La filière équine se retrouve les quatre fers en l’air

Publié le 05 mai 2020

Compétitions et courses étant suspendues, la valorisation des jeunes chevaux par les professionnels, et destinée à la commercialisation, est compromise.

Coronavirus et confinement mettent la filière équine en grande difficulté, que ce soit pour l’élevage, les centres équestres, les compétitions ou encore les transactions commerciales. Si le redémarrage des activités tarde à venir, c’est toute la filière qui sera en grave danger.

La filière équine retient son souffle. En effet, depuis le 17 mars dernier, les centres équestres ont l’ordre de ne plus recevoir leurs adhérents ou tout autre public sur leur site. Les fermes équestres font l’objet de la même interdiction administrative. Toutes les compétitions et courses sont annulées, les hippodromes fermés et les paris suspendus. Par ailleurs, la commercialisation des chevaux traverse des turbulences, et la reproduction des chevaux est perturbée. Quelle que soit l’activité, la filière équine prend de plein fouet la pandémie du Covid-19, et redoute un tel impact économique qu’elle craint de ne pouvoir se relever. 

En Occitanie, la filière, avec ses 4 500 entreprises réparties sur tout le territoire, ses milliers d’emplois et ses près de 200 000 cavaliers réguliers ou occasionnels, n’échappe pas évidemment à la tourmente. Actrice majeure des sports de plein air, notamment dans les grands sites touristiques de la région, la filière, qui génère, toutes activités confondues, autour de 744 millions d’euros de chiffre d’affaires direct, qui contribue à l’équilibre des territoires et crée de la valeur ajoutée non délocalisable sur nos territoires, ne sortira pas indemne de cette crise. “On va perdre énormément de structures. Les premières faillites arriveront très bientôt, si on n’a pas de confinement d’ici l’été”, redoute François Cazes, président du Conseil des équidés d’Occitanie.

Effets négatifs en cascade

Côté élevage, le secteur est sous tension, car les saillies ne se font pas normalement. Combien y aura-t-il de juments saillies en moins ? Difficile de le savoir pour l’heure, mais “le chiffre sera inéluctablement à la baisse, car on ne peut pas se regrouper dans les centres de saillies. Au départ, on ne pouvait même pas s’y rendre, car il était interdit de circuler. Heureusement, cette interdiction a été levée rapidement, mais les centres tournent au ralenti, et certains sont fermés”, commente François Cazes. Il y aura également, selon lui, une incidence sur la production à venir. “Les chevaux ne sont pas tout à fait soignés comme à l’accoutumée, car il y a moins de personnel auprès d’eux, en raison du confinement. Ceux-ci sont, par exemple, moins souvent ferrés”, assure-t-il.

Côté compétitions et courses, mais aussi spectacles équestres, ce n’est pas au ralenti que se retrouvent ces activités, mais carrément à l’arrêt. Or, s’il n’y a pas de courses, il n’y a pas de paris mutuels. Comme la filière est financée en partie par le fonds Éperon, constitué par les prélèvements sur les paris mutualisés, celle-ci sera donc impactée par la diminution du fonds. Effet domino : que ce soit pour les courses ou les compétitions, les chevaux font l’objet de toute une préparation, qui leur confère une valeur marchande. “Pour vendre les chevaux, on est obligés de les valoriser. Or, sans course ni compétition il n’y pas de valorisation, et donc pas de vente derrière. Sans compter que les éleveurs qui ont confié leurs chevaux à des professionnels pour les préparer ont payé ce travail à perte”, explique le président du Conseil des équidés d’Occitanie. Un investissement à perte, c’est aussi ce que subissent les centres équestres, privés de clientèle depuis le 16 mars.

Les centres équestres au bord de l’asphyxie

Le cheval coûte cher à l’entretien. Il faut le nourrir, le ferrer, le soigner. Les charges sont élevées et la plupart des entreprises n’ont pas ou peu de trésorerie. Or, avec le confinement, les centres équestres n’enregistrent quasiment plus de rentrées d’argent. “Sur les 1 100 centres équestres adhérents au Comité régional d’équitation d’Occitanie, dont plus de 700 clubs et poneys clubs, il y a, en fait, deux cas de figure. Le premier, c’est celui des centres équestres qui ont des chevaux en pension, et le second, les chevaux d’école. Si, dans le premier cas, il y a encore des rentrées d’argent dans les centres, dans le second, les robinets sont totalement fermés. Or, les exploitants doivent continuer à payer leur main-d’œuvre, l’alimentation des animaux, les factures d’électricité et d’eau”, détaille Jacob Legros, président du Comité régional d’équitation d’Occitanie, ce qui représenterait, en moyenne, une dépense mensuelle de 9 000 €. Soit plus de 6 millions d’euros dépensés par mois, sans aucune recette encaissée.

“Il y a beaucoup de détresse parmi nos adhérents, qui continuent à entretenir les chevaux, mais sans savoir dans quelle perspective, sans aucune recette, et qui craignent de ne pas pouvoir tenir le choc. Mais le plus dur, pour tous, c’est que nous n’avons pas de visibilité. On ne sait pas si on va pouvoir ouvrir le 11 mai, en même temps que les écoles, ou en juin, voire en septembre. Qui va reprendre le 11 mai ? Comment on s’organise ? Rien n’est prévu, comme c’est le cas, par exemple, avec l’autorisation donnée par le gouvernement, le 24 avril dernier, aux propriétaires de chevaux de pouvoir se rendre dans les centres équestres. Cela a engendré une grosse pression sur les centres, qui n’ont eu aucune directive claire. Il y a vraiment beaucoup de déraison”, dénonce Jacob Legros. 

Aussi, pour échapper à la bérézina qui s’annonce, la filière équitation travaille sur un plan bio-sanitaire de reprise des activités des centres équestres, qui s’articule autour de l’organisation des espaces et des pratiques. “Les centres équestres et poneys clubs sont des structures de plein air, avec des grands espaces sans surfaces closes, permettant de pratiquer une activité individuelle, avec un faible contact entre usagers. Il est donc assez simple, pour nous, d’organiser l’accueil du public et les séances d’enseignement, en cohérence avec le respect des mesures sanitaires nécessaires à la lutte contre le Covid-19. Ce que l’on souhaite, c’est une sortie du confinement progressive pour bien roder notre plan bio-sanitaire, et au rythme des avancées médicales”, défend le président du Comité régional d’équitation d’Occitanie. L’autre combat sera la mobilisation d’un certain nombre de moyens pour accompagner le redressement des structures qui n’auront pas fermé.

Pour sauver la filière équine

Les mesures immédiates de soutien aux entreprises prises par le gouvernement ne suffiront pas pour sortir la filière équine de la crise violente qu’elle traverse. “Certes, tout cela va aider, que ce soit les reports de cotisations sociales, de taux d’intérêt, des prêts, d’aides à la trésorerie, etc., mais à condition que cela se fasse vraiment. Et, si l’État garantit des prêts, ce n’est pas gratuit”, relève François Cazes, président du Conseil des équidés d’Occitanie. Dans cet éventail d’aide, le Comité régional d’équitation d’Occitanie propose que les 1 500 € du fonds de solidarité soient doublés pour tous les établissements équestres frappés de fermeture administrative, car “la masse salariale reste investie pour le bien-être des animaux”.

Face à la chronique d’une mort annoncée de nombre de structures, les ministres de l’Action et des Comptes publics, de l’Agriculture, et des Sports, ont annoncé, le 21 avril, dans le budget rectificatif voté en première lecture par l’Assemblée nationale, le 17 avril, un accompagnement financier des centres équestres recevant du public et des poneys clubs pour l’alimentation et les soins prodigués aux animaux. À l’heure où nous bouclons, les modalités de cette disposition ne sont pas connues.

Pour accompagner le redressement des structures, la filière demande notamment une abrogation des charges sociales du dernier trimestre 2020 et non un report. Des pourparlers ont été engagés avec la MSA. Ils sont en cours. “Les charges ne devraient pas s’appliquer, car la fermeture administrative réduit à la seule activité sanitaire et en aucun cas à la production, et parce que notre secteur est le seul domaine agricole à être frappé de cette fermeture”, explique Jacob Legros.

Pour les centres équestres, qui ne bénéficient d’aucune subvention ou autre type d’aide financière, un fonds équitation, issu du ministère de l’Agriculture, pourrait être créé pour compenser le manque de rentrées financières des structures équestres et les charges du trimestre à venir. “De notre côté, on a débloqué une enveloppe de 150 000 € pour acheter des masques et réaliser des opérations de communication lorsque les centres équestres pourront reprendre normalement leurs activités en Occitanie”, précise Jacob Legros. Mais pour redonner un maximum d’oxygène, la filière équine, dans son ensemble, remet sur le tapis la restauration du taux de TVA à 5,5 %, ce qui permettrait d’alléger les arriérés qui vont se créer et les crédits qu’il faudra rembourser. “Dans tous les cas, toutes les aides qui seront débloquées doivent être pérennisées au moins deux ans, car la crise ne s’arrêtera pas lors du déconfinement”, rappelle François Cazes. CQFD.

Florence Guilhem


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