Les eaux usées irriguent les vignes de Roquefort

Publié le 30 juillet 2019

D’un coût global de 362 240 €, le projet pilote d’irrigation des vignes de Roquefort-des-Corbières par REUT peut faire figure de modèle à suivre pour nombre de territoires ne disposant pas de ressources en eau suffisantes pour l’agriculture.

Au terme d’un projet initié depuis 2015, BRL Exploitation et les Vignobles Cap Leucate ont inauguré la mise en eau d’un périmètre de 15 hectares de vignes irriguées par réutilisation des eaux usées traitées (REUT) de la station d’épuration de Roquefort-des-Corbières.

“L’idée a germé en 2011, où la récolte s’était avérée exceptionnelle, en qualité comme en rendement, avec des pluies efficaces aux moments charnières de la physiologie de la vigne. C’est là que j’ai réalisé que la maîtrise de ces apports d’eau nous permettrait de faire des choses exceptionnelles de manière régulière”, se souvient Lilian Copovi, président délégué aux dossiers financiers et innovation des Vignobles Cap Leucate.

La construction, en 2012, de la station d’épuration (Step) de Roquefort-des-Corbières l’a ensuite persuadé que l’eau issue de cette unité de traitement devait être utilisée au profit du vignoble, “alors que Roquefort-des-Corbières ne dispose pas des ressources en eau renouvelables suffisantes pour subvenir aux besoins des agriculteurs de la commune”, ajoute un représentant de BRL Exploitation. L’entreprise est en effet l’exploitant de la Step de Roquefort depuis sa mise en service (Veolia ayant pris le relais le 1er janvier 2019, ndlr). C’est donc naturellement qu’une collaboration s’est construite entre BRL et les Vignobles Cap Leucate pour répondre à l’appel à projets de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse (RMC), qui se pose en financeur de projets de réutilisation des eaux usées traitées, jusqu’à 50 % prioritairement sur les territoires déficitaires en eau.

15 hectares irrigués par les eaux usées

Avec l’appui de la communauté d’agglomération du Grand Narbonne (propriétaire de la Step), et de l’IFV pour la partie technique, c’est donc un partenariat BRL-Vignobles de Cap Leucate qui a permis de mener à bien ce projet. A l’issue de deux années d’expérimentation de l’IFV, “grâce à un outil de pilotage de gestion du stress hydrique, nécessitant notamment des capteurs dans le sol de deux parcelles d’essais”, précise Eric Chantelot, directeur du pôle Rhône-Méditerranée de l’IFV, le projet a pu être porté à l’échelle de 15 ha en 2019. Les parcelles de 11 viticulteurs de Roquefort-des-Corbières, regroupés en ASL (association syndicale libre) du Rieu, sont ainsi alimentées par un volume d’eau moyen d’environ 500 m3/ha/an.

Contrairement aux stations situées plus près du littoral, qui présentent un risque important de salinisation progressive des sols irrigués, la Step de Roquefort n’a pas de contraintes de salinité de l’eau. “Etablie à 2 000 équivalents-habitants, c’est une Step de petit calibre qui traite 100 à 150 m3/jour. La faible saisonnalité sur cette commune n’entraîne qu’une faible variation du volume d’eau épuré, c’est ce qui a conduit à la création d’un réservoir lagunaire de 3 000 m3 pour stocker l’eau traitée”, indique Gaëtan Desfontaines, directeur du développement chez BRL Exploitation. Profonde de 5 mètres, la lagune présente également l’intérêt de profiter de l’effet UV dû à l’ensoleillement, sur le premier mètre de profondeur, fraction de surface dans laquelle l’eau est pompée pour l’irrigation. “Dans la mise en place de cette lagune, nous avons également respecté les deux contraintes majeures exigées par la population : pas d’odeur et pas de moustiques !”, ajoute Gaëtan Desfontaines.

Micro-irrigation pilotée

Une station de filtration sur sable ainsi qu’un réacteur UV permettent en aval du réservoir de désinfecter l’eau, avant qu’elle ne soit envoyée dans le réseau d’irrigation en goutte-à-goutte des 15 ha de vignes. “Avec une capacité d’apport d’eau équivalent à une moyenne d’1 mm/jour sur la surface concernée, c’est BRL qui gère l’ouverture des vannes en fonction des indications de pilotage fournies par l’IFV. Nous souhaitions ce mode de pilotage pour éviter tout gaspillage”, poursuit Gaëtan Desfontaines.

Olivier Bazalge


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