Jean Guizard : “50 à 80 % de baisse du chiffre d’affaires”

Publié le 28 avril 2020

Même si l’activité peut continuer, la baisse de chiffre d’affaires enregistrée durant cette période de confinement fait craindre de grandes difficultés pour les cavistes installés récemment.

Propriétaire de trois points de vente au sein de l’agglomération montpelliéraine, Jean Guizard est le président national de la Fédération nationale des cavistes indépendants (FCI). La profession est fortement impactée par les mesures sanitaires et la baisse d’activité liées au Covid-19.

Tout d’abord, l’ouverture des cavistes est-elle autorisée en cette période de confinement ?

Jean Guizard : “Oui, mais il est vrai que cela n’a pas été très clair dans les premiers temps. Le samedi 14 mars, dernier jour d’ouverture des bars et restaurants, la publication dans le Journal officiel indiquait que nous faisions partie de la liste des commerces d’alimentation autorisés à ouvrir. Beaucoup d’entre nous ont donc ouvert le dimanche 15 mars, sauf que dans un certain nombre d’endroits, les policiers ont intimé l’ordre de fermer sous prétexte qu’un sous-paragraphe de l’arrêté indiquait que les débits de boissons devaient strictement rester fermés. Nous avons donc demandé à la Confédération générale de l’alimentation en détail (CGAD), en contact direct et quotidien avec le ministère de la Santé, de clarifier la situation. Chose qui a été faite dès le 16 mars, avec une nouvelle parution de liste au Journal officiel autorisant les cavistes à ouvrir. Toutefois, au regard de l’ampleur prise par la pandémie, la FCI a fortement recommandé de ne pas ouvrir les points de vente et suggéré, uniquement pour ceux qui peuvent le faire dans des conditions sanitaires rigoureuses, de mettre en œuvre des solutions de livraison ou de ‘click and collect’.”

Concrètement, comment ces consi-gnes ont-elles été suivies et appliquées sur le terrain ?

J.G. : “Les réactions ont été variées, mais certains ont tenu à maintenir leur commerce ouvert. Pour ceux qui ont des salariés, il a fallu prendre en compte les contraintes familiales ou les craintes des employés de venir s’exposer, et donc leur famille en rentrant chez eux, au virus. Mais les recommandations liées aux barrières sanitaires sont bien appliquées. Globalement, il y a un tiers de nos membres qui a décidé de fermer complètement, un autre tiers qui n’ouvre que quelques heures par jour et quelques jours par semaine et, enfin, un gros tiers qui maintient des horaires d’ouverture classiques en faisant la part belle à la livraison et la récupération de commandes sur place. Les clients n’entrent pas dans la boutique et récupèrent leurs bouteilles sur une table à l’entrée. Si le paiement n’est pas faisable d’avance, le sans-contact est fortement privilégié.”

Quelles sont les répercussions de ces mesures sur l’activité économique du secteur ?

J.G. : “Même en restant ouverts, nous sommes au-delà de 50 % de perte de chiffre d’affaires. La fourchette oscille entre 50 et 80 % de baisse de l’activité. Le mode de consommation a changé et il n’y a plus aucune vente de champagne ou de bouteilles haut-de-gamme, par exemple. La clientèle particulière s’est largement recentrée sur les bag-in-box pour une consommation quotidienne pouvant être étalée sur une longue durée. De même, nous ne livrons plus aucun restaurant qui, pour beaucoup d’entre nous, peuvent représenter une part importante du chiffre d’affaires.

Parallèlement à cela, on m’a remonté quelques exemples, très peu nombreux certes, de confrères qui travaillent mieux que d’habitude. La raison est très simple : ils disposent d’emplacements situés près de magasins très fréquentés en ce moment : spécialistes de surgelés ou grands magasins de produits frais. Mais cela reste une exception.”

Quelles sont les relations avec les vignerons ?

J.G. : “Ils continuent de nous livrer, mais c’est vrai que la rotation est beaucoup plus faible. Ils nous font part de leurs inquiétudes, et nous espérons fortement qu’ils vont être soutenus par l’État avec des aides à la hauteur. Lorsque c’est possible, nous leur demandons d’échelonner un peu plus les paiements, étant nous-mêmes également en difficulté de trésorerie. À adapter au cas par cas selon les possibilités des vignerons.”

Comment appréhendez-vous les semaines et mois qui viennent ?

JG : “Je m’inquiète beaucoup pour les confrères qui viennent d’installer leur cave depuis peu de temps. Cela risque d’être très compliqué pour eux. Même si les 1 500 € alloués par l’État vont aider, de même que le report des charges et le prêt garanti par l’État, qui permet d’emprunter avec quasiment aucun intérêt. Mais notre fédération prépare déjà demain. Nous avons mis en place une chaîne de podcast, ainsi qu’une chaîne Youtube pour mettre en avant des vignerons et des cavistes talentueux et motivés. Nous entamons tout un travail de reconquête de notre clientèle pour les faire revenir vers nos points de vente, même si le confinement perdure.” 

Propos recueillis par Olivier Bazalge


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