Les agriculteurs en appellent directement au président Macron

Publié le 29 octobre 2019

Opération de bâchage en cours à la préfecture de l’Hérault, à Montpellier, mardi 22 octobre, peu avant midi.

Mardi 22 octobre, les agriculteurs du Gard et de l’Hérault ont de nouveau battu le pavé à l’appel de mobilisation générale lancé par la FNSEA.

Si l’annonce de vigilance orange pour les départements de l’ex-région Languedoc-Roussillon a décidé la FDSEA et les JA de l’Aude à repousser leur mobilisation au jeudi 24 octobre, les syndicats héraultais et gardois, eux, ont choisi de maintenir leurs actions, malgré la pluie d’enfer qui s’est abattue sur ces deux départements. Mais d’un département à l’autre, la mobilisation ne s’est pas du tout déclinée de la même manière : calme dans l’Hérault, plus que mouvementée dans le Gard.

Après le premier appel national à manifester, le 8 octobre dernier, avec pour slogan de ralliement “France, veux-tu encore de tes paysans ?”, le deuxième appel à manifester, le 22 octobre, avait pour mot d’ordre : “Macron, réponds-nous !”. Un message dénoncé en début de journée par le ministre de l’Agriculture, qui l’a qualifié “d’irrespectueux” sur la chaîne LCI. Ce qui faisait dire à la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, quelques heures plus tard, que si le mot d’ordre était certes “direct”, il se justifiait notamment en raison d’une forme de concentration des pouvoirs à l’Élysée. Un débat sémantique bien loin des préoccupations des agriculteurs dans la rue, ce mardi-là, à Montpellier et à Nîmes.

 “Qu’on sache comment il voit le monde paysan !”

Dans l’Hérault, rendez-vous était donné, à 11 h, à la Maison des agriculteurs, à Lattes. La veille, jusque tard dans la nuit, les représentants de la FDSEA et des JA de l’Hérault tergiversaient sur le maintien ou l’annulation de la manifestation, et le “scénario” à choisir en cas de maintien. Une seule chose était fixée d’entrée de jeu : à la différence de la mobilisation du 8 octobre, l’appel à mobilisation s’est fait, cette fois-ci, dans un cercle restreint pour des questions d’organisation et de souplesse d’action en raison du mauvais temps annoncé. Après avoir imaginé, dans un premier temps, le bâchage de la préfecture, puis une opération de communication positive à l’égard des consommateurs place de la Comédie, à Montpellier, avec stands et dégustation de produits locaux, les trombes de pluie qui ont frappé la ville ont rebattu les cartes.

Si l’opération “bâchage” de la préfecture, avec l’inscription “Macron, réponds-nous !”, a bien été maintenue, la petite vingtaine de JA s’est ensuite retrouvée au centre commercial Odysseum pour engager une opération ‘étiquetage’ dans les rayons du Géant Casino. Munis d’autocollants ‘Je sais d’où ça vient’ et ‘Je ne sais pas d’où ça vient’, ils ont passé au peigne fin les rayons vins, produits bio, fruits et légumes, et viandes. “Notre objectif est de dénoncer la tromperie qu’il y a sur les marchandises. Ainsi, dans les bag-in-box, les vins issus de l’Union européenne se retrouvent à côté de produits régionaux. Ce que nous demandons, c’est qu’une meilleure organisation des rayons soit faite, les produits régionaux d’un côté, les autres de l’autre, pour que le client puisse acheter en connaissance de cause”, expliquait la présidente des JA de l’Hérault, Camille Banton.

Même mélange des genres dans les autres rayons, même si les JA reconnaissaient que la grande surface visitée faisait de réels efforts en la matière. Et Maxime Vigroux, un autre JA, de montrer, ulcéré, un pot de miel bio avec pour étiquette une carte de la Provence, alors que le miel est produit en Espagne et, cerise sur le gâteau, certifié par Ecocert France alors qu’il vient d’ailleurs. “C’est scandaleux d’agir de la sorte”, s’exclamait-il.

“Tout cela va mal finir”

Cette année, le Gard a tout eu : sécheresse, échaudage, incendies, grêle… Rien n’aura été épargné aux agriculteurs gardois en souffrance depuis quelques années. Alors, l’absence de réponse de l’État depuis la manifestation du 8 octobre dernier a fait monter d’un cran leur exaspération et leur détresse, et s’est traduite, pour cette nouvelle manifestation du 22 octobre, par des échauffourées répétées et des confrontations violentes avec les forces de l’ordre. Six points de ralliement avaient été définis dans le département (Calvisson, Cavillargues, Sommières, Alès, Roquemaure et Beaucaire), avant un rassemblement dès 8 h, sur un terrain vague du Mas de Vignolles, à Nîmes. À partir de 9 h 30 un long cortège, composé d’une centaine de tracteurs et de plus de 200 agriculteurs, s’est engagé sur l’A9, à la barrière de péage Nîmes-Ouest, pour une opération escargot jusqu’à la barrière de péage Nîmes-Est, qui a duré plus de deux heures.

Florence Guilhem


L’opération escargot s’est poursuivie dans Nîmes avec un défilé de tracteurs.

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