Les drive fermiers sont-ils voués à perdurer avec le déconfinement de la population ?

Publié le 19 mai 2020

Le drive fermier de Lattes, sur le parking de la Chambre d’agriculture, fait partie des plus fréquentés avec celui du Domaine d’O, à Montpellier. Il accueille chaque semaine près de 120 personnes.

Les drive fermiers ont la cote. Mais, avec la fin du confinement ce lundi 11 mai, l’attrait qu’ils exercent sur les consommateurs, à la recherche de produits frais et locaux, va-t-il rester aussi vif ? Pour qu’il en soit ainsi, la Chambre d’agriculture planche sur le ‘monde d’après’.

La création des drive fermiers  par la Chambre d’agriculture de l’Hérault n’aura pas été une mince affaire entre les réticences de l’État - hostile à tout rassemblement en période de confinement - et la “pêche“ aux agriculteurs pour réunir une palette de produits locaux suffisamment attrayante pour attirer le chaland. “On a commencé à travailler avec le Marché d’intérêt national de Montpellier pour être sûr d’être approvisionné en produits locaux. On a ensuite continué avec les producteurs locaux qui vendent d’ordinaire sur les marchés, voire sur leur exploitation“, raconte Sylvie Ginisty-Teulon, chef du pôle économie à la Chambre d’agriculture de l’Hérault. Près de 50 agriculteurs participent désormais aux sept drive fermiers.

Mis en place pour proposer de nouveaux débouchés commerciaux aux agriculteurs, les drive fermiers ne sont pas toutefois nés avec la pandémie du Covid-19. “Ils ont été portés sur les fonts baptismaux il y a huit ans par les Chambres d’agriculture. Le drive fermier est une marque déposée, rattachée à la marque ‘Bienvenue à la ferme’, et dont le succès est fortement lié à la présence de produits frais tels que les fruits et les légumes, produits d’appel incontournables“, rappelle Fabrice Grillon-Gaborit, chargé de mission agritourisme et promotion à la Chambre d’agriculture de l’Hérault.

Mais hormis quelques drive fermiers individuels créés par des agriculteurs sur leurs exploitations, aucun drive fermier collectif n’avait vu le jour jusqu’ici dans ce département. Le Covid-19 a donc littéralement changé la donne et ramené au premier plan ce type d’opération, “même si leur mise en place s’inscrit dans un accompagnement plus global dans le cadre de la pandémie, afin de sécuriser les différents réseaux de commercialisation des producteurs et leur offrir des voies nouvelles et innovantes“, détaille Sylvie Ginisty-Teulon. 

Le choix d’un rayonnement territorial ciblé

“L’aventure“ débute le 10 avril avec le lancement du drive fermier de Lattes, au Mas de Saporta. Trois autres complètent le dispositif, l’un à Saint-Jean-de-Védas, l’autre à Vendargues et le dernier à Montpellier. L’idée est de rayonner autour de la zone de chalandise de l’agglomération montpelliéraine. Avec Sète agglopôle Méditerranée, trois nouveaux drive fermiers voient le jour, à Mèze, Frontignan et Sète. Un autre, au pôle œnotouristique de Viavino, à Entre-Vignes, ouvrira cette semaine ou, au plus tard, la semaine prochaine. Une réflexion est également en cours pour un autre drive.

Pour ces dispositifs, “l’autorisation n’a été donnée par les pouvoirs publics que pour des drive voitures, et avec un accueil maximum de 15 personnes à l’heure, sur une plage horaire de retrait de 3 heures. Une semaine après leur lancement, on a demandé un élargissement à la DDPP (Direction départementale de la protection des populations), pour pouvoir accueillir plus de monde, tout en respectant les distanciations sociales. La direction nous a donné le feu vert, ce qui nous a permis de livrer près de 120 commandes sur une amplitude de 3 heures au lieu de 45 commandes précédemment“, explique la chef du pôle économie de la Chambre. Mais si les drive fermiers ont, pour la plupart, trouvé leur public, le  déconfinement, effectif depuis ce lundi, rebat les cartes.

Revoir l’approche du dispositif s’impose

Les drive fermiers ne vont pas cesser avec la fin du confinement, car la crise est loin d’être finie, et personne ne peut présager de l’avenir. Quand l’heure aura sonné du retour à la normale, “il sera temps de revoir l’approche du dispositif, car la Chambre ne peut pas continuer à porter à bout de bras tout le système. Le passage de relais doit se faire, et c’est à cela que nous réfléchissons aujourd’hui avec les agglomérations et les producteurs engagés dans les drive fermiers, indique Sylvie Ginisty-Teulon. 

Des pistes sont dores et déjà en vue, soit un passage de relais aux pro-ducteurs, comprenez un engagement plus conséquent de ces derniers sur les points de retrait, animés aujourd’hui par la Chambre. Sur le site de Viavino, à Entre-Vignes, cest déjà acté. L’autre piste de réflexion porte sur des ho-raires de retrait plutôt sur la fin de journée que la fin de matinée. Ce qui arrangerait à la fois les producteurs et les consommateurs, avec la reprise des marchés pour les premiers et du travail pour les seconds. “On continuera à être là sur la partie back office, en relais pour l’accueil de nouveaux producteurs dans les drive, mais aussi pour apporter des idées d’animation et assurer la communication“, précise Sylvie Ginisty-Teulon.

Mais tout cela ne fonctionnera qu’à la condition sine qua non que les consommateurs aient envie de poursuivre “l’aventure“. Selon les réponses recueillies par la Chambre auprès d’eux, 80 % veulent continuer à se fournir au drive fermier, pour “avoir accès à des produits frais à proximité de chez eux et pour favoriser les producteurs locaux“, rap-porte-t-elle. La pratique dira si les actes coïncident avec les paroles.

Florence Guilhem


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