La pépinière viticole en pleine mutation

Publié le 14 janvier 2020

Les membres du bureau du syndicat régional Occitanie, de g. à d. : Olivier Calmet, Vincent Dols, Didier Rey, Christelle Cavaillé, Eric Bourguet (président du syndicat), Michel Floutier, Lionel Bertrand, Dominique Caumontat.

Le syndicat des producteurs de vignes mères d'Occitanie a tenu, en fin d’année, son assemblée générale. Fruit de l’union des anciennes entités du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées, le syndicat accompagne ses adhérents dans la transition majeure que s’apprête à traverser la filière cette année.

Enfanté en 2017 suite à l’union des 41 adhérents des entités des ex-régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, le syndicat des pépiniéristes et des producteurs de vignes mères d'Occitanie a, depuis trois ans, continué sa croissance pour compter à ce jour 61 adhérents. Depuis le début, l’objectif de cette profession aux contraintes mal connues du monde vigneron reste le même : réunir les producteurs et metteurs en marché de la filière pépinière pour faire face aux évolutions majeures que connaît actuellement leur profession.

“Une évolution d’ampleur !”, déclame d’ailleurs Eric Bourguet, président du syndicat régional et pépiniériste à Lézan, près d’Alès. En effet, avec la mise en place effective du Passeport phytosanitaire européen (PPE) depuis le mois de décembre 2019, les pépiniéristes vont devoir faire face à une transformation majeure de leur fonctionnement, sans nécessairement avoir eu le temps de s’y préparer de manière efficace. “D’autres pays avaient pu avoir des remontées d’informations plus précoces, alors que nous n’avons mesuré l’imminence de la mise en œuvre de ce nouveau passeport que depuis 2018. C’est une révolution du fonctionnement de notre profession à laquelle nous étions d’ailleurs opposés. Nous ne voulions pas nous affranchir du contrôle direct de l’état”, plaide Eric Bourguet.

Place à l’auto-contrôle

Jusqu’à présent, les contrôles sanitaires étaient opérés par l’état, qui mandatait FranceAgriMer dans ce rôle. Avec l’application effective de la nouvelle réglementation européenne, FranceAgriMer devient, sous la houlette de la direction générale de l’alimentation, l’autorité compétente régissant les bois et plants de vigne, en introduisant la démarche d’auto-contrôle de la part des professionnels pépiniéristes (voir encadré). “C’est un changement énorme pour la profession, car toutes nos entreprises ont jusqu’en décembre 2020 pour se mettre en conformité et avoir le personnel qualifié pour se délivrer le PPE. Et l’état n’a toujours pas fourni de cahier des charges ! Cela devrait bien se passer pour les gros pépiniéristes, mais les petites et moyennes structures risquent de se retrouver dans des situations compliquées. C’est notre rôle de syndicat de les accompagner pour leur permettre de créer des groupements d’employeurs ou pouvoir faire travailler un prestataire de services à l’année. Nous voulons que tout le monde puisse passer le cap sans encombres”, reprend Eric Bourguet.

La menace est réelle pour une filière qui rencontre des difficultés à perpétuer l’activité au niveau national. L’Occitanie est la 2e région productrice de matériel végétal viticole derrière la région Paca, mais Eric Bourguet ne cache pas que le manque de visibilité des professionnels, pour identifier les besoins des vignerons en plants, est une source de stress récurrente qui pousse certains opérateurs à mettre la clé sous la porte.

Visibilité difficile pour produire les plants

“Même si des rapprochements s’opèrent, cela reste difficile pour nous d’appréhender les politiques des caves coopératives. Comment va faire un vigneron qui veut planter un cépage que sa cave ne prendra pas ou ne valorisera pas ? C’est un peu plus facile avec les particuliers, mais les changements d’avis existent quand même. Les vignerons ne comprennent pas nécessairement que produire un plan pour nous, c’est un an de travail. Donc quand ils changent d’avis au dernier moment, le plant est déjà produit. Pour nous, c’est d’abord une perte assortie ensuite d’un travail supplémentaire de repiquage”, ajoute le président du syndicat.

S’ajoutent également à cela les incertitudes liées à l’arrivée des variétés résistantes sur le marché. “Pour l’instant, il n’y en a pas trop, mais ce seront 25 à 30 variétés résistantes supplémentaires qui vont arriver dans les deux ou trois prochaines années. Elles sont supposées avoir des caractéristiques organoleptiques plus proches des cépages classiques. Mais quelles seront celles qui seront choisies par les vignerons ? Impossible à prédire à l’heure actuelle”, rapporte encore Eric Bourguet.

La volonté de la filière d’accentuer le rapprochement avec les viticulteurs régionaux est pourtant bien ancrée. Eric Bourguet insiste donc sur cette dynamique, véritable enjeu d’avenir pour des pépiniéristes en quête de pérennité dans cette période de changement.

Olivier Bazalge

 


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