La transhumance sous le signe du 30

Publié le 14 juin 2022

La Fête de la transhumance est portée par la CA 30 depuis 15 ans, avec le concours de la Communauté de communes Causses Aigoual Cévennes, le syndicat ovin, Bienvenue à la ferme, et soutenue par le Conseil départemental et régional. © Ph. Douteau

Pour la 30e Fête de la transhumance de l’Espérou, au Mont-Aigoual, la Chambre d’agriculture du Gard et les partenaires de l’événement pastoral ont réuni les bergers aguerris et les nouveaux, au col de l’Elze. 15 000 personnes sont attendues ce week-end.

Les mémoires vives des estives ne s’en lassent pas. Certains éleveurs et bergers ont eu beau arpenter les montagnes cévenoles avec leurs troupeaux depuis des décennies, ils ne s’en lassent toujours pas. La transhumance, pour les puristes, c’est sacré. Ou du moins, c’est tout comme. De même que les amoureux des grands espaces et des ongulés laineux, les paysans des Cévennes gardoises restent fidèles à la tradition de la Fête de la transhumance, qui revient dans le département du ‘30’, sous le signe de la trentième édition. Lancé en 1990, cet hommage au travail de longue haleine et d’altitude des éleveurs, devenu une célébration du pastoralisme, n’aura été annulé que deux fois, pour cause de sécheresse, puis de crise sanitaire, il y a deux ans. Mais cette année, tout revient à la normale pour accueillir comme il se doit les férus de traditions et les bêtes en vedette.

Atout essentiel pour l’entretien des milieux

Portée par la Communauté de communes Causses Aigoual Cévennes, la Chambre d’agriculture et les communes de Val-d’Aigoual et de Dourbies, la Fête de la transhumance demeure “un événement important pour la promotion du produit ovin” sur ce territoire inscrit depuis 2011 au patrimoine mondial de l’Unesco, en tant que paysage culturel de l’agro-pastoralisme, comme le rappelle Gilles Berthézène, président de la Communauté de communes. Accueillant depuis 30 éditions ce rendez-vous, les Cévennes ont été “façonnées par l’homme, grâce aux murets, à la lutte contre l’érosion”, permettant aux pâturages d’altitude de maintenir un agro-pastoralisme fragile, ajoute Joël Gauthier, maire de Val-d’Aigoual et éleveur. Terre de transhumance “de longue date”, les cols et prairies cévenols parcourus par les bergers et leurs bêtes sont un atout “vital pour l’entretien des milieux, pour les paysages, qui permet de limiter l’embroussaillement”, appuie Irène Lebeau, maire de Dourbies. Un’ Pacte pastoral’ a d’ailleurs été signé, à l’initiative des éleveurs soutenus par les élus locaux, destiné à promouvoir du pastoralisme “avant toutes les autres économies du territoire”, indique la vice-présidente ‘Environnement’ de la Communauté de communes.

Les vétérans toujours présents

Devenue un attrait touristique majeur, la transhumance n’a pas attendu 1990, date de la première fête organisée à l’Aigoual, pour contribuer au maintien du territoire.

Bien que retraité, Jean-Louis Perrier a conservé des moutons, et entame là sa 57e année de transhumance. À l’origine de cette fête, initialement prévue à Aire-de-Côte, mais moins facile d’accès que l’Espérou, avec Dominique Chardon, Jean Desvignes et René Sevajol, l’éleveur a arpenté les Cévennes avec ses troupeaux dès 1965. “Je montais depuis Nîmes, pour sept jours de transhumance. Les paysans nous logeaient et nous nourrissaient”, se souvient-il. La veuve de Jacques Boisson, aussi, ne raterait l’événement pour rien au monde, après avoir connu 47 transhumances depuis le lac des Pises. Et en guise d’hommage, la Chambre d’agriculture a prévu une exposition de photos et de portraits des acteurs phares de la fête depuis trois décennies.

Si quatre jeunes se sont récemment installés sur ce secteur de 10 000 hectares, le renouvellement des générations reste un sujet de préoccupation.

Coup de chaud en hauteur

“Il faut continuer d’aider les jeunes qui s’installent”, encourage Joël Gauthier. Parmi eux, Pierrick Garmath, associé avec son père et sa compagne à Val-d’Aigoual, élève des brebis, de race Tarasconnaise, et s’est diversifié dans la culture d’oignons doux. Alternant les cycles de pâture au gré des saisons, l’éleveur de 31 ans garde ses bêtes trois mois en plaine, de janvier à mars, avant de les guider plus haut, pour les faire agneler et leur offrir une alimentation plus riche. Mais il se dit inquiet, au vu de l’évolution du climat. “On a eu une grosse sécheresse en mai. Il va manquer de châtaignes et de glands, s’il n’y a pas d’eau cet été.” Et devra conduire son troupeau ailleurs, où l’herbe sera plus verte. Car, pour assurer une certaine autonomie des brebis qui pourront engraisser les agneaux jusqu’à 15 à 20 kg, la pluie et les amplitudes de températures le soir entre la plaine et les pâturages de montagne sont de moins en moins marquées. Les précipitations de juin 2021 ont été les bienvenues, mais pour l’heure la qualité de l’herbe fait défaut. “Quand il n’y en a pas assez, on fait appel à l’ONF pour aller dans d’autres zones plus en hauteur”, indique Marc Delpuech, président du syndicat ovin du Gard. Pour faciliter les déplacements, le système évolue grâce à “une nouvelle méthode de clôture pour changer les bêtes d’espace”, précise l’éleveur.

Le samedi, c’est brebis !

“Trente ans, ce n’est pas rien”, souligne Patrick Viala, élu à la Chambre d’agriculture et président du réseau Bienvenue à la ferme Gard. Alors que “l’avenir des éleveurs passe par la promotion et la sensibilisation auprès du public”, autant profiter de l’occasion pour inviter la filière équestre à la fête. Éleveurs de chevaux, de brebis et producteurs de cosmétiques à base de lait de jument, Mathieu Picot et sa compagne Lila Belkheir, installés à Dourbies, seront associés à la transhumance, au départ du Mas des agriculteurs le jeudi soir pour une arrivée à l’Espérou le lendemain.

La soirée du vendredi sera dédiée à la célébration des 30 ans autour d’un repas fermier anniversaire, avant l’arrivée des brebis le samedi matin, qui marquera le coup d’envoi de la journée, de 9 h à 18 h.

Venus de Sumène comme de la plaine d’Uzès, 1 800 ovins sont attendus sur le site qui retrouvera de ses couleurs, entre le marché du terroir et de l’artisanat, sur 60 stands. La présentation des animaux, les animations pour enfants et les démonstrations de tonte, de Patou, et autres balades en calèche ou à dos d’âne auront de quoi aiguiser l’appétit des visiteurs, qui pourront déguster les grillades d’agneau 100 % gardois.

Et pour conférer à cette édition anniversaire une saveur particulière, deux tables rondes seront organisées l’après-midi, consacrées à l’histoire de ces 30 années passées et aux 30 à venir pour l’agriculture cévenole. Le dimanche matin, à partir de 10 h, un berger accueillera le public pour une visite d’estive.

Philippe Douteau


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