La cave ‘Les Coteaux du Pic’ entre dans une nouvelle ère

Publié le 23 octobre 2021

La cave coopérative de Saint-Mathieu-de-Tréviers a été créée en 1950. Elle couvre à elle seule un tiers de l’appellation Languedoc - Pic Saint Loup. Elle est la première productrice d’AOP Pic Saint Loup. © F. Guilhem

En raison de la crise sanitaire liée au Covid, la construction du nouveau caveau de vente de la cave coopérative de Saint-Mathieu-de-Tréviers a pris du retard. Il devrait être fin prêt pour les fêtes de Noël. En parallèle, la cave poursuit son développement et a d’autres projets dans son escarcelle.

Bien ancrée dans le paysage du Pic Saint-Loup depuis 1950, la cave Les Coteaux du Pic, à Saint-Mathieu-de-Tréviers, a su s’adapter et se moderniser pour répondre aux exigences économiques du marché, mais aussi aux défis technologiques et environnementaux, auxquels toutes les caves coopératives sont confrontées. Bien qu’impactée par la crise sanitaire et  le gel d’avril dernier, celle-ci poursuit inexorablement son développement.

Retour en arrière. Au début de 2010, force est de constater que certains vins produits par la cave ne collent plus à la demande des marchés et que le packaging est quelque peu vieillot. Par ailleurs, l’activité de la filiale commerciale créée, en 2012, ‘Vignobles des 3 Châteaux’, peine à décoller. "Avant celle-ci, nous avions une structure commerciale qui travaillait beaucoup sur les produits traditionnels conditionnés que nous faisions. Il nous fallait revoir toute notre stratégie et adapter notre outil industriel pour pouvoir monter en gamme et proposer des produits plus en phase avec les demandes des clients", rappelle Thierry Vacher, président de la cave coopérative. 

Avec le recrutement, l’année suivante de Michel Marty comme directeur général, la cave coopérative revoit sa stratégie de fond en comble tant à la cave que par rapport à ses réseaux de distribution. La cave commence par investir dans de nouvelles cuves, des pressoirs pneumatiques, sur la mise en bouteille et l’entretien de tout son outil. Coût total de ces premiers investissements : 3,5 millions d’euros.

Montée en gamme des vins 

Le choix est également fait d’augmenter le potentiel de production de vins déclarés en AOP Pic Saint Loup. De 4 000 hl au départ, 7 000 hl le sont ensuite, pour atteindre aujourd’hui  10 000 hl (9 000 hl en rouge et 1 000 hl en rosé) sur les 27 000 hl conditionnés par la cave. La révision du packaging, la montée en gamme de l’offre et le travail entrepris sur les réseaux de distribution complètent la nouvelle stratégie retenue. 

"Nous sommes en perpétuel mouvement sur le plan marketing et les profils des vins, afin d’être en phase avec les attentes des consommateurs, mais aussi du marché français et de l’export. Nous avons créé des gammes et faisons aussi du sur-mesure, ce qui a d’ailleurs compliqué le travail en cave, car nous réalisons des micro-cuvées. Quoi qu’il en soit, nous avons désormais 130 profils de vins différents. Tout ce travail a permis de passer, en dix ans, de 700 000 à 3 millions de bouteilles vendues aujourd’hui auprès des clients fidèles à notre cave", détaille Bruno Bonzoms, responsable commercial.

Au travers de sa filiale commerciale, la coopérative oriente également ses axes de développement sur les vins de pays en bouteille. Résultat : celle-ci enregistre une augmentation de son chiffre d’affaires de 10 % chaque année (et même 12 % en 2021, exercice clos au 31 juillet dernier), sauf en 2020, Covid oblige, où la progression de son chiffre n’a été que de 4 à 5 %. De plus, alors que tous ceux qui exportaient aux États-Unis y ont perdu des parts de marché, la cave coopérative a réussi, elle, à décrocher un gros contrat lui permettant de  passer ses ventes de 80 000 à 500 000 bouteilles. "On a, en fait, progressé dans tous les secteurs de distribution, sauf en période  Covid", indique Bruno Bonzoms. 

Entre des stocks limités (10 mois de stock en AOP Pic Saint Loup pour les rouges, mais déjà pré-vendus, aucun pour les rosés dans cette appellation, aucun pour les blancs en IGP et Vins de Pays, et de 6 à 8 mois pour les IGP en rouge) et une récolte 2021 impactée à un peu plus de 50 % par le gel d’avril, "on est à flux très tendus. Aussi, du fait de cet aléa climatique, on a anticipé la baisse des volumes à venir, en mettant un coup de frein aux promotions sur nos vins et en arrêtant les prospections, afin de privilégier nos clients historiques. Nos volumes sont désormais tous contingentés. On attend donc le bilan définitif de la récolte 2021 pour pouvoir la répartir sur l’ensemble de nos clients afin de n’en laisser aucun sur le carreau. Nous aurons, on pense, deux exercices où il va falloir jongler, notamment sur les IGP blancs alors qu’on en manquait déjà", explique le responsable commercial. 

En dépit de cette difficulté passagère, entre le développement régulier des activités commerciales, les volumes de production à traiter et la saturation de l’outil de conditionnement, la cave a dû lancer de nouveaux investissements.

Nouveau caveau et outil de conditionnement

Le projet d’un nouveau caveau était dans les tuyaux depuis 15 ans, mais la pression foncière et les zones de restriction n’ont pas facilité la tâche des décideurs pour trouver l’emplacement idoine. Après la vente d’une maison à côté du terrain que possède la cave, juste en face de son caveau actuel, le projet peut être enfin voté en 2019. Mais la crise sanitaire, en 2020, liée au Covid, retarde le chantier d’une année. Les travaux sont enfin lancés en janvier 2021. Si aucun grain de sable ne vient faire "dérailler la machine", le nouvel écrin de la cave devrait être fin prêt pour les fêtes de fin d’année. Coût de l’investissement : 1,5 M€. Le nouveau bâtiment, d’une superficie totale de 350 m2, accueillera, au rez-de-chaussée, le caveau de vente (200 m2) et un espace de stockage, et, à l’étage, une zone d’accueil, des bureaux administratifs, des espaces de réunion et une grande terrasse avec vue sur le Pic Saint-Loup. Pour plus de praticité, l’espace à l’étage sera modulable afin d’accueillir tous types d’événements. "Cet étage pourra aussi être loué, ce qui permettra de rentabiliser notre nouvel outil, qui devrait s’auto-amortir, selon les estimations faites", espère Thierry Vacher.

Deuxième étage de la fusée : la modernisation de l’outil de mise en bouteille, avec son automatisation complète, "ce qui permettra d’enlever de la pénibilité dans les tâches de travail et d’atteindre une capacité de 4 millions de cols", précise Michel Marty, directeur général de la cave. Coût de l’investissement : 800 000 €. L’autre projet incontournable sera la construction d’un bâtiment de stockage adapté à leurs volumes. "Notre outil est saturé, ce qui nous oblige à louer des espaces de stockage. On est à l’étroit en stockage comme en cuverie d’ailleurs", relève-t-il.

Pérenniser la structure passera aussi par le renouvellement des générations, une autre de ses préoccupations. Dans les dix prochaines années, beaucoup d’adhérents partiront à la retraite. "Remplacer ces coopérateurs, c’est notre challenge à horizon 5 ans, avec autour de nous une pression immobilière très forte, un foncier agricole hors de prix et de nouveaux investisseurs privés qui ont une capacité d’investissement agressive", relève-t-il. Aussi une politique a-t-elle été mise en place pour faciliter l’accès au foncier à de jeunes viticulteurs. "Avec également en tête, le fait que nos coopérateurs continuent d’avoir des bons revenus. C’est un objectif majeur dans la pérennité de la cave", conclut le directeur général.

Florence Guilhem


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