La grêle a de nouveau frappé

Publié le 05 juillet 2022

Grains éclatés suite à l’épisode de grêle. © S. Zaka

Torrents de grêle et pluies se sont abattus dans le Languedoc, vendredi dernier, provoquant d’importants dégâts dans les vignes de l’Hérault jusqu’au Gard rhodanien.

Après le gel l’an dernier, c’est la grêle qui a fait des ravages dans les vignes de l’AOP Pic Saint Loup, ainsi qu’à l’est de l’Hérault, le vendredi 24 juin, en milieu de matinée. Les communes les plus touchées sont Vacquières et Saint-Geniès-des-Mourgues, avec des dégâts supérieurs à 80 %. La plaine de Londres, Valflaunès, Lauret, Claret, Sauteyrargues, Entre-Vignes n’ont pas été épargnées, pas plus que Saint-Mathieu-de-Tréviers, Fontanès, Castelnau-le-Lez, Saint-Aunès, Vendargues, Castries, Baillargues, Lunel et Saint-Brès, mais dans une moindre mesure. “Le taux d’impact est très hétérogène au sein d’une même commune”, indique Paul Hublart, chef du service viticulture à la Chambre d’agriculture de l’Hérault.

Si les grêlons étaient somme toute de petite taille, autour de 2 cm, les rafales de vent qui ont accompagné leur chute ont créé un rideau de grêle conséquent, entraînant des dégâts importants dans les vignes de certaines parcelles. “L’impact a été plus important sur les grappes que sur le feuillage. Une fois cela dit, certaines parcelles présentent toutefois des défoliations considérables. Enfin, comme la grêle est arrivée par l’ouest, c’est donc la face ouest des rangs qui a été le plus touchée”, détaille-t-il. 

Chez moi, nous avons été impactés, mais nous sommes encore loin de la récolte. Et il y a encore du feuillage. Les baies qui ont été touchées vont pouvoir cicatriser”, pense Régis Valentin, à la tête du Château Lancyre, à Valflaunès. Bien qu’il soit encore trop tôt pour évaluer correctement les dégâts, “l’impact devrait être moindre qu’en 2016 dans notre appellation, car la vigne était alors en pleine véraison, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui”, se rassure-t-il. “Comme les baies sont encore vertes, les impacts peuvent cicatriser”, confirme Paul Hublart. 

Pas de catastrophe avérée non plus pour les coopérateurs de la cave Les Coteaux du Pic, à Saint-Mathieu-de-Tréviers. “Nous nous sommes trouvés en bordure du rideau de grêle. Quelques coopérateurs ont certes été impactés mais, pour le moment, on ne constate rien de vraiment dramatique. On devrait avoir autour de 30 % de perte de récolte pour la cave, si le temps permet que tout sèche dans de bonnes conditions”, indique Thierry Vacher, son président.

En revanche, pour Maxime Pecoul, qui reprend cette année l’exploitation de son père, à Saint-Geniès-des-Mourgues, à l’est de l’Hérault, le constat est tout autre. Sur les 10 ha de parcelles situées dans cette commune, les vignes ont été touchées à 100 %. Merlot, grenache, syrah et chardonnay n’ont pas résisté au rideau de grêle. “Tout a été dévasté. Il ne reste que 20 % du feuillage, et quasiment tous les raisins ont éclaté”, confie le jeune viticulteur. Pour aider à la cicatrisation des baies, père et fils ont fait un traitement de bouillie bordelaise et de calcium. “Je n’y crois pas à 100 %, mais il faut tout essayer pour sauver la récolte”, commente le jeune viticulteur. Des situations donc hétérogènes comme dans le département voisin du Gard.

Le Gard balayé de Corconne à Roquemaure

L’orage ne s’est pas arrêté à la frontière gardoise. En balayant le département du sud-ouest au nord-est, l’épisode de grêle a démarré par le Sommiérois, frappant Corconne, Quissac, “en remontant vers Souvignargues, Cannes-et-Clairan, avant de s’atténuer, puis de retaper plus fort dans l’Uzège”, observe Anne Sandré. Fulgurantes, les chutes de grêlons ont aussi rapidement atteint le vignoble de Bourdic, de Saint-Siffret, de Flaux et de Valliguières. La zone de Laudun a aussi été “très impactée”, avant que la grêle achève son parcours à Roquemaure, n’épargnant pas au passage Tavel et Lirac, “pour la troisième année consécutive”, retient la responsable du pôle viticulture à la Chambre d’agriculture, qui évalue les pertes entre 10 et 90 % selon les secteurs et l’orientation des vignes.

La coopérative des Vignerons du Sommiérois n’a compté “qu’une seule exploitation touchée sur quarante”, alors que l’orage “a bifurqué au niveau d’Aspères”, indique son président, Régis Combernoux. En revanche, à Corconne, Olivier Masson évoque “30 à 80 % de pertes sur le vignoble”. En cinq minutes, des grêlons “gros comme des cochonnets” se sont abattus sur les vignes du territoire de La Gravette, essentiellement en AOP Pic Saint Loup, “surtout entre Corconne et Brouzet-lès-Quissac”, constate le président de la coopérative. Olivier Masson n’avait “jamais vu ça en 45 ans chez nous”, qu’il s’agisse du gel d’avril 2021 ou de cette grêle soudaine.

Si les grêlons ont été de moindre diamètre du côté de Saint-Martin-de-Londres, d’après des témoignages recueillis par le président de La Gravette, les accidents climatiques s’accumulent pourtant. “Il n’a pas plu pendant six mois en 2017. En 2018, c’était la pression du mildiou, puis la sécheresse en 2019, et le gel, après une année 2020 presque correcte.” Conscient de la “chance” d’être dans une appellation “dynamique”, Olivier Masson s’inquiète pour les jeunes installés, en Vins de pays, découragés. La cave les soutient comme elle peut, via la baisse des frais de vinification, ou les prêts à taux zéro mais, au fil des aléas, les volumes pourraient manquer.

Dans la vallée du Rhône méridionale, le vignoble de la cave des Vignerons de Roquemaure, Rocca Maura, serait endommagé à hauteur de 30 à 80 %, selon les premières estimations. “Les vignes les plus faibles en feuillage, et selon leur orientation, ont été le plus touchées, au-delà du canton”, confie Jacques Hilaire. Il n’aura pas fallu plus de deux minutes à l’orage pour “balayer large”, constate le président. Bien qu’assurés, les viticulteurs n’attendent pas grand-chose, “après trois années de sinistres”. D’où la nécessaire réforme assurantielle, qui devrait revenir sur la fameuse moyenne olympique contestée, espère Jacques Hilaire.

Plus chanceux, le maraîcher Mickaël Mazan, à Montpezat, a échappé au pire, après le passage pluvieux et grêleux. “Les billes ont abîmé les feuilles, sur melon et concombre, mais les fruits n’ont pas été touchés.”

Demandes de la filière

Force est de constater que “le sujet du changement climatique impacte de plus en plus les cultures”, rappelait le président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, lors de la session de l’OPA, le 27 juin dernier, à Béziers. De fait, la moyenne olympique n’est plus adaptée avec la répétition des aléas climatiques, qui réduisent au fil des ans le potentiel de rendement. “Nous demandons que soient retirées dans le calcul de la moyenne olympique les années où il y a des aléas climatiques qui frappent nos vignobles. C’est ce que j’ai déjà exposé au nouveau ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, lors de notre rencontre du 22 juin, et que nous défendrons de nouveau lors d’une prochaine réunion avec lui”, indique-t-il.

Il souhaite également un renforcement de l’épargne de précaution, un soutien aux dispositifs de mise en réserve interprofessionnelle, une aide à la trésorerie, des outils de lutte contre l’inflation, ainsi que des leviers pour éponger les excédents structurels. Autant de sujets qui seront portés par l’interprofession viticole lors d’une prochaine rencontre avec le ministre de l’Agriculture.

Florence Guilhem et Philippe Douteau

 


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