L'Inrae a "un gros coup à jouer"

Publié le 21 janvier 2020

Présent sur trois campus, dont ici à Montpellier SupAgro, le nouvel institut de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, Inrae, est le résultat de la fusion de l'Inra et de l'Irstea.

Issu de la fusion de l'Inra et de l'Irstea, l'Inrae est officiellement né le 1er janvier 2020. Ce nouvel institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement affiche des ambitions internationales pour répondre aux défis d'avenir en termes de données et d'expérimentations. à Montpellier, l'organisme regroupe plus de 1 000 agents, réunis sur trois sites, en 23 unités de recherche.

Second centre de recherche en France, après le CNRS, l’Inrae s'affiche comme "le premier centre de recherche en agriculture mondial, par sa taille", déclare Sylvain Labbé, président du centre Occitanie-Montpellier. Génétique, biologie, transition agroécologique, sécurité alimentaire ou encore sciences sociales : de la recherche fondamentale à la recherche appliquée, les champs d'action de la nouvelle entité sont décuplés. Fruit de la fusion souhaitée par les ministères de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et de l'Agriculture et de l'Alimentation, l'Inrae rassemble plus de 12 000 personnes en France, avec, comme feuille de route : "Comment nourrir durablement plus de 7 milliards d'humains d'ici 2040 et avoir accès à l'eau et à une nourriture saine ?", s'est interrogé Sylvain Labbé, lors de la présentation du centre Occitanie-Montpellier, le 10 janvier, à Montpellier SupAgro.

Plus de 30 unités à Montpellier

L'Établissement public à caractère scientifique et technologique (EPST) s'est vu doté d'un budget d’1 milliard d'euros. Plus de 200 unités de recherche et une quarantaine d'unités expérimentales sont déployées sur

14 départements scientifiques, et dans 18 centres de recherche en France. Parmi les 268 unités, 23 unités de recherche, 4 unités mixtes technologiques et 4 unités expérimentales sont réparties entre les 3 campus du centre Inrae Occitanie-Montpellier (sites de La Gaillarde, Baillarguet et La Valette).

En rapprochant les connaissances scientifiques, les données des chercheurs, qui fournissent plus de 760 publications par an, et les retours d'expérimentations, le nouveau centre de Montpellier s'articule autour de cinq grandes thématiques, dont celle qui fait la fierté et la renommée de l'institut montpelliérain, la biologie et l'étude de l'adaptation du végétal.

Comprendre le vivant avec moins d'agrochimie

Directeur de l'UMR (unité mixte de recherche) Biochimie et physiologie moléculaire des plantes, Alain Gojon met l'accent sur la biologie intégrative et prédictive, domaine d'étude situé "en amont de l'agronomie et de l'agriculture", comprenant "l'acquisition des connaissances et les recherches fondamentales". L'unité a pour objectif la compréhension du fonctionnement des organismes vivants, le centre de Montpellier faisant référence dans l'étude des "réponses des plantes aux contraintes de l'environnement et de l'impact sur les productions agricoles".  Parmi les missions de l'unité, le travail sur les plantes plus tolérantes à la chaleur ou aux maladies vise à produire des variétés destinées à des cultures plus adaptées au développement durable, "avec moins d'agrochimie", précise Alain Gojon. La démarche dite "intégrative", intègre l'exploitation des big data, des milliers de données, "du microscopique, comme les gènes, au peuplement végétal". La compréhension assistée par ordinateur permet aujourd'hui de traiter un nombre conséquent de données, rendant possible l'étude "de plus de 30 000 gènes". Pour mieux observer les interactions entre les plantes et les micro-organismes, un institut de la santé des plantes est prévu pour 2021.

Agroforesterie et artificialisation des terres

Les impératifs induits par la nécessaire transition agroécologique conduisent à des expérimentations, en conditions de contraintes, pour mieux appréhender la régulation biologique en "remplaçant la chimie par des services agroécologiques", propose Marie Gosme, chargée de recherche à l'UMR System. C'est notamment par la voie de l'agroforesterie que l'unité étudie la corrélation entre la présence d'arbres sur les cultures annuelles, et pérennes (vigne). Un dispositif de simulation de sécheresse sur cultures fruitières est en place pour "savoir si les arbres peuvent aider à la résistance aux coups de chaleur", prévoyant, in fine, l'élaboration d'un système qui pourrait s'autoréguler, dans le cadre de cultures multi-productions. Un changement de modèle jugé salutaire, au moins autant que la récolte de données résultant de l'artificialisation des sols, une question "de plus en plus préoccupante", selon éric Barbe (UMR Tetis). Pour faire écho au Plan biodiversité, prévoyant le "zéro artificialisation nette", l'Inrae Occitanie-Montpellier travaille à l'identification de ces espaces, via, entre autres, un dispositif de couverture satellitaire. Reste à trouver les méthodes adéquates pour calculer ces hectares consommés, estimés entre 16 000 et 60 000 ha par an.

Gouvernance et tendances

Directeur de l'UMR Innovation, Jean-Marc Touzard rappelle la nécessité d'instaurer "des approches globales", dans le cadre de systèmes alimentaires durables. En évaluant les impacts environnementaux, sur la santé, et en tenant compte du changement climatique, la gouvernance de ces enjeux est à appréhender, tant par le prisme des politiques publiques, que par l'implication des citoyens. Du changement de modes d'achats (circuits courts) à la consommation de viande, ou au mouvement vegan, les sciences sociales, aussi, entrent en jeu pour comprendre et accompagner les stratégies des filières, comme les initiatives influant sur les habitudes alimentaires (restauration scolaire de proximité, jardins pédagogiques).

Pour toutes ces raisons, "Montpellier a un gros coup à jouer sur l'agronomie !", prévoit Jean-Marc Touzard.

Philippe Douteau


Le 10 janvier, les chercheurs et directeurs d'unités ont présenté l'Inrae. De g. à d. et de haut en bas : Jean-Marie Sablayrolles, Jean-Marc Touzard, Sylvain Labbé, président du centre, Marie Gosme, Alain Gojon, Éric Dubreucq et Éric Barbe.

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