Les blancs vont manquer, les contrats pluriannuels attendus

Publié le 01 juin 2021

Les estimations d’impact du gel sur la récolte 2021 ne pourront être finalisées avant la fin de la floraison. (@ OB)

Les représentants de la filière viticole du Languedoc-Roussillon se sont réunis le 11 mai au Domaine de Manse autour de la fédération InterSud. En ligne de mire, la collaboration entre toutes les parties de la profession pour que l’épisode de gel affecte le moins possible la place des vins du bassin dans les marchés.

CIVL, CIVR, InterOc, InterSud, Vignerons coopérateurs de la Coopération agricole, UEVM, Vignerons indépendants, Chambre d’agriculture d’Occitanie, FranceAgriMer... Tous les représentants de la filière viticole du Languedoc-Roussillon se sont retrouvés autour de la table le 11 mai dernier, dans le but de mener une réflexion de fond quant à la stratégie à adopter suite au gel d’avril, afin de ne pas perdre les parts de marché chèrement acquises jusque-là par les vins de la région.

Grâce à l’enquête réalisée par les Vignerons coopérateurs d’Occitanie, un diagnostic chiffré sur l’impact estimé du gel dans le vignoble survenu au mois d’avril dernier a pu être appréhendé. Les chiffres enregistrés par le secteur de la coopération permettent en effet d’évaluer la tendance de fond qui se profile pour l’ensemble du vignoble.

En parallèle, les données économiques, issues de Declaviti et des DRM (déclarations récapitulatives mensuelles) établies à mars 2021 ont permis de recenser les besoins de production par couleur et par segment de produit attendus sur le millésime 2021. “L’outil Declaviti permet d’avoir un état des lieux des stocks actuels, toutes catégories de vins confondues, AOP ou IGP. Ceux-ci montrent que compte tenu de ces stocks et des durées d’élevage habituelles, la transition devrait pouvoir se passer correctement pour les rouges et les rosés en vins de Pays d’Oc“, indique Florence Barthès, la directrice générale d’InterOc.

Manque de blancs en perspective

Les chiffres présentés font toutefois ressortir une problématique accrue sur les cépages blancs. “Ce sont globalement ceux qui ont subi le plus fort impact du gel, dont le chardonnay, plus précoce. Or, nous faisons entre 750 000 et 780 000 hl de chardonnay en Oc chaque année. S’il en manque 50 % ou plus, comme les tendances semblent l’indiquer, cela risque d’être très compliqué“, détaille encore Florence Barthès. Face à cette situation, la possibilité de revoir les rendements moyens des vins blancs Pays d‘Oc IGP à titre exceptionnel sur le millésime 2021 devait être étudiée au cours du conseil d‘administration du syndicat des producteurs de vins de Pays d‘Oc, planifié le jeudi 27 mai. “Nous allons soumettre au vote de nos élus cette possibilité de dépasser le rendement plafond de 90 hl/ha pour les blancs. Mais, une fois voté, nous instruirons le dossier pour le présenter en amont devant la commission permanente de l’Inao, dont la prochaine réunion est prévue fin juin, et qui tranchera. Nous saurons ainsi si une telle mesure d’exception est applicable pour le prochain millésime 2021“, précise la directrice générale d’InterOc. Elle ajoute que les prévisions sont établies pour tenir jusqu’à 6 mois après les vendanges 2021, mais que compte tenu des niveaux de reprise des marchés, “nous avons entre 60 000 et 70 000 hl de plus qui sortent chaque mois, soit un total de sorties de plus de 600 000 hl depuis fin février, c’est plus qu’un frémissement des marchés auquel nous assistons“.

Contractualisation pluriannuelle à adapter

Tant que la floraison n’est pas achevée, il reste encore trop difficile pour la profession de tabler avec certitude sur des chiffres définitifs d’impact du gel. Mais des Vignerons coopérateurs aux Vignerons indépendants, en passant par le négoce et les interprofessions, tous s’accordent sur la nécessité du dialogue et d’une réponse unie aux enjeux des marchés.

Les débats fournis dans une atmosphère des plus constructives ont fait dégager un consensus autour d’axes de travail à court terme et exceptionnel, mais aussi à moyen et long terme à effets structurants pour la filière. 

Le sujet de la contractualisation pluriannuelle est ainsi présenté comme un élément essentiel pour que chacun puisse inscrire ses actions dans un cadre sécurisé, pour les volumes d’approvisionnement des metteurs en marché et pour la stabilité et la visibilité des cours.

C’est un sujet que je porte depuis longtemps, et qui paraît incontournable pour que tout le monde y trouve son compte. Ces types de contrats existent déjà, mais leur limitation à trois ans ne correspond pas aux besoins. Nous proposons de les établir de manière glissante pour pouvoir toujours avoir deux ans de visibilité. Nous proposons également de travailler sur un système d’indice de prix pour que l’acheteur et le vendeur ne soient pas pénalisés en cas d’évolution du marché dans un sens ou dans l’autre“, indique Ludovic Roux, président des Vignerons coopérateurs d’Occitanie.

Modalités à trouver

Le négoce y voit aussi un intérêt, mais pas à n’importe quel prix. “C’est un sujet important pour les négociants, qui ont autant besoin que la production de sécuriser leurs approvisionnements et d’avoir une visibilité sur les prix. Il s’agit à présent de définir des modalités qui ne pénalisent pas une partie aux dépens de l’autre. Comme nous venons de le voir à l’occasion de la crise Covid, les marchés peuvent se révéler très instables, et le négoce ne peut se retrouver enfermé dans trop de contraintes qui le pénaliserait en cas de perte de marché“, pose Gilles Gally, le président de l’UEVM (Union des entreprises viticoles méditerranéennes), syndicat de négociants et metteurs en marché régionaux.
Ludovic Roux ajoute, en outre, qu’un important travail juridique doit être mené pour ne pas se retrouver en opposition avec le droit à la concurrence français, “car nous n’avons pas le droit de fixer les prix de manière collective, alors que ça se fait pour les salaires ou les loyers“.

Les planètes semblent toutefois assez alignées pour que des avancées s’opèrent sur le sujet. Même si l’immense majorité des volumes de vrac sont vendus par les coopératives, Jean-Marie Fabre, représentant des Vignerons indépendants lors de cette réunion de filière, ne manque pas de souligner combien la contractualisation pluriannuelle concerne également les caves particulières de vignerons indépendants. “Une bonne partie de nos vignerons commercialise une partie, souvent assez minoritaire, de sa production. Il n’empêche que la visibilité pluriannuelle sur cette partie du marché vrac permettrait également de stabiliser cette offre. Car il suffit que cette part du vrac, même si elle ne représente que 10 ou 15 % des volumes, s’échange à un prix trop éloigné de ceux pratiqués en coopératives pour que les cours soient affectés“, défend-il.

On le voit, la volonté de travailler main dans la main pour trouver une adéquation entre l’offre et la demande au sein du bassin est réelle. Les intervenants se retrouveront donc en juin, après la floraison, pour avancer le sujet de la contractualisation pluriannuelle. 

Olivier Bazalge

 


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