L’AOP Languedoc conforte sa présence à l’export

Publié le 20 octobre 2022

L’AOP Languedoc connaît un fort développement à l’export. Plus d’une bouteille sur deux de rosé quitte le territoire français. DR

Assurant 17,5 millions sur les 55 millions de cols des AOP du Languedoc exportées, l’AOP régionale Languedoc poursuit sa progression à l’export, face à un débouché en grandes surfaces qui patine. Le rosé a notamment connu un très fort développement ces dernières années – l’AOP Languedoc rassemblant 65 % des volumes de rosés des appellations de la région –, dopé par le développement des ventes à l’export, la création de nombreuses marques, et l’engouement des consommateurs pour ce type de produit.

Fin septembre, l’AOP Languedoc organisait à Londres un évènement à l’occasion de ses 15 ans. La soirée a célébré les vins de l’AOP, aux côtés des œuvres du street-artist Banksy à la Red Eight Gallery, qui a exceptionnellement prolongé l’exposition dédiée à l’artiste, pour la clôturer par la dégustation de cuvées de l’AOP Languedoc. “L’évènement et l’artiste sont à l’image de notre appellation, les créations sont intuitives et inspirantes. Elles surprennent et font vibrer”, souligne la directrice de l’AOP, Stéphanie Daumas. 

Le Royaume-Uni fait partie des cinq principaux pays vers lesquels sont exportés les vins AOP Languedoc, et est l’un des deux pays cibles choisis par l’interprofession pour porter ses efforts de communication, avec les États-Unis qui restent les principaux débouchés export.

L’AOP Languedoc a connu un très fort développement depuis sa création, avec une progression des sorties de chai de 24,016 millions de cols en 2008 à 38,894 millions de cols en 2021.

45 % des débouchés de l’appellation régionale se font en dehors de l’Hexagone. Depuis le Brexit, le Royaume-Uni représente une cible intéressante pour les exportateurs, en conservant sa proximité et ses liens et partenaires historiques, et en permettant aux entreprises de bénéficier de la mesure de promotion pays tiers de l’OCM viticole.
Le Royaume-Uni n’est pas un marché de rosé, mais plutôt de rouge et de blanc, même si le rosé n’est plus perçu comme un produit de niche, et progresse régulièrement. Dénomination géographique au sein de l’appellation régionale, qui a pris son indépendance en 2013, le Picpoul de Pinet y réussit par exemple très bien. En 2021, 2 164 000 cols ont été exportés. L’AOP Languedoc exporte outre-Manche 888 000 cols en blanc et 1 026 667 cols en rouge.

Sur ce marché, la concurrence est rude avec les pays du Nouveau Monde. Les ventes en volumes des vins australiens en grandes surfaces ont progressé sur un an de 7,8 % (chiffres arrêtés au 10 octobre 2021), contre 6,6 % pour les vins français, mais ils représentent 140 millions de litres, contre près de 60 millions pour les vins français. En termes de prix, l’AOP est valorisée à 8,9 livres sterling le litre, soit environ 7,5 euros les 75 cl. Les Australiens ne sont pas les seuls à progresser, il faut également compter avec les Chiliens, et dans une moindre mesure la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud. En bas du top 7, l’Argentine avec ses 33 millions de litres expédiés au royaume de sa majesté, a affiché sur la même période une progression de 20 % sur un an.

“Mais il y a une carte à jouer à l’export pour le Languedoc, avec des cépages originaux, avec la carte bio et le développement durable. Il représente la nouvelle scène viticole française”, explique Estelle Nijhof, responsable des marchés export au CIVL.

L’autre couleur du Languedoc 

Plutôt rouge à sa naissance, depuis l’extension des Coteaux du Languedoc, l’AOP régionale est désormais majoritairement rosée. Ainsi le rosé représente 55 % des volumes en 2020, contre 25 % en 2008. Le développement des ventes aux États-Unis et au Canada trouve une partie de son origine dans l’engouement du rosé sur ces marchés. D’une exportation très européenne (Allemagne, Suisse, Belgique), les vins de l’appellation régionale se sont orientés vers le grand export. Les États-Unis assurent le tiers (31 %) des exportations, devant la Chine (17 %) et le Canada (11 %). Viennent ensuite la Belgique (10 %), le Royaume-Uni (7 %) et l’Allemagne (6 %). 

Engouement des consommateurs et marques fortes portent l’appellation sur ces marchés, où les vins de Provence ont ouvert la voie aux rosés pâles après les blush. Les jeunes générations notamment, qui n’ont pas connu ces vins rosés colorés et sucrés, plébiscitent ces rosés tendance. Outre-Atlantique, les rosés du Languedoc bénéficient de belles locomotives, comme le Cote des roses de Gérard Bertrand ou le rosé Hampton water créé il y a cinq ans, en partenariat avec le chanteur Bon Jovi et son fils. Avec un million de bouteilles vendues par an, il se situe dans le top 100 du Wine spectator. Son nom viendrait des Hampton, St-Tropez local, où l’on consommerait plus de rosés que d’eau.

Pourquoi avoir choisi ces deux marchés anglo-saxons comme cible des efforts à l’export ? Il résulte d’un choix de l’interprofession qui se repose sur des indices d’attractivité et de potentiel à la fois du marché du vin et de l’économie du pays. Dans les six premiers pays cibles, l’Allemagne reste un marché de prix, royaume des hard-discounters. Quant à la Chine, c’est un marché compliqué, qui peut rapidement représenter des volumes importants, mais également causer de forts revers. De plus, son économie a été lourdement freinée ces dernières années par le Covid. C’est aussi un marché particulier, où le e-commerce est le principal canal de distribution. Mais là, c’est une autre histoire… 

Magali Sagnes


ViticultureAOP Languedoc export Stéphanie Daumas