 17 avril dernier. "Pour le moment, nous nous sentons soutenus, et nous saluons unanimement la réactivité des pouvoirs publics, comme celle des collectivités territoriales. Mais force est de constater que le milliard d’euros annoncé par le Premier ministre ne sera pas suffisant pour venir en aide à tous les agriculteurs sinistrés. Il faut aussi un soutien global de la part de tous nos partenaires. Enfin, une attention particulière doit être portée aux jeunes agriculteurs, car ils sont la catégorie la plus fragile du fait de leurs gros crédits en cours et de leurs faibles trésoreries", martèle le président des JA Occitanie, Romain Deloustal.

Si les modalités restent à définir pour les mesures annoncées par le gouvernement, les Jeunes agriculteurs émettent déjà des souhaits précis sur certaines d’entre elles. Ainsi sur le recours au chômage partiel, couvert à 85 %. "Pour des jeunes agriculteurs sans trésorerie, et qui ont besoin de main-d’œuvre saisonnière pour leurs travaux, avoir 100 % de couverture du chômage partiel serait bien plus indiqué", souligne Rémi Dumas. Au sujet de l’année blanche sur les cotisations sociales et patronales, rien n’indique que l’exonération sera totale. Leur crainte ? Que toutes les exonérations proposées (pour le Covid et le gel) sur ces charges soient à rembourser en 2023. 

Quant au prolongement du prêt garanti par l’État (PGE), "les jeunes n’y ont pas eu accès, puisqu’ils avaient déjà souscrit des prêts auprès des banques pour leur installation. Or, ces dernières ne les ont pas suivis quand ils ont fait des demandes pour intégrer ce dispositif. Il faut vraiment que les banques jouent le jeu. Elles devraient nous aider, non pas pour nous donner de l’argent, mais au moins pour ne pas nous en prendre", tacle le secrétaire adjoint national JA. Par ailleurs, les aléas climatiques devenant monnaie courante, les JA, peu favorables jusqu’ici à un système assurantiel obligatoire, militent aujourd’hui pour qu’il soit très incitatif, et avec un seuil de déclenchement revu à la baisse. Et pourquoi pas une franchise moindre pour les JA ?

Outre l’attente de la déclinaison des mesures annoncées, les JA sont aussi sur le qui-vive au sujet des importations faites en France de produits agricoles, qui pourraient faire l’objet d’une francisation. "S’il le faut, nous irons contrôler les camions et les citernes à la frontière espagnole", prévient le président des JA Occitanie.  Et tous de savoir que sans ou peu de récolte cette année, cela signifiera pas de revenu en 2022. L’année prochaine sera bel et bien cruciale pour les jeunes agriculteurs, comme pour les autres agriculteurs d’ailleurs, tous ayant été touchés dans les mêmes proportions. Alors, "à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles", pour paraphraser le Premier ministre. Et avec des mesures "évitant toute complexification administrative", comme le rappelait Jérôme Despey, président du conseil spécialisé ‘vin et cidre’ de FranceAgriMer, au ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, lors de leur dernière rencontre. 

 Florence Guilhem

 


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