Le contrat de filière conchylicole est signé

Publié le 28 septembre 2021

Les représentants du CRCM, du ministère de la Mer, de l’État, de la Région, du Département, des collectivités territoriales, du Cépralmar, de la CA 34, et du Lycée de la mer ont signé le contrat de filière conchylicole en Occitanie. © F. Guilhem

C’est une première en France. Le Comité régional de la conchyliculture en Méditerranée a réussi à rassembler la profession pour définir avec elle un contrat de filière, signé, à Sète, le 22 septembre, avec tous ses partenaires.

Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage, le Comité régional de la conchyliculture de Méditerranée (CRCM) a dû traverser bien des tempêtes avant d’accorder ses violons et parler d’une seule voix pour aboutir à l’élaboration d’un contrat de filière conchylicole en Occitanie. En 2018, lorsque Carole Delga, présidente de la Région, lance l’idée d’un contrat de filière pour la conchyliculture occitane, "c’était un jour de grand vent, et la profession était alors dans la tourmente. Aujourd’hui, c’est un jour de soleil, et toute la profession est unie", dit André Lubrano, président du Cépralmar (Centre d’études et de promotion des activités lagunaires et maritimes).

Ayant réussi à fédérer autour de lui l’État, les collectivités territoriales, la recherche et le développement, les organismes consulaires (CCI 34 et Chambre d’agriculture 34), les gestionnaires et acteurs de l’environnement, ainsi que l’enseignement, c’est donc avec tous leurs représentants que le CRCM a signé le contrat de filière conchylicole, ce 22 septembre, à la Maison de la Mer, à Sète. "Cette démarche, née sous l’impulsion de Madame la Présidente de Région, a été mise en place en 2018, au début de mon mandat, pour répondre à la fois aux besoins de structuration de la filière conchylicole et aux grands enjeux auxquels nos entreprises doivent faire face", rappelle Patrice Lafont, président du CRCM, heureux, ému et honoré de voir les partenaires rassemblés pour la signature de ce contrat de filière.

Un contexte de crises 

Face aux changements climatiques, à la répétition des crises sanitaires, zoosanitaires et aux prédateurs, comme le crabe bleu ou la daurade, auxquels sont venues s’ajouter les malaïgues, les fermetures administratives longues et la crise du Covid, les entreprises conchylicoles sont particulièrement affaiblies. Sans compter l’image des huîtres et moules de Méditerranée, "souvent "chahutée", ce qui, non content d’avoir un impact sur nos ventes, entraîne un manque d’attractivité pour nos métiers", relève le président du CRCM. Un manque d’attractivité qui alarme aussi la profession confrontée au renouvellement des générations, et ce d’autant que la moitié des chefs d’exploitation en Occitanie a plus de 50 ans. 

Subir ou se réapproprier sa stratégie pour offrir un devenir à la filière, le président n’a pas tergiversé longtemps. "L’engagement dans ce contrat de filière m’est donc apparu comme une évidence pour trouver les réponses collectives, afin de sécuriser et pérenniser les entreprises conchylicoles d’Occitanie, en construisant tous ensemble un plan d’action multipartenarial efficient", se souvient-il. Et de souligner l’originalité de la démarche, avec l’implication de 24 institutions partenaires, la concertation et la participation des conchyliculteurs, même si leur mobilisation dans les 20 réunions organisées à leur intention pour qu’ils apportent leur pierre à la construction de leur avenir n’a pas toujours été à la hauteur des espérances. Il n’empêche. Les attentes et les besoins que 150 d’entre eux ont formulés au cours de ces réunions a servi de base à la construction du contrat de filière.

105 actions ciblées

Ce contrat, d’une durée de trois ans, recense pas moins de 105 actions, qui seront conduites en co-maîtrise d’ouvrage entre la profession conchylicole et les partenaires signataires. Il se décline en trois grandes orientations stratégiques : adaptabilité et résilience face aux changements climatiques des écosystèmes et aux pressions sanitaires ; accompagnement des entreprises au quotidien et sécurisation des espaces de production ;  promotion de la conchyliculture et valorisation des produits.

Chacune de ces trois orientations comprend quatre axes spécifiques, ainsi que quatre autres transversaux. Parmi les axes spécifiques, ont été notamment pointés la nécessité de bénéficier de naissains locaux adaptés et de diversifier la production, mais aussi l’acquisition d’outils de production plus adaptés aux conditions du XXIe siècle, la préservation du foncier conchylicole, l’accompagnement à l’installation, le développement de la communication sur les métiers, le besoin de pénétrer de nouveaux marchés et de développer des nouvelles activités dans les mas, la création d’un Observatoire technico-économique de la filière…

Quant aux quatre axes transversaux, ils répondent aux besoins de partager l’information entre partenaires et de mieux communiquer en interne ; mais aussi de détecter et impulser de l’innovation ; de former et accompagner la montée en compétences des conchyliculteurs ; et, enfin, de structurer la profession pour porter les différents projets. "Chaque axe du contrat de filière sera animé par le ou les maîtres d’ouvrage des actions concernées. Et d’autres partenaires, déjà identifiés, comme le CPIE Bassin de Thau ou encore l’Ifremer, viendront apporter leur expertise dans la conduite des différents projets et sont définis comme ‘partenaires’ à mobiliser’, soit une gouvernance originale", ajoute Patrice Lafont.

Mais pour lancer cette dynamique, il sera nécessaire de créer une ou plusieurs structures. C’est à cette fin que sera créée, dans les prochains mois, la première coopérative conchylicole méditerranéenne au service de tous les professionnels. En attendant, des premières actions concrètes ont été identifiées par les conchyliculteurs telles que la rénovation et la plantation de tables conchylicoles ; l’accompagnement administratif des entreprises sur le réglementaire, le montage de dossiers et la formation ; la transformation en conserve des coquillages hors calibre ; ou encore la mise en place d’un Label rouge méditerranéen sur les huîtres exondées. "Et maintenant, au travail", conclut le président du CRCM. 

“Un bel outil à exporter"

Ce travail devra se projeter dans le temps long, selon le préfet de Région, Étienne Guyot. "Ce contrat correspond à une démarche de fond et économique en faveur d’une profession et d’une activité qui a un véritable impact dans notre région. Pour une fois, on n’agit pas en réaction par rapport à une situation, mais on est bien dans l’anticipation, car cette démarche est liée à la fois à un passé, un présent, mais aussi à un avenir. Il faut donc penser d’ores et déjà à l’après de ce premier contrat, et se projeter de 2024 à 2027", insiste-t-il. Entre le Plan de relance, dont le volet conchylicole vient de passer de
50 à 100 M€, le Contrat de Plan État-Région Occitanie 2021-2027 d’une enveloppe de 5,7 Mds€, les crédits dans le cadre de la promotion des métiers et les fonds européens, "nous avons les outils financiers et les instruments qu’il faut, soit tout pour y arriver", ajoute-t-il.

La réussite de ce contrat, le directeur national des pêches maritimes et de l’aquaculture, Éric Banel, n’en doute pas, car "il est à la fois partagé par toute la profession et tout un écosystème. Or, dépasser les divergences, c’est carrément le plus difficile. Ici, vous y êtes arrivés. Aussi tout cela offre-t-il un cap et une vision d’avenir, et donne une image d’une profession qui bouge et innove, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs. C’est vraiment un bel outil que l’on va chercher à exporter, et qui va nourrir le plan stratégique national sur l’aquaculture". 

Florence Guilhem


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