Les Costières de Nîmes (r)assurent 

Publié le 25 octobre 2022

Fanny Molinié-Boyer, vice-présidente, Bernard Angelras, président, Aurélie Pujol, directrice et Patrick Mallet, responsable communication de l’AOC Costières de Nîmes, au restaurant Vincent Croizard, le 13 octobre. © Ph. Douteau

Des vendanges précoces, mais prometteuses, aux sorties de chais en berne, malgré un récent redécollage, dans un marché export encore fébrile, l’AOC Costières de Nîmes reste confiante en ses performances, tout en s’adaptant au mieux aux contingences internationales, rendant le verre rare et cher.

Malgré des atouts “à valoriser”, le contexte pour les Costières de Nîmes, comme pour l’ensemble de la filière viticole, n’est pas vraiment propice à la réjouissance. Perturbation dans les approvisionnements, hausse des coûts énergétiques, aléas climatiques en cascade, pour les Costières, aussi, l’année a secoué les exploitations. Reste à “courber l’échine et à avancer” pour continuer à accompagner le vignoble, encourage Bernard Angelras, le fataliste président de l’AOC. Loin d’être “une culture annuelle à ajuster en fonction des aléas du moment”, la vigne doit compter sur les domaines moteurs et convaincre de nouveaux venus à rejoindre les rangs, souhaite le président.

Un millésime de contrastes

Depuis quelques semaines déjà, on l’a compris, le millésime 2022 se dévoile compliqué, sur fond d’actualités handicapantes pour les vignerons et les viticulteurs. Cette année est aussi celle de l’anniversaire de la naissance des Costières, depuis la reconnaissance en VDQS en juillet 1942, grâce à l’abnégation de Philippe Lamour. Par la suite, les Costières de Nîmes succèderont, en 1989, aux Costières du Gard. Bernard Angelras a d’ailleurs rendu hommage à l’ancien propriétaire visionnaire du Domaine Saint-Louis la Perdrix, à qui l’appellation doit aujourd’hui son nom. “L’Inao était contre le changement, mais il a su plaider pour les Costières de Nîmes.”
Marquée par un “record de précocité”, l’année a été “contrastée”, résume la directrice de l’AOC, Aurélie Pujol. Démarrées le 10 août sur les blancs, les vendanges se sont étirées jusqu’au 28 septembre, après maints épisodes de sécheresse, canicule ou de grêle. “Tout ce qu’un viticulteur ne veut pas sur un millésime”, remarque Bernard Angelras. Si la récolte est attendue à la baisse, entre 145 000 et 150 000 hl, “à la louche”, qualitativement, “elle fera date”, promet le président, en dépit des baies plus petites, suite au blocage physiologique causé par la canicule. L’absence de pluie, guère contrebalancée par des précipitations trop tardives, a forcément donné une récolte saine.  

Fraîcheur aromatique et tanins soyeux

Si la chaleur a marqué ce millésime, les producteurs ont été “surpris par la fraîcheur aromatique des premiers jus de cave, un peu moins acides qu’en 2021”, note Fanny Molinié-Boyer, vigneronne au Château Beaubois et vice-présidente de l’AOC. Les températures élevées n’auront pas sacrifié les “notes salines qu’on recherche sur les blancs et les rosés”, sans doute dues à la résistance de la vigne. Conséquence des pratiques culturales adoptées, interroge la vigneronne, qui salue l’engagement des vignerons des Costières, première appellation de la Vallée du Rhône en surfaces bio et en biodynamie. Les rouges, ramassés avec 15 jours d’avance, offrent déjà une couleur marquée et des “tanins soyeux”, et s’avèrent équilibrés. La taille des baies, plus petites de 20 %, sera compensée par un rendu qualitatif, prévoit la vice-présidente. 

À noter cependant, la baisse structurelle des rouges à la consommation, là où les rosés (3es en Vallée du Rhône aux États-Unis) plus pâles prennent des parts de marché, suivis des blancs qui intéressent l’export. 

Prix au vrac maintenus, ventes en GMS contenues 

Dans une conjoncture “inédite” du marché, encore affaibli par le confinement en Chine, qui pèse 18 % à l’export, ce dernier recule de 40 %. Ajouté à cela l’inflation de 7 %, qui pourrait atteindre les 10 % à la fin de l’année, Fanny Molinié-Boyer questionne la délicate répercussion des surcoûts en tout genre sur les prix. “Ce n’est pas possible”, tranche-t-elle. Sur le marché américain, dans la famille de la Vallée du Rhône, les Costières sont plutôt “bien valorisées”, indique Aurélie Pujol, soit un prix médian de 17 $ (4 % des exportations). Idem pour les rosés, qui représentent 23 % du marché dans la catégorie des vins de la Vallée rhodanienne, bien que le cœur des ventes reste l’Europe. 

Accusant un recul de 12 % en sorties de chais, les Costières de Nîmes ne s’affolent pas pour autant. “Les vins sont partis des chais et vendus”, nuance Bernard Angelras. Et si les stocks, à + 13 % (environ 10 mois), n’augurent pas de catastrophe, prévient Aurélie Pujol, les prix sont maintenus en vrac : 124,80 €/hl sur les rouges, 125,60 €/hl pour les rosés et 138,10 €/hl en blancs, un marché “dynamique”, retient la directrice.

Entre septembre 2021 et 2022, les ventes en GMS (Grandes et moyennes surfaces) se sont affaiblies (- 2,8 %), mais la baisse “tend à remonter depuis mai”, de 1 % sur les trois couleurs, et reprend même des couleurs depuis août (+ 5,6 %). Un redécollage bienvenu après les hausses pendant le Covid où la consommation à domicile a faussé la donne, avant le retour d’une consommation revue à la baisse lors du déconfinement.

Les blancs ont leur carte à jouer

Régulièrement “en rupture de stock, dès septembre, octobre”, sur toutes les gammes, le syndicat voit dans le succès des blancs une opportunité à saisir, constate Fanny Molinié-Boyer. Si les volumes ne représentent que 10 % de l’appellation aujourd’hui, sur 270 hectares déclarés en AOC, les Costières ont une carte à jouer sur le segment, dotées d’un “réservoir théorique de 700 ha, pour un potentiel de 30 000 hl”, indique Aurélie Pujol. En IGP, la demande est forte également, note Fanny Molinié-Boyer, qui prévoit la possibilité de basculer des parcelles en AOC, “d’ici un an ou deux”. Dotés d’une qualité “remarquable”, les blancs des Costières sont “tirés par les marchés de l’export”, relève la vice-présidente. 

Si les besoins en volumes ne sont pas encore chiffrés par le syndicat, sa directrice observe un maintien du marché des blancs, sur lequel Inter Rhône pourrait faire office de “levier, au détriment des rouges” en déclin. “Des budgets vont être alloués pour la mise en avant des blancs frais d’assemblage”, annonce Aurélie Pujol. Des rencontres avec les acheteurs sont prévues dans les mois à venir pour “développer une stratégie”.  

Performances futures 

“Ça ira mieux demain, si on ne s’endort pas sur nos lauriers”, augure Bernard Angelras qui porte auprès de l’Inao, en tant que président de la Commission technique, scientifique et innovation, un Plan d’action de la filière “pour passer les caps difficiles dans chaque région”. En vue de voir évoluer les cahiers des charges “pour expérimenter de nouvelles techniques de production face au changement climatique”, le monde agricole devra être en capacité de répondre aux interrogations sociétales. Entre “adaptation et rentabilité”, le cœur des Costières ne balance pas pour rester “un vignoble compétitif”, fort de ses engagements environnementaux et paysagers, sa capacité à intégrer 5 % de cépages résistants aux maladies et “peut-être au stress hydrique” au cahier des charges, sans perdre de vue la typicité des vins de l’AOC.

Philippe Douteau


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