L’appel des Costières en webinaire

Publié le 10 novembre 2020

Les Costières, en AOC depuis 1986, ont pris le pli du web pour organiser un webinaire consacré à la dégustation de blancs, rosés et rouges, de 2017 à 2019. © Ph. Douteau

En ces temps (re)confinés, les vignerons, en grande partie tributaires du CHR, pris à la gorge en raison du second coup d’arrêt frappant l’activité des restaurateurs et des bars, sont à nouveau désemparés. Pour tenter de revitaliser les relations avec les cavistes et les sommeliers parisiens, l’AOC Costières de Nîmes a rebondi en conviant 60 professionnels à un webinaire d’un genre nouveau, mêlant dégustation en ligne et Master class de vignerons.

Quand le crocodile nîmois ne peut plus recevoir à domicile pour cause de Covid, qu'à cela ne tienne, Paris a été convié en ligne, pour une séance de dégustations et une Master class inédites. Le 5 octobre, l'appellation gardoise a réuni un panel de sommeliers de restaurants étoilés, des cavistes parisiens, des journalistes et des blogueurs influents dans la sphère viticole pour assister à une séance de dégustation virtuelle, mais bien concrète, animée par Pierre Vila Palleja, du Petit Sommelier, dans le 14e arrondissement de Paris. Avec l'expertise de deux vignerons emblématiques de l'AOC Costières de Nîmes, les participants ont pu découvrir et goûter en direct 36 échantillons, au cours d'une dégustation déclinée sous le signe des appellations, par l'accompagnement de spécialités du terroir (AOP Huile d'olive de Nîmes, terrine de Taureau de Camargue).

Cibler une audience parisienne

Depuis 2015, les Costières organisaient, durant tout un week-end, le séminaire ‘Œnomatopée’ sous forme de balade nîmoise, à la découverte de la ville et de ses vignobles. Suite à l'annulation de sa tenue, en juin, l'équipe des Costières a dû repenser la formule et l'adapter aux contraintes sanitaires. Manon Missongé, responsable communication de l'appellation, a donc concocté une formule web pour offrir un autre éclairage à l'AOC auprès du public visé. 

Assise au niveau local grâce à de nombreux événements (Vignes toquées, la Bodega lors de la feria de Nîmes, Fascinant week-end), la notoriété des Costières, de Nîmes à la Camargue, et au-delà en région, a fait son chemin auprès des professionnels parisiens. Intrigués comme séduits par cette "pépite méconnue du sud de la Vallée du Rhône", que les cavistes de la capitale "aiment faire découvrir" à leurs clients, fait savoir Magali Jelila, directrice du Syndicat des vignerons de l'AOC. Pour assurer le maintien du réseau entre la ville lumière et la cité gallo-romaine, l'AOC peut déjà compter sur une communauté bien présente sur les réseaux sociaux, dont des ambassadeurs expatriés à Paris, la 'Crocoteam'. Active en ligne, la jeune appellation trentenaire peut compter sur ses fidèles pour conserver le lien entre les prescripteurs et les acheteurs. "Nous comptons aujourd'hui plus de 37 000 fans sur Facebook et près de 5 000 abonnés sur Instagram", indique Magali Jelila. Cette célébrité sur la toile, il a bien fallu en jouer pour mobiliser les troupes et proposer une dégustation à distance de 36 échantillons des trois couleurs, conditionnés par Vinovae, en fioles de 20 ml.

Les surprises d'un millésime

Après une présentation historique et du contexte climato-géographique de l'appellation par Fanny Boyer-Molinié, vigneronne au Château Beaubois, et vice-présidente de l'AOC, et Michel Gassier, du domaine éponyme, le webinaire est entré dans le vif du sujet. C'est Pierre Vila Palleja qui s'est chargé d'animer cette dégustation, épaulé par les commentaires des deux vignerons gardois. Le sommelier n'a pas caché son plaisir de partager ses affinités gustatives avec les Costières, ces vins "mûrs, mais frais" qui n'ont, selon lui, "pas grand chose à envier à d'autres grandes appellations". Entre chaleur et maturité typiques du Sud et un vent de fraîcheur venu de la Méditerranée, ces AOC ont de quoi rivaliser. Malgré le petit format des échantillons proposé, "qui resserre un tout petit peu les vins", le sommelier salue la fidélité du rendu au format bouteille en 75 cl. 

Les blancs, à l'image du 'Confidence'2019 du Château Beaubois (AB), ont ouvert le bal. Année particulière, s'il en est, 2019 aura été marquée par la caniucule sur l'ensemble du vignoble. "Il a fait plus de 47 degrés à 20 km de notre zone", a rappelé Fanny Boyer-Molinié, qui s'attendait alors à des vins "assez lourds, chauds" aux arômes confiturés et trop épicés. Or, de la fraîcheur et une belle acidité se sont révélées. "On est toujours surpris par un millésime", constate la vigneronne, qui en est à ses 25es vendanges. À l'instar des blancs, les rosés aussi ont bénéficié d'une amplitude bienvenue, et les rouges, d'une bonne couleur.

De son côté, Pierre Vila Palleja retient une tonalité "boisée" issue de cet assemblage rhodanien "classique", mais "emblématique du millésime 2019, entre gestion aromatique et bois élégant. La texture en bouche et la finale sont intéressantes. L'amplitude et les fins amères en bouche rappellent ce contraste chaud/
froid du millésime",
analyse-t-il. Fanny Boyer-Molinié recherchait ce côté "séveux", après une vinification en barrique et un élevage sur lies, "pour ne pas trop marquer le grenache, en blanc comme en rouge, car il est oxydatif". 

En cours de dégustation, Michel Gassier en a profité pour évoquer le caractère plus charnu de la roussanne, qui demande, en général, “plus de temps pour se livrer que le grenache blanc”, en percevant un élevage bois qui peut retarder la maturité des vins. Les secteurs de l'appellation offrent aussi des variétés de textures : au nord, des vins "plus charnus, et au sud, face aux étangs, des choses plus ciselées", constate le vigneron. Des vins rouges pulpés, d'autres aux saveurs de tapenades ou d'olive, certains pas assez tempérés... La dégustation a été intense. 

Densité, mâche et tanins, les propositions ont pu révéler, même en petite quantité, les multiples spécificités des vins des Costières. 

Philippe Douteau 


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