L’alternative aux marchés : “Faire tourner l’économie circulaire”

Publié le 21 avril 2020

Pour le premier drive paysan, initié par le réseau d’Inpact 34, dix producteurs ont accueilli et servi les clients, en toute sécurité. Maraîchère à Fabrègues, Cathy Fabre a pu écouler ses premières fraises.

Pour pallier les conséquences irrémédiables sur l’activité des producteurs locaux, Inpact 34 a lancé un concept de drive paysan, à raison de deux rendez-vous par semaine, à Montpellier. Fort du succès, le réseau de soutien aux agriculteurs compte bien pérenniser la démarche, au-delà de la crise sanitaire.

“Dès le début de la crise, on s'est inquiété pour les producteurs de notre réseau", réagit Vincent Nourigat, président de l'association Marchés paysans, et représentant d'Inpact 34 (Initiatives pour une agriculture citoyenne et territoriale).

Au rythme de deux opérations par semaine, et alors que les marchés alimentaires de plein air montpelliérains sont fermés – les halles restent ouvertes –, le drive paysan est porté par le réseau Inpact Occitanie, Marchés paysans, Nature et progrès Hérault et le Civam bio 34.

2 400 clients inscrits en 48 heures

Mardi 7 avril, pour la première distribution des commandes effectuées en ligne, le drive a presque été victime de son succès, sur le parking à l'arrière du stade de rugby du quartier Ovalie, à Montpellier. Limité par la préfecture à dix producteurs par distribution, ce "marché" de crise alternatif a enregistré une soixantaine de commandes, effectuées suite à une inscription en ligne(1). L'acheteur reçoit ensuite un mail de confirmation du panier, l'heure d'arrivée pour le retrait et le prix. "Sur le parking, une file d'attente est prévue, pour servir deux voitures en même temps", avec le respect des distances et des gestes barrières.

Les producteurs, comme les clients restant dans leur véhicule, portent des masques, et livrent directement les produits dans le coffre. Le chèque, ou le paiement en liquide dans une enveloppe, facilite la transaction, le tout "au prix producteur", précise le représentant d'Inpact 34, qui rappelle aux clients de ne pas se présenter sur le lieu sans avoir passé commande au préalable ! En 48 heures, le réseau a enregistré quelque 2 400 inscriptions...  Il n'y en aura pas donc pour tout
le monde. Appelés par ordre alphabétique, les automobilistes inscrivent les trois premières lettres de leur nom sur leur pare-brise pour faciliter la livraison, à raison d'un par quart d'heure. Lors du premier essai, de 10 h à 13 h, "les personnes étaient enchantées", fait savoir Vincent Nourigat. Les vendredis, l'opération se déroule derrière le palais des sports René-Bougnol, au 1000 avenue du Val de Montferrand.

Du pain, du vin, du fromage, des salades : les saveurs persistent

Grâce à ce type d'outil – développé à Ramonville (31), validé par la préfecture et la Draaf de Haute-Garonne – le réseau a pu rapidement se mobiliser à Montpellier, avant d'envisager une tenue sur la durée, bien après la phase de confinement.

Un coup de pouce non négligeable pour les producteurs pris au dépourvu face aux mesures d'urgence sanitaire. Les vins du Mas de Clanny (Saint-Félix-de-Lodez), les fromages de chèvre du Gaec Ressouche-Le Mazet, du pain au levain, de la spiruline, des salades de Mauguio (Les paniers de Saint-Martin), des huîtres de Christine Henry (Marseillan), des bières artisanales, du chocolat, ou encore des merguez et de la viande d'agneau... La palette est large, bien que les maraîchers et les producteurs de viande aient d'abord opté pour le système D, proposant leurs propres paniers. "Mais cela représente beaucoup de boulot pour eux", concède Vincent Nourigat,
qui a réuni les intéressés, suite à l'envoi d'un questionnaire au sein du réseau d'adhérents (au Civam bio notamment). Chaque drive paysan verra les producteurs se renouveler pour diversifier l'offre.

"On peut aller jusqu'à 80 commandes", estime-t-il. Pour assurer les rotations et la présence de quatre à cinq personnes en place, sur les parkings, Inpact 34 en appelle aux bénévoles. Soucieux de maintenir le lien entre producteurs et consommateurs, en vente directe, "un modèle viable qu'on défend depuis des années !", le réseau d'Inpact 34 prône le goût du local et "la relation de confiance", signe d'un "tissu économique, qui peut faire tourner l'économie circulaire". 

L'option circuit court – pour ne pas être à court, ni de produits, pour les consommateurs, ni de trésorerie (autant que possible) – pourrait s'avérer, pour les producteurs, une solution de repli moins éphémère que le contexte le laisserait présager. 

Philippe Douteau

(1) Pour s'inscrire et passer commande : https://solalim.civam-occitanie.fr


HéraultCircuits courts Inpact 34