La tomate déjà en “crise conjoncturelle”

Publié le 28 mai 2019

Face à la distorsion de concurrence à l’échelle européenne, la Confédération paysanne a organisé une opération de filtrage au péage du Boulou, le 16 mai.

Depuis fin avril, la fraise, puis la tomate, se sont retrouvées en situation de “crise conjoncturelle”. Avec une météo peu favorable, la consommation française peine à décoller, et les prix restent bas. Alors que ce scénario intervient tôt dans la saison, la distorsion de concurrence régnant au sein de l’Union européenne est encore une fois dénoncée.

Une cinquantaine de membres de la Confédération paysanne se sont postés, le 16 mai, au péage du Boulou, au niveau des portiques réservés aux camions. En filtrant le passage des chargements de fruits et légumes en provenance d’Espagne, l’opération avait pour but de prélever des échantillons de tomates ou de fraises, puis les présenter à la préfecture avec prix du marché à l’appui, relevés le matin même au MIN de Saint-Charles. Depuis la fin avril, ces deux produits sont entrés successivement en situation de crise conjoncturelle. Et c’est face à ce constat que l’organisation syndicale a souhaité mener une action de sensibilisation des pouvoirs publics. Les chauffeurs routiers se sont, semble-t-il, montrés plutôt collaboratifs, mais les forces de l’ordre sont rapidement venues évacuer le rassemblement sur l’autoroute. C’est finalement un colis d’abricots qui aura pu être récupéré par le syndicat. “Face au ‘libre marché’ instauré par l’Union européenne, c’est pour l’ensemble du secteur des fruits et légumes que nous tirons la sonnette d’alarme. Un tiers des surfaces a disparu en 25 ans, et plus grave encore, 29 % des fermes fruitières ont cessé d’exister entre 2010 et 2016”, détaille ainsi Emmanuel Aze, responsable de la commission nationale fruits et légumes à la Confédération paysanne.

Crise très tôt dans la saison des tomates

“C’’est la première fois que nous observons un tel niveau de prix sur les tomates dès le mois de mai”, s’inquiète également Bruno Vila, secrétaire général de  Légumes de France. “D’autant que cela concerne l’ensemble des produits en tomate. Ces niveaux de prix ne pouvaient habituellement être observés que pendant l’été en période haute”, ajoute-t-il encore. Pour l’heure, Bruno Vila considère que la météo est un facteur important, mais pas essentiel, pour la consommation des produits de saison du mois de mai. Il rejoint toutefois la dénonciation de la distorsion de concurrence entre producteurs au sein du marché unique européen faite par la Confédération paysanne. “Nous en sommes arrivés aujourd’hui à la moitié des fruits et légumes consommés en France qui sont importés, essentiellement en provenance du marché unique européen. Des réglementations et pratiques sociales au rabais : salaires, droits sociaux, donnent à ces fruits et légumes un avantage artificiel sur le marché français”, s’indigne encore Emmanuel Aze. Pour son syndicat, seule une entorse de la France aux règles de concurrence fixées par les traités européens pourrait résoudre le problème. “Nous sommes dans une logique de survie pour que les paysans puissent vivre dans leur production. Seule l’instauration, par l’Etat français, d’un prix minimum d’entrée applicable à l’ensemble des fruits et légumes importés, protègerait le revenu des exploitants”, reprend Emmanuel Aze. L’instauration d’une telle mesure n’admettrait sur le marché intérieur que les lots dont le prix serait égal ou supérieur au coût de production moyen de cette espèce, dans les conditions sociales et salariales françaises. “C’est une désobéissance aux règles de concurrence européenne, mais sur beaucoup de plans la commission ne tient elle-même pas compte de ses propres principes de concurrence libre et non faussée”, défend Emmanuel Aze.

Olivier Bazalge


Fruits & légumesTomate maraîchage crise Confédération paysanne