Le Syndicat des vignerons de l'Aude donne l’alerte rouge

Publié le 19 avril 2022

Frédéric Rouanet, président du Syndicat des vignerons de l’Aude et Ludovic Roux, président de la section des Vignerons coopérateurs au sein de La Coopération agricole Occitanie alertent sur la situation critique de la filière viticole. © M. Masson

Vingt jours après leur mobilisation à Carcassonne, qui a rassemblé 600 personnes, le Syndicat des vignerons de l’Aude s’est réuni le 8 avril, afin d’alerter de nouveau les pouvoirs publics face à une hausse des charges, qui place la filière viticole dans une situation délicate.

Si le Covid-19, les deux épisodes de gel, et désormais, la guerre en Ukraine ne sont pas venus à bout des vignerons, la situation semble bien compromise, entre la hausse du prix des carburants, du gaz, de l’électricité et des matières sèches comme les bouteilles, les fils de fer, les piquets.

800 à 1 000 € de charges supplémentaires par an

“La filière était pourtant l’une des plus dynamiques sur le marché mondial”, regrettent Frédéric Rouanet, président du Syndicat des vignerons de l’Aude et Ludovic Roux, président de la section des Vignerons coopérateurs au sein de La Coopération agricole Occitanie. Ils estiment aujourd’hui entre 800 et 1 000 € de charges supplémentaires par hectare sur l’année (sur un chiffre moyen de 4 500 € par hectare dans le département). “C’est énorme”, s’exclament-ils. Sans compter les augmentations de charges qui se ressentent sur le prix de l’hectolitre (entre 2 et 3 €), les problèmes de transports liés à l’inflation sur les prix du carburant “et donc, des exploitations moindres et un marché en berne (...). Nous sommes désormais face à des vignerons qui n’arrivent même plus à mettre leur vin en bouteille et qui sont au bord de la faillite”, renchérit Ludovic Roux. Et le contexte géopolitique ne calme pas les tensions économiques avec les difficultés d’approvisionnement dues au conflit en Ukraine, qui se répercutent par ricochet sur une baisse de consommation du vin, et donc sur les conditions de travail et de vie des vignerons.

La crainte d’une faillite de masse

Le prix du gaz fait monter le stress d’un cran, avec une augmentation de 10 % “que la filière ne pourra pas compenser ni payer plus tard”, se désole Ludovic Roux. Et ce scénario pourrait tourner à la catastrophe, selon Frédéric Rouanet et Ludovic Roux, qui craignent “des faillites de masse”, sur un territoire qui présente déjà un fort taux de chômage, avec 10,1 % au quatrième trimestre 2021. De plus, les aides promises suite à l’épisode de gel de l’année dernière se font toujours attendre, et les syndicalistes réclament l'accélération des paiements de ces dernières afin que les viticulteurs puissent sortir la tête de l’eau. De même pour les aides aux entreprises de l’aval qui, finalement, “ne seront payées que dans un an (...). Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre.”

Plus d’une solution dans le fût

Si, sur un ton ironique, les chefs de file syndicalistes déclarent que “l’idéal serait que la guerre en Ukraine s’arrête”, ils ne manquent pas d’idées pour que la situation s’améliore. Et notamment en touchant à ce qui n’est pas essentiel, comme les contrôles de la Direction régionale de l’environnement (DRE) dans les caves coopératives, avance Frédéric Rouanet. “Nous travaillons avec le ministère de l’écologie. Il est anormal que nous subissions  trois contrôles effectués par trois organismes différents chaque année. Non seulement cela est extrême et stressant, mais en plus cela revient très cher.” Pour Ludovic Roux, l’autre solution se trouverait dans le gel des calendriers pour les investissements, “le temps que la situation redevienne normale''. Ces dossiers représentent 2 M€ qui pourraient revenir – de façon temporaire – dans les portefeuilles des vignerons, pour leur permettre de “sauver leur peau, se nourrir et avoir un toit”, insiste-t-il. Pour les syndicalistes, toute aide sera un investissement pour l’avenir, “car c’est grâce à la viticulture que notre économie est positive. C’est ici et maintenant qu’il faut investir”.

Le défi de la jeunesse

Cependant, un autre nuage se dresse sur le tableau : la crainte d’une crise qui perdure et l’arrivée d’un moment “où l’on fera face à des retraités de plus en plus précoces, et où l’on ne pourra plus former des jeunes qui s’intéressent à notre métier. Il faut leur donner des perspectives d’avenir”, concluent les syndicalistes.

Margaux Masson


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