Le projet éolien de Puissalicon soulève un vent de contestation sur le territoire

Publié le 08 septembre 2020

Voilà le montage réalisé par l’association Sauvegarde du paysage des sept collines pour montrer ce à quoi pourrait ressembler demain Puissalicon, si le projet de parc éolien aboutit. (© Sauvegarde du paysage des sept collines)

Depuis le 24 août, les avis contre le projet de l’entreprise Volkswind se multiplient dans le registre des contributions du dossier de l’enquête publique, mise à disposition jusqu’au 25 septembre, à la mairie de Puissalicon. Retour sur un projet qui divise depuis ses débuts.

Faire l’unanimité contre soi : c’est ce qu’a réussi à faire la société allemande Volkswind, avec son projet de 4 éoliennes, d’une hauteur de 150 mètres en bout de pale, à Puissalicon, petite commune de 1 295 habitants, située à environ 10 km au nord de Béziers.  L’unanimité, en effet, puisque les 21 communes comprises dans un rayon maximum de 6 km(1) autour du lieu-dit Les Cabrels, où devraient être implantées les éoliennes, sont contre, et le feront savoir dans une délibération prise lors de leur prochain conseil municipal. 

Et parce que l’enquête publique est un moment important pour contrer le projet, le vice-président de la Communauté de communes des Avants-Monts, Lionel Gayssot, avec la "bénédiction" de son président, Francis Boutes, a réaffirmé son soutien au maire de Puissalicon, comme à l’association Sauvegarde du paysage des sept collines, à l’origine du rassemblement organisé, le 21 août dernier, contre le projet. 

Autre lanceur d’alerte : l’Inao qui, à travers un courrier auprès des appellations viticoles impactées (AOP Languedoc, AOP Saint-Chinian, IGP Pays d’Oc et IGP Côtes-de-Thongue), a sonné l’hallali pour que chacune puisse agir en conséquence.

Non aux éoliennes

Petit retour en arrière. Ce projet d’éoliennes est loin d’être le premier à être tenté dans ce secteur. "Ce n’est pas la première fois que des sociétés cherchent à implanter des éoliennes dans notre secteur mais, depuis 2002, aucune d’elles n’avait réussi à atteindre le cap de l’enquête publique. Sincèrement, je ne pensais pas qu’ils avanceraient autant, d’autant plus que leur projet avait été retoqué, quelques années auparavant", confie le maire de Puissalicon, Michel Farenc, réélu cette année à la tête de la commune. 

Celui-ci rappelait publiquement, le 21 août dernier, lors du rassemblement dans sa commune contre les éoliennes, que "nous nous en tiendrons à ce que nous avions écrit noir sur blanc dans notre programme électoral, à savoir que nous ne sommes pas favorables aux projets éoliens, mais si besoin, nous chercherons à nous assurer que notre position est bien celle de la majorité des citoyens. J’inviterai donc mon conseil municipal, le mois prochain, à donner un avis défavorable à ce projet éolien”. Et d’autant plus que, pour lui, "ce n’est vraiment pas un bon endroit pour implanter des éoliennes, car elles sont trop près de nos villages, bien trop hautes, et n’ont pas leur place au milieu des vignes".

Des propos bien plus tranchés que ceux qu’il tenait en juin dernier, repris dans un communiqué du 24 juin, consultable sur le site internet de la commune. On peut y lire : "Je sais que ces sujets concernant les éoliennes, les compteurs Linky ou les antennes relais peuvent provoquer des réactions hostiles et passionnées. Vous avez tous des avis différents sur ces questions, mais nous avons des choix à faire, et nous les faisons dans l’intérêt de notre commune et de ses habitants."

Contre, l’association Sauvegarde du paysage des sept collines, l’est résolument, et ce, depuis la genèse du projet.  "Dès qu’on a su que le projet de
Volkswind revenait alors qu’on pensait
que le dossier était enterré depuis qu’il avait été retoqué, on s’est de nouveau mobilisé, en dénonçant tous les mensonges que l’on a relevés dans le livret d’information qu’ils ont distribué à tous les habitants de Puissalicon, en juin dernier. Ainsi, le promoteur s’appuie sur le Schéma régional éolien Languedoc-Roussillon pour justifier son choix d’implantation, alors que ce schéma a été invalidé et annulé depuis quelques années
", dénonce Michèle Solans, co-secrétaire du collectif d’associations Toutes nos énergies – Occitanie environnement (TNE-OE), qui soutient l’association locale. Autre "mensonge" : l’augmentation du prix de l’immobilier, avec l’exemple de Lézignan-Corbières, alors qu’en se fondant sur les sources du Crédit foncier de France, c’est une baisse que l’on constate. 

Et de se pencher à présent sur ce qu’ils appellent les "distorsions de la réalité" dans le mémoire de la société lié à la demande d’autorisation environne-
mentale sur les surfaces agricoles consommées, "qui seront vraisemblablement supérieures à 1 ha et devront donc être compensées. Or, en réponse aux observations de la Mission régionale d’autorité environnementale (Mrae), Volkswind affirme qu’ "une reprise de l’activité viticole est possible en partie au-dessus de la fondation", sans définir cette activité. Et pour cause. Une culture de vigne dans des sols d’un mètre de profondeur, c’est juste impossible", s’insurge Michèle Solans. Quant à l’impact sur le paysage, pour elle, "on nage dans un flou volontairement entretenu. En effet, quand l’Inao a été consulté pour un avant-projet, il a rendu un avis relativement neutre. Mais quand il a été consulté sur le projet actuel, il a émis de fortes réserves".

Vignes et éoliennes : mariage à hauts risques ?

L’Inao, sollicité par le porteur de projet pour une demande de servitudes pour plusieurs projets éoliens, dont celui de Puissalicon, a immédiatement informé les appellations du territoire. "Ce n’est pas une saisine officielle. Donc, ce n’est pas un avis officiel que nous rendons", précise d’entrée de jeu Jacques Laffont, ingénieur territorial à la délégation territoriale Occitanie de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao). Mais, nul doute, pour l’Inao, les sites des projets sont sensibles en raison de la présence de produits sous signe de qualité dans les communes concernées, et des risques potentiels de détérioration des paysages. 

"Les paysages sont très caractéristiques, avec leurs coteaux boisés et, à certains endroits, un peu montagneux, et surtout déconnectés de tout site industriel. Le premier impact sera donc une dégradation de ces paysages avec des objets qui ne sont pas naturels. Le deuxième est la destruction de parcelles agricoles potentielles. Et il n’y a aucun retour sur le démantèlement du parc éolien avec la remise de la terre à sa place", s’inquiète l’ingénieur. Avant d’assurer que l’institut n’est pas fermé à toute proposition de projet d’énergies renouvelables, à condition que soient privilégiés des projets situés dans des carrières, des friches industrielles, des constructions immobilières de quartiers urbains avec des panneaux photovoltaïques, par exemple, etc.

Côté AOP viticoles, les choses sont claires. Quelle que soit l’appellation viticole, tous déclarent que, dans le principe, ils ne sont pas contre, mais pas n’importe où, ni n’importe comment. "Ce qui est dramatique, c’est le risque de mitage auquel est exposé le territoire à cause de petits projets composés de 3 ou 4 éoliennes. Alors, plutôt que de faire des projets de petite taille dans tes tas d’endroits, pourquoi ne pas réfléchir autrement sur cette question, et surtout avoir une vision d’ensemble de l’éolien dans la région Occitanie", indique Béatrice de Chabert du syndicat AOC Languedoc, en charge de la défense de l’appellation. Avant de rappeler une évidence que beaucoup pourtant s’empressent d’oublier : "Un terroir d’appellation, ce n’est ni remplaçable, ni transposable."

Si le paysage importe également pour les appellations, c’est parce que, "au-delà du vin, c’est aussi un paysage que l’on vend, rare et exceptionnel. Or, avec la présence d’éoliennes, ces paysages vallonnés et bucoliques, et leur nature préservée, seront banalisés", ajoute Béatrice de Chabert. Si la sanctuarisation du territoire n’est pas recherchée par les syndicats d’appellation, la préservation du terroir reste bel et bien une préoccupation majeure, car elle est source de valeur ajoutée. 

Si le syndicat IGP Côtes-de-Thongue n’est pas, lui non plus, hostile à la production d’énergie verte, "car il en faudra, tout projet se doit d’être co-construit avec le local, soit les communes concernées et ses habitants. Or, ce projet est porté par une boîte qui ne co-construit rien en local, et qui fait beaucoup de trading sur l’énergie. Traduction : cela ne bénéficiera pas à tout le monde. Et, en plus, il n’y a pas de réflexion sur l’environnement et la biodiversité. On doute, de ce fait, beaucoup, sur la pertinence d’un tel projet pour notre territoire", commente François Teisserenc, président de l’IGP Côtes-de-Thongue.

Côté syndicat IGP Pays d’Oc, “nous n’avons pas de position arrêtée sur le sujet”(2), indique son président Jacques Gravegeal. Pas plus d’ailleurs que les propriétaires prêts à louer leurs terres à la société Volkswind, dont la majeure partie sont des viticulteurs.  

Florence Guilhem

(1) Rayon d’affichage obligatoire de l’enquête publique selon la nomenclature des installations classées pour la protection de l’environnement, dont font partie les éoliennes depuis 2017.

(2) Le président de l’appellation Saint-Chinian n’a pas donné suite à nos appels.


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