L’Oulibo a fêté ses 80 ans

Publié le 21 juin 2022

La coopérative oléicole L’Oulibo existe depuis 1942. © L'Oulibo

Du 30 mai au 6 juin, la coopérative oléicole de Bize-Minervois, L’Oulibo, a fêté ses 80 ans avec un vernissage retraçant l’évolution de l’entreprise, qui a profité de ce contexte pour aborder la problématique du renouvellement des exploitants agricoles et du réchauffement climatique.

Il y a 80 ans, le 6 juin 1942 à 14 h 30, se déroulait l’assemblée générale constitutive de la coopérative oléicole L’Oulibo, présidée par Léonce Rieux, dans un premier temps. Malgré un épisode dramatique en février 1956, où 800 000 oliviers sont morts à cause d’un épisode de gel et une fermeture jusqu’en 1969, la coopérative oléicole embrasse aujourd’hui une belle dynamique, mais s’inquiète pour le renouvellement des exploitations. Elle espère pouvoir redonner ses lettres de noblesse à cette production singulière.

Une belle dynamique pour la coopérative

Avec 750 adhérents, 800 à 1 000 tonnes d’olives à huile produites chaque année, entre 400 et 500 t d’olives de table, 6,5 € millions d’euros de chiffre d’affaires (dont 2 à 3 M€ sont redistribués aux adhérents), L’Oulibo est une entreprise en pleine dynamique, dont les produits sont proposés sur l’ensemble du territoire français. 5 % d’entre eux dans l’Union européenne et à l’export aux états-Unis, au Canada, mais aussi au Japon, en Corée du Sud et à Singapour. 

Depuis 2017, la coopérative oléicole a obtenu le label Entreprise du patrimoine vivant (EPV), qui reconnaît le savoir-faire de l’entreprise, notamment sur la partie préparation des olives “qui est une étape très complexe”, commente Pierre-André Marty, directeur général de la coopérative. 

à l’échelle de l’Occitanie, elle est le 2e site industriel dédié à la gastronomie le plus visité et le 10e à l’échelle nationale. Un beau succès selon le directeur général, qui ne nie pas que l’entreprise est confrontée à de nouveaux défis, comme celui du renouvellement des populations au sein des exploitations oléicoles et celui du réchauffement climatique.

Attirer les jeunes, le nouveau défi de la filière

“Nous avons une population vieillissante, qui ne va pas tarder à prendre sa retraite. Quid de la reprise des exploitations agricoles ?”, s’interroge Pierre-André Marty, inquiet pour le devenir de la filière. “C’est une culture qui ne reçoit aucune subvention,” explique-t-il. “On vit rarement de la culture de l’olive. C’est souvent une activité complémentaire associée à la viticulture, mais qu’il faut continuer de faire vivre en France. Et pour cela, il faut donner aux nouvelles générations l’envie de reprendre le flambeau.” Le directeur général de la coopérative espère que la filière continuera de se développer grâce à l’augmentation des salaires des producteurs, en valorisant le produit et en travaillant sur la notoriété de la marque. “Avec ces trois objectifs, on ne peut que continuer de bien se développer, tout en attirant de potentiels nouveaux arrivants”, confie-t-il. Mais le défi est de taille, avec l’inflation qui fait exploser le prix des carburants, des matières premières et des matières sèches (cartons, étiquettes, bouchons, dont le prix a doublé), le sel (son prix a augmenté de 30 %)...
“Beaucoup de nos adhérents sont impactés de plein fouet par la hausse de leurs charges, surtout côté carburants, matières sèches, engrais et produits sanitaires”, ajoute Pierre-André Marty. Si pour le moment, “cela ne se ressent pas encore”, précise-t-il, “on risque tôt ou tard d’augmenter nos prix. Car nous avons augmenté les salaires, ce qui est un très bon point pour les producteurs dont nous souhaitons continuer à valoriser le travail. Mais, tout ce que l’on achète est plus cher. L’augmentation a été brutale (...), il va falloir que l’on s’adapte et rapidement”, ajoute-t-il. 

S’adapter au réchauffement climatique

Les problèmes environnementaux liés au réchauffement climatique viennent compliquer les difficultés que rencontre la filière. “Les différents aléas climatiques, tels que la grêle, des épisodes de pluies relativement longs qui, comme en mai 2019, ont mis à mal la récolte, en s’attaquant aux fleurs, mais aussi les épisodes de gel et les parasites, comme la mouche de l’olivier, impactent nos vergers et nos cultures”. Ce parasite, qui avait pourtant disparu ces dernières années, a fait son grand retour, “notamment à cause de la hausse des températures”, poursuit le directeur général de L’Oulibo. Les producteurs et techniciens activent un mode “veille”, observent et alertent dès qu’ils prennent connaissance d’une zone où la présence de mouches est constatée. “Et on ne traite que lorsqu’il faut traiter”, appuie le directeur général. 

Les aléas climatiques liés au réchauffement de la planète élargissent eux aussi la zone d’incertitude pour L’Oulibo, surtout concernant le stress hydrique, dû à la sécheresse et la crainte de la grêle, qui peuvent détruire une partie de la production de ses adhérents. “Heureusement, l’olivier est un arbre méditerranéen et peut survivre sans eau. Mais dans ce cas, la production sera moindre, voire inexistante. Seuls nos petits enfants pourront en profiter si nous n’arrosons pas”, sourit-il. “L’oléiculture, c’est du travail. C’est comme la vigne : il faut du matériel, tailler, observer et entretenir les parcelles”, ajoute-t-il.  

L’oléiculture, fruit de l’économie occitane

Malgré ces nouveaux défis, “rien n’est insurmontable et nous bénéficions aujourd’hui d’un panel de produits d’exception comme la lucques, en appellation d’origine protégée depuis 2017. Elle représente 80 % de la production de la coopérative. Un produit 100 % local, cela représente une grande fierté pour nous”, a déclaré le directeur de la coopérative, ajoutant que l’oléiculture fait partie intégrante de l’économie et du paysage occitan.

Pour fêter ce nouveau cap, L’Oulibo a mis en place une exposition photographique rétrospective, retraçant les 80 années d’existence de l’entreprise, présentant les moments forts de la coopérative. Environ 130 personnes ont assisté au vernissage de l’exposition, qui sera visible jusqu’au 30 mai 2023. L’entreprise a également organisé des visites guidées privilégiées et des opérations de promotion.

Cette année, Pierre-André Marty souhaite booster le tourisme oléicole, en aménageant de nouveaux espaces verts autour de l’accueil. “Nous avons déjà beaucoup de monde qui passe, et nous sommes toujours heureux de faire découvrir notre filière, nos produits, mais aussi le travail de nos producteurs”, conclut le directeur général de L’Oulibo. 

Margaux Masson


Pour ses 80 ans, L’Oulibo a créé une exposition de photos retraçant l’histoire de l’entreprise de 1942 à aujourd’hui. 130 personnes ont assisté au vernissage. L’exposition est visible jusqu’au 30 mai 2023. © L'Oulibo

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