La main tendue de la cave coopérative de Faugères aux caves particulières voisines

Publié le 13 mai 2020

Adèle Arnaud du domaine Mas Lou ; Nathalie Caumette, présidente de l’AOP Faugères ; Philippe Maury, président de la cave coopérative Le Mas Olivier ; Luc Salvestre, son directeur ; et Maxime Sécher du domaine Montgros.

Jusqu’à la mi-juin, la cave coopérative Le Mas Olivier accueille à L’Oustal des schistes, son caveau de Laurens, les vins de caves particulières de l’AOP Faugères.

Les temps de crise ont parfois du bon parce qu’ils obligent à redéfinir les priorités, en atténuant les dissensions et les blocages d’antan, à défaut de les faire disparaître. Le territoire de Faugères, à l’heure de la crise du Covid-19, en fait la démonstration. Si cave coopérative et caves particulières n’ont jamais vraiment fait bon ménage, ici comme ailleurs, la pandémie a fait bouger les lignes en territoire faugérois. Jusqu’ici, vignerons indépendants et viticulteurs “jouaient“ chacun sur leur terrain : les premiers, en caves particulières, et vendant principalement à la restauration et dans les circuits courts ; les seconds en cave coopérative, tournés  vers la grande distribution et l’export. À chacun donc son statut, ses codes et son terrain de chasse. Tout cela a volé en éclat avec la pandémie.

Comment ? Le 21 avril, le conseil d’administration de la coopérative, en mode confiné, décide de mettre à l’honneur, chaque semaine, deux vignerons de l’appellation à compter du 27 avril, et ce, pour six semaines. Les vignerons mis sur le devant de la scène sont des jeunes qui, sur le plan économique, n’ont pas les reins suffisamment solides pour passer le cap de la crise. “Nous ne pouvions regarder sans bouger les vignerons qui se débattent pour résister à ce tsunami“, déclare Philippe Maury, président de la cave coopérative Le Mas Olivier. 

Retour en arrière. Tout débute par un appel de pied du syndicat AOP Faugères. “On a proposé que les jeunes vignerons ayant peu de moyens, de surfaces, et sans cave particulière, puissent vendre leur vin au caveau de la coopérative. Cela n’a pas été simple à faire accepter et à mettre en place. Quelques résistances ont surgi mais, au final, tout le monde a compris que, dans cette période angoissante, trouver des solutions en interne s’imposait. L’idée était d’identifier le cadre dans lequel on pouvait avancer ensemble, même si l’on n’est pas d’accord sur tout“, rappelle Nathalie Caumette, présidente de l’appellation Faugères. 

Le “monde d’après“

C’est à L’Oustal des schistes et non au caveau de vente de Mas Olivier que l’accueil des vignerons se fait. Et pour cause. Le magasin de vente propose non seulement des vins, mais aussi des produits fermiers de la région, soit une palette suffisamment large pour attirer le chaland et promouvoir au mieux tous les produits. “Grâce à cette opération, on va pouvoir faire connaître ces nouveaux vignerons au plus grand nombre et leur mettre, par la même occasion, le pied à l’étrier“, s’enthousiasme Philippe Maury. Et la formule devrait faire mouche puisque, depuis le confinement, le magasin a vu sa fréquentation augmenter considérablement. 

L’opération sera-t-elle reconduite ? “On verra. Personne ne peut savoir de quoi sera fait demain. L’important, pour l’heure,  est de se connaître davantage“, commente-t-il. En parallèle de cette opération, la cave coopérative a proposé d’acheter le vin en vrac des vignerons qui le souhaitent par le biais de sa structure commerciale, Terroirs d’Occitanie. Une opération gagnant-gagnant. Du côté des vignerons, c’est l’occasion de refaire de la trésorerie et de libérer leur chai afin que les vins vendus n’encombrent pas la place dévolue à la prochaine récolte. Du côté de la cave coopérative, c’est l’opportunité de refaire du stock, qui est au plus bas depuis deux ans à la suite de la sécheresse et de rendements faibles. Autre avantage pour la coopérative : réactiver l’esprit de groupe dans un contexte où les exploitations des adhérents partant à la retraite sont souvent vendues à des vignerons qui privilégient la cave particulière.  

Conclusion : le “monde d’après“ en territoire faugérois commence à se dessiner, avec la mise en œuvre de nouvelles formes de coopération, impliquant des solutions collectives, même si chacun conserve ses idées. “C’est tout à fait possible, car il y a plus de choses qui nous rassemblent qui ne nous séparent“, conclut Nathalie Caumette. Il en va, de toute façon, de la survie du territoire, qui compte 144 viticulteurs et vignerons pour une production annuelle de 53 000 hl/an.

Florence Guilhem


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