La Chambre d’agriculture de l'Hérault au plus près des territoires

Publié le 02 novembre 2022

Marie Levaux, présidente de la FNPHP, Guilhem Vigroux, président de la Fédération de l’Hérault de Groupama et secrétaire général de la Chambre d’agriculture, Jérôme Despey, président de la Chambre, Rémi Dumas et Camille Banton (JA). © F. Guilhem

Le 21 octobre, la Chambre d’agriculture de l'Hérault organisait sa première réunion GAT (Groupes d’actions territoriaux), à Lansargues. Au menu : actualité des filières et présentation du nouveau système assurantiel.

Initiées en son temps par Jacques Gravegeal quand il présidait la Chambre d’agriculture de l’Hérault, les réunions des Groupes d’actions territoriaux (GAT) ont perduré. Entre la diffusion des dernières actualités, des points de situation de chaque filière et le jeu des questions-réponses avec les agriculteurs, le rendez-vous proposé par la Chambre d’agriculture de l’Hérault fait incontestablement partie de ses temps forts.

Ainsi, comme chaque année, depuis son premier mandat, le président de la Chambre, Jérôme Despey, reprend son bâton de pèlerin, entouré des représentants des autres filières, de Groupama, des Jeunes agriculteurs et des ingénieurs de la Chambre pour aller à la rencontre du terrain.

Filière vin : des solutions à trouver

Le “premier millésime 2022”, parole de viticulteur, a donc débuté, le 21 octobre, à Lansargues. Viticulteur oblige, le président a attaqué sur la filière vin. Rappelant combien celle-ci subissait les difficultés “en cascade depuis 2019”, et l’impact du gel de 2021, faisant de l’Hérault le département viticole “le plus sinistré de France”, la récolte 2022 s’annonce, elle, sous de bons auspices, avec une prévision de 5,5 Mhl, “soit un résultat légèrement supérieur à la moyenne quinquennale”. Idem à l’échelle du bassin Languedoc-Roussillon, où la récolte est estimée entre 12,5 et 13 Mhl, “mais avec une grosse hétérogénéité au sein des communes, des cantons, des départements et des régions”, souligne-t-il.
Côté marchés, avec une baisse de consommation qui s’accélère sur le marché intérieur et dans la grande distribution, atteignant - 15 % pour les rouges, - 4 % pour les rosés et - 4 % pour les blancs, alors qu’elle était de - 2 à - 3 % par an depuis 10 ans, et des situations hétérogènes en matière de stocks dans les exploitations et caves coopératives, “il va falloir trouver des solutions face à ces difficultés, conjoncturelles pour certaines, structurelles pour d’autres”, ajoute-t-il.

Si, dans le Bordelais, la profession avance comme solution la nécessité d’arracher, telle n’est pas encore la position du Languedoc-Roussillon. “Il est nécessaire de travailler bassin par bassin. Chez nous, quand on voit les stocks au 31 juillet et le niveau de production, on sait que si cela présente, par exemple, quelques difficultés pour des IGP de département, tel n’est pas le cas pour Pays d’Oc. Chaque réponse doit donc être spécifique par bassin”, insiste-t-il.

La première réponse, apportée à l’échelle de l’interprofession, est la gestion du marché, notamment par la mise en place d’un système de régulation et d’une réserve climatique, ainsi que l’a fait Pays d’Oc. “La régulation permet de mettre en adéquation les volumes de production et les besoins du marché. C’est un élément de sécurité pour éviter qu’il y ait tentation de la part du négoce de proposer des contrats à la baisse”, souligne Jacques Gravegeal, président du Syndicat des vins IGP Pays d’Oc. La deuxième réponse est l’activation des mécanismes de la Pac et de l’OCM, qui comprennent notamment la distillation pour une certaine catégorie de produits, mais avec une enveloppe de l’État ne dépassant pas les 40 M€, et l’arrachage pour certains bassins.

Horticulture et arboriculture : année charnière

Avec la flambée du coût de l’énergie et des matières premières, les filières horticole et arboricole sont également à la peine. “Si la flambée des prix se poursuit, c’est direct le dépôt de bilan. Aussi faut-il que l’État mette en place un bouclier tarifaire sur l’énergie”, réclame le président de la Chambre d’agriculture. “Beaucoup d’entreprises sont en pronostic vital, et ne pourront pas supporter des coupures d’électricité, car elles pourraient compromettre leurs cultures sous serres”, alerte, de son côté, Marie Levaux, présidente de la Fédération nationale des producteurs de l’horticulture et des pépinières (FNPHP), ainsi que de la Fédération régionale d’Occitanie.

Avec des factures qui ont été multipliées par 10, “il est impossible de produire”, relève-t-elle. Sans aide de l’État, la filière risque d’être largement compromise. Or, la réponse de ce dernier, soit faire jouer la concurrence entre les fournisseurs d’électricité, laisse sans voix la filière. À cela s’ajoutent les problèmes de recrutement de main-d’œuvre et de l’accès à l’eau.

Mêmes cri d’alarme et difficultés du côté de la filière arboricole qui, après le gel de mars dernier, et les coups de chaleur tout au long de l’été, ont entraîné des baisses de production, particulièrement sur les variétés précoces, et des problèmes de qualité. Par ailleurs, “le coût des emballages a été multiplié par deux et les factures d’électricité sont exponentielles, même pour ceux qui ont des contrats encadrés, car il y a une part variable”, détaille Robert Cecchetti, président de la Sica Les Vergers de Mauguio et pomiculteur à Mudaison. Entre ces surcoûts et celui de la main-d’œuvre, difficile à trouver au demeurant, les trésoreries des exploitations arboricoles sont plus que malmenées. Si cela ne suffisait pas, la grande distribution ne joue toujours pas le jeu, en multipliant les promotions sur les fruits. Seule bonne nouvelle : la mise en place du nouveau système assurantiel prenant en charge les aléas climatiques, et qui devrait mieux répondre aux attentes de chacune des filières.

Nouveau dispositif de gestion des risques climatiques

Le nouveau système d’assurance des récoltes face aux risques climatiques, qui sera mis en place au 1er janvier prochain, et signera la fin du dispositif des calamités agricoles, est “une véritable victoire, avec un taux de subvention à 70 % et la mise en place de la solidarité nationale. Nous avons obtenu tout ce que nous avons demandé”, se réjouit Jérôme Despey. Tout n’est pas cependant réglé, car la filière vin plaide pour une révision rapide de la moyenne olympique, qui n’est plus adaptée au regard de la répétition des aléas climatiques.

Quoi qu’il en soit, le nouveau dispositif repose concrètement sur une fusée à trois étages. Les pertes de récolte suite à un aléa climatique, en dessous de 20 %, seront à la charge de l’agriculteur. Entre 20 et 50 %, c’est l’assureur qui prendra le relais. Et, à partir de 50 %, ce sera l’État, avec le déclenchement du Fonds de solidarité nationale, pour les grandes cultures et la viticulture. Ce seuil de déclenchement de la solidarité nationale s’activera dès 30 % pour les autres cultures, notamment l’arboriculture et les prairies. Quant au taux d’indemnisation, il sera de 90 % pour les assurés de toutes les cultures et, pour les non-assurés, de 45 % en 2023, de 40 % en 2024 et de 35 % en 2025.

Pour les contrats signés avant le 1er janvier 2023, l’exploitant agricole peut demander, dans un délai de trois mois, la mise en conformité de son contrat avec le nouveau dispositif. Il faudra aussi qu’il choisisse son interlocuteur unique avant le 1er avril. En fait, ce sera l’assureur qui fera office de dépôt et traitement des dossiers, et qui fera l’expertise des pertes”, indique Guilhem Vigroux, président de la Fédération de l’Hérault de Groupama et secrétaire général de la Chambre. Si l’agriculteur ne désigne pas son interlocuteur, “il perdra le bénéfice de l’indemnisation du Fonds de solidarité nationale”, prévient-il. Avec la mise en place de ce système, l’objectif est ciblé : inciter les agriculteurs à souscrire une assurance.

Florence Guilhem


HéraultChambre d'agriculture de l'Hérault réunion GAT Jérôme Despey Marie Levaux