Le CIVL tend la main aux ODG qui menacent de partir

Publié le 20 juillet 2022

Christophe Bousquet, président du CIVL : “Le choix de la marque collective Languedoc ne me fait pas oublier l’identité de chaque appellation.” © F. Guilhem

Lors de son assemblée générale du 5 juillet, le CIVL a acté la mise en place d’une commission de conciliation pour essayer d’en finir avec le litige l’opposant aux metteurs en marché direct (MMD) et aux appellations sécessionnistes.

Va-t-on assister au dernier round de la crise interne déclenchée au sein du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (CIVL), le 2 juillet 2021, lors de son assemblée générale, au cours de laquelle les metteurs en marché direct (les producteurs qui commercialisent plus de 50 % de leur récolte en direct, ndlr) se sont vu évincer du collège des metteurs en marché par l’Union des entreprises viticoles méditerranéennes (UEVM)? Une éviction qui a mis, de surcroît, le feu aux poudres, puisque quatre appellations (Corbières, Fitou, Faugères et Malepère) ont annoncé, dans la foulée, vouloir quitter l’interprofession languedocienne au terme des accords triennaux qui les lient à elle jusqu’en décembre 2023.

La fin de la “guerre”, c’est en tout cas ce qu’espère le CIVL, avec l’annonce, le 5 juillet, lors de sa dernière assemblée générale, à Narbonne, de la mise en place d’une commission de conciliation - deux membres du collège des producteurs, deux membres du collège des metteurs en marché, et le président de l’interprofession y siègeront -, afin de trouver une porte de sortie. “On va faire un travail préparatoire en amont pour que l’on soit bien en phase au sein de cette commission sur les attentes des appellations, et sur ce que l’on est en mesure de leur proposer. Selon ce que j’ai compris, la réintégration des MMD dans le collège des metteurs en marché est un point crucial pour les appellations”, déclare le président du CIVL, Christophe Bousquet. 

MMD : “être reconnus à la juste place qui est la nôtre”

Retour en arrière. Ulcérés par leur éviction, les metteurs en marché direct avaient porté l’affaire devant la justice, en septembre dernier, attaquant le CIVL pour défaut de non-convocation et non-respect des statuts. Ils avaient aussi demandé, en référé, l’annulation de l’assemblée générale et la nomination d’un administrateur provisoire. Mais, le 3 février dernier, la Chambre civile du tribunal de justice de Narbonne validait la légalité de l’assemblée générale du CIVL du 2 juillet 2021, et donc l’élection de son président, Christophe Bousquet, en s’appuyant sur le fait que, dans les statuts du CIVL, la présence des MMD au sein du collège des metteurs en marché n’était pas officialisée. Autrement dit : l’accord tacite, qui existe depuis plus de 20 ans, et selon lequel 30 % des sièges de ce collège reviennent aux MMD, ne pouvait donc faire force de loi.

Le tribunal suggérait alors à ces derniers de déposer une demande officielle d’intégration auprès de la Fédération régionale des metteurs en marché d’Occitanie. Et de reprendre dans son jugement un des arguments des MMD, à savoir que “le vigneron producteur, qui commercialise directement et intégralement sa production, a vocation à faire partie de cette catégorie, compte tenu de son caractère hybride. Il paie d’ailleurs des cotisations en vertu de sa double appartenance”.

De quoi légitimer la demande des metteurs en marché direct de réintégrer le tour de table interprofessionnel au sein du collège des metteurs en marché. “Le jugement a intégré notre représentativité en termes de volumes produits et de poids économique. Dans le cadre de la mise en marché, on pèse tout de même 62 %. Faut-il aussi rappeler que nous cotisons à la fois dans le collège des producteurs et dans celui des metteurs en marché, soit un total de 3 €/hl. Nous demandons donc d’être reconnus à la juste place qui est la nôtre, de pouvoir discuter des stratégies à définir pour toutes les appellations au sein du CIVL, et d’avoir un projet cohérent pour toutes les composantes de la filière”, détaille le président de la Fédération régionale des metteurs en marché direct d’Occitanie, Alexandre They.

“Pas de tergiversation possible” 

Se réservant la possibilité de faire appel, la fédération a décidé de poursuivre les négociations avec le CIVL et de déposer, le mois dernier, une demande d’adhésion en bonne et due forme au collège des metteurs en marché du CIVL. Après de récents échanges avec ce dernier, ainsi qu’avec l’UEVM, “nous rentrons dans une période réglementaire de formalisation des demandes. Les réponses seront ce qu’elles sont, mais il n’y aura plus de tergiversation possible, de ”oui mais“ ou de ”et si“”, tient à rappeler Alexandre They.

Présentée au conseil d’administration du CIVL dans la foulée, l’examen de la demande a été accueilli favorablement par ce dernier. “Une phase de travail et des échanges vont avoir lieu pour permettre au conseil d’administration, fin novembre, de finaliser l’examen de leur demande avant que celle-ci ne soit soumise à l’assemblée générale extraordinaire de décembre prochain. Une fois cela précisé, en ce qui me concerne, je suis favorable à leur réintégration, et je ne vois pas sur le papier ce qui pourrait l’empêcher”, commente Christophe Bousquet. Cette réintégration des MMD est d’autant plus souhaitable qu’elle est la solution pour éviter que les appellations menaçant de quitter le CIVL, aujourd’hui au nombre de trois (Corbières, Fitou et Faugères), ne mettent leur projet à exécution.

Réintégration : condition sine qua non pour les ODG

Si l’ODG (Organisme de défense et de gestion) Malepère a décidé finalement de rester au sein du CIVL, les ODG Corbières, Fitou et Faugères réservent encore leurs décisions en fonction des réponses que l’interprofession sera en mesure de leur apporter par rapport à leurs revendications. Pour l’heure, le président de l’ODG Fitou, Alain Gleizes considère que le CIVL “a laissé pourrir la situation, et qu’il n’est pas normal que le président et le directeur du CIVL ne soient venus nous rencontrer, le président de l’ODG Corbières, Olivier Verdale, et moi-même que le 30 mai dernier, alors que la crise a éclaté depuis juillet 2021. Cela me fait dire que nous avons été bien méprisés durant une année. J’ai vraiment du mal à l’avaler. Pour nous, l’éviction des MMD, c’est la goutte qui a fait déborder le vase”, relate le président de l’ODG Fitou. 

Alain Gleizes, comme Olivier Verdale, tous deux sur la même longueur d’ondes, assurent qu’ils sortiront du CIVL si les MMD ne sont pas réintégrés dans leur collège. “Le retour des MMD est une condition incontournable à notre maintien”, insiste le président de l’ODG Fitou, dont 40 % de ses adhérents sont des MMD (55 % au sein de l’ODG Corbières, ndlr). Sortir de l’interprofession?? Même pas peur. “Nous en étions déjà sortis il y a quelques années, notamment à cause de la communication que l’on jugeait insuffisante sur nos appellations, et nous n’en sommes pas morts. Alors, s’il faut le refaire, nous n’hésiterons pas”, affirme Alain Gleizes. En Faugères, la présidente de l’ODG, Nathalie Caumette, attend aussi la réintégration des MMD. “Nous nous attachons au fond, ce n’est pas politique. Nous souhaitons une représentation basée sur un état des lieux de qui vend le vin du Languedoc aujourd’hui. Dans tous les cas, nous restons ouverts au dialogue, mais attendons des gestes forts du négoce car, en l’état, la situation est inacceptable. Sans résolution de la problématique des MMD, ce sera rédhibitoire”, considère-t-elle.

Une politique de communication inéquitable

La communication autour de la promotion des vins des différentes appellations du Languedoc est l’autre question qui fâche les différentes ODG, ainsi que les MMD d’ailleurs. “La communication ne nous convient pas du tout. On parle trop du Languedoc et pas assez des appellations. Je ne me vois pas continuer à payer 3 €/hl et avoir juste 17 % de la promotion faite par le CIVL”, s’insurge Alain Gleizes. Le travail engagé sur la plateforme des marques est loin d’être satisfaisant, considère-t-il. “Cette plateforme, c’est un grand mot pour pas grand-chose. La manière dont le CIVL communique sur nos appellations laisse largement à désirer”, appuie Nathalie Caumette.

Même son de cloche du côté des MMD. “La déclinaison par appellation n’est pas du tout aboutie sur cette plateforme. La discussion doit être engagée de nouveau avec toutes les appellations pour que chacune ait une communication qui corresponde à son identité. Il faut que tout le monde s’y retrouve, d’autant que ce bassin de production du Languedoc en a fortement besoin”, insiste Alexandre They. Si mettre en avant le slogan du Languedoc n’est pas en soi critiqué, les appellations attendent que leurs identités respectives soient préservées et mises en valeur, afin d’être mieux reconnues sur les marchés et dans les salons. L’exaspération est d’autant plus forte que l’accent est mis sur les rosés alors que certaines appellations font surtout du rouge. Conséquence : l’argent qu’elles versent sert à faire la promotion d’un vin qu’elles ne font pas forcément.

Côté CIVL, le président sait qu’il reste du pain sur la planche sur le sujet de la promotion des vins, mais rappelle que “faire vivre l’unité des vins du Languedoc reste primordiale, à la condition toutefois que cela se fasse en tenant compte de la diversité de toutes nos appellations. Il est hors de question pour nous de fondre l’identité de chacune sous la bannière du Languedoc”. Des mots aux actes, les ODG seront plus qu’attentives. Le bras de fer n’est pas, pour l’heure, près de toucher à sa fin. Affaire à suivre.

Florence Guilhem


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