Les IGP 34 se défendent 

Publié le 28 juin 2022

Jean-Michel Sagnier, président de la Fédération des IGP de l’Hérault, entouré de Christelle Jacquemot, directrice de la Confédération des Vins IGP France, et de Sylvie Olivet, directrice générale de la FHIGP. © Ph. Douteau

Dans un contexte général en berne, avec la plus faible récolte enregistrée depuis longtemps par les IGP Sud de France, sous le million d’hectolitres, les IGP Pays d’Hérault ne dérogent pas à la règle, bien que les IGP de territoire tiennent la barre.

Réunis au caveau de Marseillan Plage des caves Richemer, le 16 juin, les adhérents de la Fédération des IGP de l’Hérault se sont retrouvés autour de l’équipe, présidée par Jean-Michel Sagnier, après deux années contrariées, qui ont causé “de grosses pertes” liées au Covid, déplore le président de la Fédération des IGP du département, qui en profité pour saluer l’engagement des troupes, notamment de Sylvie Olivet, directrice générale en poste depuis deux ans. Considérant les IGP comme le segment “sans doute le plus porteur aujourd’hui en France”, Jean-Michel Sagnier a rappelé le besoin accru des IGP de territoire d’être accompagnées, alors que l’ODG a œuvré à l’actualisation des statuts et à une modification du cahier des charges, notamment pour y intégrer des nouveaux cépages. Flanquée d’un nouveau sigle ‘FHIGP’ et reboostée par les opérations événementielles, la fédération héraultaise ne baisse pas la garde pour conserver une certaine stabilité, malgré les signes d’essoufflement.

L’assemblée générale de la Fédération héraultaise des IGP a pu mettre en lumière les données plus nuancées à l’échelle départementale, datées à juin 2022.

- 40 % enregistrés sur l’IGP 34  

Sur les 842 opérateurs habilités, 458 ont revendiqué, dont 95 % d’entre eux en ligne. En 2021, les cinq caves contrôlées par les dégustateurs étaient “toutes conformes”, indique Olivier Gros, responsable ‘contrôle produit et contrôle documentaire’. Cette semaine, six autres coopératives ont suivi.

Alors que les revendications et les changements de dénomination en IGP Pays d’Hérault et en IGP de territoire concernaient 694 920 hl lors du millésime 2020 (+ 14 %), la récolte 2021, au 10 juin 2022, marque un recul sur les deux segments, soit 203 798 hl pour l’IGP 34 et 202 440 hl pour les secondes. En comparaison de tous les millésimes, celui de 2021 enregistre une baisse de 40 % sur le premier segment, “conformément à la baisse de récolte annoncée”, et de - 15,5 % sur les IGP de territoire, atteste Olivier Gros.

À l’échelle du Languedoc-Roussillon, l’IGP régionale Terres du Midi, lancée en 2018, cumule 65 685 hl pour 2021, pour 58 188 hl revendiqués.

Les IGP de territoire résistent mieux

D’après les chiffres des douanes, la récolte des IGP Sud de France est “historiquement la plus faible, loin des 1,2 million d’hectolitres” de la campagne 2020-2021, soit une baisse de 24 % sur un an, annonce d’emblée Christophe Jammes, responsable du service ‘économie et études’ au CIVL. Si le rouge est la couleur sacrifiée sur ces 987 753 hl, le blanc est stable et le rosé se défend. Alors que les volumes des IGP de département souffrent (- 32 %), dans l’Hérault, les IGP de territoire sont en “léger repli”, mais progressent en sorties de chais, à 261 362 hl, portées par les IGP parmi les plus importantes du département, à l’instar de Côtes de Thau (95 202 hl, 35 % des sorties de chais) ou de Côtes de Thongue (61 258 hl, 22 %). “L’Hérault est le département qui fournit le plus d’IGP de territoire”, déclare Christophe Jammes, malgré une baisse pour l’IGP 34, avec des sorties de chais à 305 131 hl en 2020-2021, notamment plombée par la perte de vitesse sur les rouges, passés de 60 à 53 % en cinq ans. Du côté des IGP de territoire, le rosé atteint 50 % des ventes aujourd’hui.

Si l’IGP 34 s’avère “plutôt en retrait sur le long terme”, les territoires peuvent compter sur une tendance positive, et “espérer un été plus chaud, avec une stabilité des rosés en fin d’exercice”, prévoit Christophe Jammes.

Cours en hausse en vrac et ventes en repli en GD

Comptant 227 385 hl de stocks d’IGP Pays d’Hérault, et 141 499 hl d’IGP de territoire, le CIVL fait état de 8,9 mois pour l’indication départementale (contre 10,5 mois l’an dernier) et de 6,5 mois pour les territoires. Selon Christophe Jammes, ces stocks destinés à “faire le changement avec l’année prochaine” ne “pèsent pas trop sur les IGP”. 

Malgré une faible récolte pour l’ensemble des IGP du Languedoc-Roussillon, et des enregistrements de contrats vrac en baisse, essentiellement sur les IGP de département (- 37 %) contre - 12 % pour les IGP de territoire, les cours ont progressé, “de 10 €/hl en moyenne dans l’Hérault”, relève le responsable. Ainsi, selon les cours établis sur 9 mois, fin avril 2022, les IGP de département sont fixées à 82,26 €/hl et celles de territoire, à 103,66 €/hl.

En grande distribution, le blanc (+ 0,8 %) est le seul à ne pas piquer du nez sur l’ensemble des vins tranquilles (- 5,5 %). Pesant 60 à 70 % des marchés, la grande distribution a bénéficié aux ventes de BIB lors du confinement de 2020, mais celles-ci ont baissé de 9 % en 2021, quand les bouteilles ont chuté de 15 %. Or “les ventes des IGP sont très liées à l’activité des BIB.” Une tendance à suivre de près, prévient Christophe Jammes. “Après le confinement le consommateur a diversifié ses approvisionnements. Année après année, les volumes baissent dans la grande distribution.”

L’agroécologie en pratiques et en questions

Au royaume des IGP, et du vignoble plus largement, il n’y a pas que les hectolitres qui sont revendiqués. “On revendique notre origine, notre territoire.” Convié à initier le débat sur le thème des démarches environnementales souhaitables pour le segment, l’ancien directeur général de l’IFV, Jean-Pierre Van Ruyskensvelde a rappelé à quel point “le métier de vigneron se diversifie” au fil des ans. Évoquant une demande croissante sur des conditions de production de vins plus vertes et écolo-compatibles, il constate que le champ de l’agroécologie “s’élargit de plus en plus”. Baisse des intrants, ZNT, contrôles des pulvérisateurs, produits de biocontrôle, maîtrise de la fertilisation, HVE, stockage du carbone... Les injonctions et changements de méthodes culturales ne manquent pas. Mais à quel prix ?
Trop chronophage, valorisation limitée de la HVE, les plus dubitatifs se font entendre. “On a investi, pris sur nos marges, mais sans avoir eu de contrepartie !”, signale un viticulteur, quand Philippe Coste, président de la coopérative Les Coteaux de Capimont (Hérépian) craint que “ces contraintes nous anéantissent, vu le déclin des volumes, des parcelles, et la moyenne d’âge des coopérateurs qui ne veulent pas y aller”. 

Impact environnemental évalué

Pourtant, des démarches engagées dans le respect de la biodiversité se multiplient. Depuis 2012, plus de 200 agriculteurs ont été formés dans le cadre de Biodiv&Eau qui a permis d’établir 31 km de linéaire de haies et de planter 190 arbres isolés sur des exploitations. En 2022, le consortium de partenaires (la FHIGP 34, la Chambre d’agriculture de l’Hérault et le Conservatoire d’espaces naturels Occitanie) va intégrer “de nouveaux travaux d’aménagements, comme l’introduction de chauve-souris en tant qu’auxiliaires”, indique Tiphaine Cambournac, animatrice agroenvironnementale. Pour accompagner les IGP de l’Hérault, l’INAO a soumis des propositions pour intégrer des certifications environnementales aux cahiers des charges, et faire reconnaître ces démarches. Parmi les répondants (196 caves particulières, 18 coopératives), 75 % ont engagé une telle démarche, mais 48 % d’entre eux ont une réticence, liée aux coûts ou à l’enherbement. Les IGP St-Guilhem-le-Désert et Côtes de Thongue visent une certification à leur cahier des charges d’ici 2024 et 2025, au gré d’ateliers “pour construire une vision partagée”, annonce Christelle Delmas, chargée de mission agroenvironnement.

Philippe Douteau

 


HéraultFédération des IGP de l'Hérault Jean-Michel Sagnier IGP de territoire