La pastèque dynamique

Publié le 01 septembre 2021

La culture de la pastèque présente des similarités avec celle du melon. Son cycle physiologique est plus long de trois semaines, mais sa tenue au champ à maturité est meilleure. © O. Bazalge

La pastèque offre une diversification intéressante aux producteurs par la dynamique de sa demande et l’évolution du climat. La chaleur et l’eau sont des facteurs clés pour une culture qui ne réclame pas de contraintes exceptionnelles pour venir à terme.

Originaire d’Afrique, la pastèque se caractérise par ses besoins en chaleur pour se développer. L’évolution du climat et des températures est donc devenue un allié non négligeable pour le développement de cette culture dans le bassin de production méridional français.

Particulièrement appréciée sur les étals français, la pastèque offre donc, depuis plusieurs années, des perspectives de diversification intéressantes pour les producteurs de melons, qui constituent la majorité des producteurs de pastèques en France. Une étude de 2018, menée par le CTIFL et l’Interfel, montre ainsi que la pastèque bénéficie d’un développement de son volume d’achat (+ 5,5 %), ainsi que d’une hausse du prix d’achat (+ 6,8 %).
Chaque année, près de 1,5 kg de pastèque sont consommés par personne en France.

“C’est une production qui s’est lancée doucement depuis une dizaine d’années en Occitanie, avec seulement quelques producteurs précurseurs, mais il y a un fort développement depuis deux ans. Ce sont les variétés de petit calibre qui ont le vent en poupe, car c’est ce que demande le marché, les gros calibres se vendent très peu en France”, note Madeleine de Turckheim, technicienne de recherche appliquée chez SudExpé, et en charge de l’étude menée depuis 2020 sur le site de Marsillargues, dans l’Hérault, autour de la caractérisation variétale de la pastèque.

Avec 15 000 tonnes annuelles produites, la France reste un petit poucet à l’échelle européenne et mondiale. La Russie (1,7 million de tonnes/an) ou l’Espagne (1,1 million de tonnes/an) la devancent très largement sur le continent, sachant qu’à l’échelle mondiale, la Chine écrase toute concurrence en produisant 70 % des 120 millions de tonnes de pastèques de la planète.

Similarité avec le melon

Sur le plan strictement technique, la culture de la pastèque est très proche de celle du melon, à l’exception de ses besoins en eau bien plus importants. “Ces besoins sont forts dans la première partie de la phase de culture, puis il est nécessaire de complètement couper l’apport d’eau en fin de culture pour favoriser la production de sucres et maintenir un calibre moins important. Comparé à la culture du melon, c’est pratiquement deux fois plus d’eau qu’il faut pour la pastèque, ainsi qu’une température supérieure”, avise la technicienne de SudExpé.

Longtemps privilégié, le gros calibre, jusqu’à plus de 10 kg, reste encore plébiscité dans certaines régions du monde où la vente à la découpe prévaut. Aujourd’hui, cependant, certaines variétés sont produites pour proposer des pastèques de moins de 3 kg, correspondant aux attentes de consommation actuelles sur le marché français.

Deux essais menés en 2012 et 2013 par le Grab (Groupe de recherche en agriculture biologique) d’Avignon ont mis en évidence que la culture sous abris de la pastèque limite certains problèmes (coups de soleil, dégâts d’oiseaux et de taupins...), mais la comparaison des rendements demeure en faveur du plein champ.

“Il y a également une demande croissante de variétés à fruits de petits calibres sans graine, ou avec mini graines comestibles. Cela impose alors le recours à une variété pollinisatrice, soit 20 % environ des plants d’une parcelle, ce qui induit des rendements souvent inférieurs (car ces plans pollinisateurs ne produisent pas de fruits ndlr)”, précise Madeleine de Turckheim.

Conservation optimisée

Côté main-d’œuvre, la culture de la pastèque apparaît moins contraignante et moins coûteuse que celle du melon, car nécessitant moins de passages de récolte. “Le fruit peut rester une semaine au champ sans se détériorer, si bien qu’un ou deux passages, voire trois, suffisent pour récolter à maturité homogène. Il y a également moins de risques de pourriture et d’éclatement que pour le melon”, abonde la technicienne de SudExpé.

Une fois récolté, le fruit dispose d’une excellente tenue, avec une conservation en chambre froide qui offre également une amplitude
conséquente, “deux à trois semaines sans altération des qualités gustatives. Certains producteurs n’hésitent pas à aller jusqu’à un mois. On a même pu constater une amélioration de la concentration en sucres et de l’aromatique au cours de cette conservation”.

Le cycle physiologique de la plante est plus long de trois semaines que celui du melon, et l’oïdium et les attaques de pucerons sont les nuisibles les plus néfastes.

Paradoxe de son affection pour la chaleur, la pastèque craint le coup de soleil qui tache son épiderme et surmûrit sa chair. “Des traitements préventifs au talc ou à l’argile sont à effectuer au regard des conditions d’ensoleillement pour éviter cet effet néfaste”, ajoute Madeleine de Turckheim. Après avoir évalué de manière générale l’offre variétale en 2020, le projet de SudExpé se concentre cette année sur 21 variétés à dominante petit calibre dans le but de proposer une fiche variétale en rapport avec les attentes des producteurs.

Olivier Bazalge


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