L’agriculture sortira-t-elle gagnante de la Grande Boucle ?

Publié le 26 juillet 2022

Christian Prudhomme, président de la Grande Boucle, aux côtés des représentants du monde agricole, lundi 18 juillet, à Palaja (Aude). © M. Masson

L’agriculture et le Tour de France roulent, pour la première fois, ensemble. Présentation de ce partenariat inédit entre la FNSEA et la course cycliste, le 18 juillet dernier, au Domaine de Cassagnac, à Palaja, lors de l’étape de pause.

“Enfin, les agri sont sur le Tour!”, s’exclame Jérôme Despey, secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Et pour cause. Pour la première fois, le syndicat majoritaire possède une caravane sur le Tour de France. Son objectif ? Profiter de la visibilité qu’offre cette course suivie par des millions de personnes pour faire connaître la diversité des métiers de l’agriculture, mais aussi redynamiser son image auprès du grand public, et espérer assurer ainsi un avenir à l’agriculture française. 

“Les images diffusées à la télévision permettent de mettre en valeur les agricultrices et les agriculteurs qui font la France. Nous ne cachons pas notre intention de susciter des vocations. Les métiers de l’agriculture recrutent, c’est important de le dire à nos jeunes”, rappelle Jérôme Despey, au Domaine de Cassagnac, sur l’exploitation de Jérôme Goblot, à Palaja, dans l’Aude. Avec les travaux saisonniers, ce sont plus de
250 000 recrutements qui ont été lancés cette année. Si “la campagne va durer toute l’année, le Tour de France étant une superbe vitrine, c’était le moment de la lancer”, indique Jean-Pierre Alaux, président de la FDSEA de l’Aude.

Diffusé dans 190 pays et sur une centaine de chaînes, le Tour rassemble en moyenne 10 millions de personnes sur les bords de route et 3,8 millions de téléspectacteurs chaque jour. De plus, “le public a rajeuni, 10 % des 15-24 ans visionnent le Tour de France, de quoi faire naître des vocations”, ajoute Jérôme Despey. Car, même si 216 000 jeunes suivent un enseignement agricole, de nombreux métiers restent encore méconnus.

Des paysages façonnés par les agriculteurs

“Le cyclisme est un sport de la terre qui se nourrit des paysages de la France, bâtis par les agriculteurs d’hier et d’aujourd’hui. Le Tour est aussi le seul événement sportif qui défend la France rurale”, commente de son côté, Christian Prudhomme, le directeur de la fameuse Grande Boucle. Et pour en montrer sa diversité et sa richesse, les agriculteurs ont mis la main à la pâte avec les différentes fresques qu’ils ont réalisées tout au long du parcours.

Avec celles-ci, “la FNSEA fait passer un message, les agriculteurs également, mais surtout, nous montrons notre patrimoine. La mer, la montagne, la campagne, nos châteaux, nos vieilles églises... qui ont tous été façonnés par l’activité agricole”, poursuit le directeur de la Grande Boucle. Des images essentielles, selon lui, pour montrer le pays sous un autre angle, plus encore tel qu’il est réellement. “Quand on voit dans les champs des producteurs qui proclament ‘Agriculteurs, fiers de vous nourrir’, c’est un message très fort. J’espère que ce partenariat continuera encore longtemps et que vous serez entendus”, souhaite-t-il.

Un partenariat vieux de plus de dix ans

La relation solidaire qui unit le Tour de France et la FNSEA ne date pas toutefois d’hier. “C’était déjà le cas avec Louison Bobet, triple vainqueur du Tour de France entre 1953 et 1955, qui baignait dans le monde de l’agriculture et était fils de boulanger”, raconte Christian Prudhomme. “Chez l’agriculteur, comme chez le cycliste, tout peut s’effondrer : il s’agit d’une crise, d’une chute... Et malgré les difficultés traversées, ils sont toujours là. Il y a une véritable force chez l’un comme chez l’autre. Le cycliste comme l’agriculture ont la terre comme base”, poursuit-il, en faisant référence aux nombreuses crises traversées par les agriculteurs confrontés à la répétition des aléas climatiques, la crise sanitaire et désormais la guerre en Ukraine.

“C’est une raison de plus pour donner une visibilité au monde agricole, qui a dessiné nos paysages, et qui a toujours été main dans la main avec le Tour de France. Et d’autant que les agriculteurs, alors qu’ils sont souvent en pleine moisson, n’ont jamais ménagé leurs efforts pour décorer les champs qui bordent le tracé du Tour de France. C’est une fierté pour eux comme pour nous. Aussi, ce partenariat qui est le nôtre avec eux, et vieux de presque vingt ans, ne risque pas de s’arrêter là. Pour cela, j’espère que l’agriculture sera la grande gagnante du Tour de France”, conclut Christian Prudhomme.

“Si le compte y est, le partenariat avec la FNSEA devrait durer trois ans”, ajoute-t-il. Ne reste donc plus qu’à faire les comptes à la fin de l’événement “pour voir les retombées médiatiques sur les réseaux sociaux et dans nos sondages”, souligne, de son côté, Jean-Pierre Alaux. Entre les multiples opérations déjà menées pour inciter les jeunes à rejoindre l’agriculture et, à présent, ce partenariat avec le Tour de France, la FNSEA espère inverser la courbe démographique qui est la sienne pour assurer le renouvellement des générations. À l’heure où est prônée la souveraineté alimentaire, cette question est plus que cruciale.

Margaux Masson


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