La ligne ferroviaire St-Charles - Rungis en sursis

Publié le 28 mai 2019

Si aucun accord n’est trouvé entre les parties, le quai de chargement pourrait bien être définitivement vide dans les prochains mois.

L’arrivée à terme d’un contrat d’exploitation entre la SNCF et les transporteurs, le 30 juin, menace sérieusement le maintien de la ligne quotidienne de fret ferroviaire entre les marchés de Saint-Charles et Rungis. Sans solution alternative, tout sera transporté par la route.

Dès 2017, l’union locale CGT de Perpignan Sud avait déjà lancé une pétition, suite à la suppression de l’avant-dernier train de marchandises circulant entre les marchés de Saint-Charles, à Perpignan, et Rungis. Cette année, c’est au tour du dernier de ces trains, assurant le transport journalier de quelque 600 tonnes de fruits et légumes, de se retrouver menacé à très court terme. En effet, le contrat d’exploitation entre la SNCF et les transporteurs prestataires Roca et Rey prend fin le 30 juin. Carole Delga, présidente de la région Occitanie, était pourtant montée au créneau le 27 mars dernier, en adressant un courrier à Guillaume Pepy, président de la SNCF, pour l’alerter sur le risque d’arrêt pur et simple de cette ligne ferroviaire de fret, qui achemine l’équivalent de 140 000 tonnes de fruits et légumes vers Rungis chaque année. Selon la SNCF, c’est la vétusté des wagons utilisés qui serait en cause. Leur renouvellement nécessiterait un investissement de plus de 20 M€, inenvisageable sans assurance de maintien de l’activité de la ligne. “Par ailleurs, ce renouvellement des wagons impliquerait un délai de deux ans avant leur mise en service”, indique le ministère des Transports. Du côté de la CGT, cet argument est battu en brèche, comme l’indique Mikaël Meusnier, délégué CGT et conducteur de ce train de marchandises : “Pourquoi la SNCF a-t-elle décidé que les wagons seraient hors d’usage à la fin de l’année ? Ermewa, sa filiale qui gère l’entretien des wagons, nous a confirmé que ceux-ci sont encore utilisables. C’est un faux argument.”

Le train remplacé par des camions, faute de mieux

L’union locale CGT Perpignan Sud a donc lancé une nouvelle pétition le 7 mai, recueillant plus de 18 000 signatures à ce jour. La ministre des Transports, Elisabeth Borne, s’est alors emparée du dossier pour réunir les acteurs concernés, et “éviter que ces marchandises ne se retrouvent sur la route”. Dans le même temps, Stéphane Layani, PDG de la Semmaris, qui gère le MIN de Rungis, annonçait le 11 mai à nos confrères du Parisien, sa disposition à investir 300 000 € pour permettre aux transporteurs Roca et Rey, de louer les trains de la SNCF pendant encore un à deux ans, avant de trouver une solution pérenne et plus moderne pour cette ligne. “Sauf que Roca et Rey, les deux transporteurs, ont chacun été repris par des transporteurs routiers”, avance Mikaël Meusnier. “Nous avons donc du mal à imaginer que leur objectif soit la pérennité de la ligne, mais plutôt le basculement total vers le transport routier pour remplir leurs camions. A nos yeux, la situation est simple : les transporteurs ont la mainmise sur la situation, et la SNCF ne souhaite pas investir sans garantie.” L’arrêt total de la ligne ferroviaire entraînerait la mise en circulation de 80 camions par jour pour transporter la marchandise concernée. Déjà engorgé par l’afflux quotidien de camions, le marché de Rungis ne verrait pas d’un très bon œil cette option.

“Le compte n’y est pas”

Le 17 mai, une réunion entre tous les acteurs s’est bien tenue au ministère des Transports. Celui-ci a ainsi annoncé dans un communiqué, que le train serait maintenu au-delà du mois de juin, avec la création d’un groupe de travail pour élaborer une solution pérenne. “Ce groupe se réunira chaque mois jusqu’à la fin de l’année”, a fait valoir la ministre. Le délai de prolongation de la ligne n’est, en revanche, pas précisé, SNCF Fret ayant indiqué que le train circulera au moins jusqu’à la fin de la saison haute en cours, sans plus de précisions.

C’est ce manque de visibilité qui inquiète Carole Delga, qui considère “qu’à cette heure, le compte n’y est pas !” Bien que se félicitant de la tenue de cette réunion au ministère, la présidente de la Région Occitanie n’apprécie pas le fait qu’aucune solution pérenne n’ait été trouvée à l’issue de cette réunion.

Olivier Bazalge


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