Investissements tous azimuts à la cave de Pomérols

Publié le 03 août 2021

Depuis 2019, la cave coopérative investit notamment dans des cuveries. © F. Guilhem

Depuis 2003, la cave coopérative de Pomérols, Les Costières - Vins de Beauvignac, a multiplié les investissements pour moderniser son site industriel, dans une logique qualitative et de maîtrise des coûts. Et cette dynamique d’investissements n’est pas près de s’achever.

Depuis sa création, en 1932, la cave coopérative Les Costières - Vins de Beauvignac a parcouru bien du chemin. Avec une production annuelle moyenne oscillant entre 120 000 et 130 000 hl, elle est devenue la structure de production la plus importante du bassin de Thau, notamment en IGP Côtes de Thau et AOP Picpoul de Pinet. La place majeure qu’elle occupe aujourd’hui résulte d’une stratégie mûrement réfléchie, qui ne date pas d’hier, l’engageant dans une dynamique toujours d’actualité.

Petit retour en arrière. Face à l’intérêt des exportateurs pour les vins en AOP Picpoul de Pinet, l’opportunité de saisir des parts de marché sur ce segment est alors trop belle pour la laisser passer. Seul hic : les volumes dans cette appellation sont insuffisants pour répondre aux besoins du marché. Pour y remédier, la cave de Pomérols propose à celle de Castelnau-de-Guers de fusionner. C’est chose faite en 2003. Avant même la fusion, le schéma directeur défini par la cave coopérative, à l’entrée du millénaire, avait préparé le terrain, en investissant, entre autres, dans un bâtiment de 2 500 m2 dédié au conditionnement (une ligne de mise en bouteille et un local de stockage pour les matières sèches et les produits finis).

L’étape suivante est la fusion avec la cave coopérative de Mèze, en 2007. "L’idée était d’avoir un caveau de vente, bien situé géographiquement et moderne, pour avoir un ancrage dans le bassin de Thau. Mais la logique première à ces fusions a d’abord été industrielle, en choisissant de concentrer nos investissements sur un même site pour gagner en efficacité, maîtriser les coûts et produire des vins de qualité optimale. L’étape suivante a été d’étendre notre production en AOP Picpoul de Pinet, de spécialiser notre production dans le bassin de Thau, et de développer la vente directe au travers du caveau de Mèze", résume Joël Julien, directeur de la cave de Pomérols depuis 2009. La dynamique étant lancée, elle s’est depuis poursuivie avec toute une nouvelle série d’investissements.

Investissements en cascade

La cave coopérative ayant fait le choix de développer son activité en conditionné plutôt qu’en vrac – 90 000 à 100 000 hl conditionnés –, elle décide de poursuivre ses investissements dans cette direction. En 2012, le bâtiment de conditionnement, d’un coût de 2,5 M€, est équipé d’une ligne BIB, et la ligne de mise en bouteille est modernisée, avec l’automatisation de toutes les tâches. La cave décide, au même moment, face à l’évolution du marché, de réorienter son outil, plutôt pensé jusqu’ici pour les rouges et les blancs, vers les rosés. Elle s’équipe en conséquence pour un montant de 12 M€.

Deux ans plus tard, le site de Pomérols accueille un nouveau bâtiment de stockage de 2 000 m2 (800 000 €). Puis, en 2016, la ligne de conditionnement est renouvelée, permettant de sortir 6 000 bouteilles par heure contre 3 000 précédemment, afin de pouvoir accompagner le développement commercial. Coût de l’opération : 1,6 M€. Mais, aujourd’hui, l’équipement ne suffit plus à gérer toute la mise en bouteille, obligeant la cave à recourir à une entreprise, qui assure le conditionnement restant en camion. La cave coopérative projette donc d’acquérir une nouvelle ligne de mise en bouteille, ainsi que le renouvellement de la ligne BIB, et de construire un autre bâtiment de stockage de 2 000 m2, car une partie de la production ne peut plus être stockée sur place, faute d’espace. 

Entre-temps, outre la révision du schéma directeur, la cave a investi, en 2019, pour 2 M€, dans 35 000 hl de cuveries et, en 2020, pour 5,8 M€, dans des quais de réception et d’égouttage, des pressoirs, des cuves à râteaux, des lignes à vendanges, d’autres cuveries, une centrifugeuse, un filtre tangentiel, un nouveau transformateur et un groupe de froid pour 1 million de frigories. Une stratégie payante, en dépit des perturbations liées à la crise sanitaire du Covid-19 et à la récolte exceptionnelle de cette année-là, soit 175 000 hl, l’ancien outil industriel n’aurait pas en effet permis de traiter tous les volumes. 

Continuer à créer de la dynamique

2021 sera l’année de la mise en place d’un atelier de débourbage. 8 cuves sont déjà arrivées sur le site pour une capacité de 12 000 hl. "Au total, nous aurons 16 cuves pour collecter tous les jus, ceci, dans un souci d’ergonomie. Ensuite, outre la réalisation d’un nouveau bâtiment de stockage et d’une nouvelle ligne de conditionnement, il faudra également construire un nouveau caveau à Pomérols, plus moderne, plus confortable, avec une capacité supérieure pour l’accueil des groupes, et permettant de développer des activités œnotouristiques", détaille le directeur de la cave. 

Mais cette marche en avant, qui semble ne jamais prendre fin, pourrait-elle être, à terme, préjudiciable pour l’équilibre financier de la cave coopérative ? La réponse du directeur est immédiate : "La bonne taille critique de l’entreprise est celle qui permet à ses adhérents d’être le mieux rémunéré. Chez nous, le niveau de rémunération n’a jamais baissé depuis des années. Nous sommes, d’ailleurs, une des caves qui paie le mieux. Puis, de toute façon, qu’on le veuille ou pas, il faut s’adapter aux nouvelles exigences." Le chiffre d’affaires, de son côté, ne connaît pas non plus la crise, ayant augmenté de 6 % en 2020, et enregistrant une hausse, pour l’heure, de 11 %. Reste cependant à adapter le site à toute cette croissance. L’homologation actuelle, accordée en 2007, pour exploiter 100 000 hl ne correspondant plus à la réalité des volumes de production, la cave a déposé une demande d’autorisation à la Dreal pour passer à 180 000 hl.  

Dans ses orientations stratégiques, la cave a aussi la volonté de pousser encore plus l’export et la vente directe au caveau, mais aussi de continuer à développer les cépages blancs (chardonnay et viognier), ainsi que des rosés pâles avec des cépages du terroir (terret gris, piquepoul gris, grenache gris). En matière de labels environnementaux, après s’être lancée dans la démarche Terra Vitis en 2019 (50 % de la production labellisée aujourd’hui), elle cherche à présent à développer le bio, avec pour objectif d’atteindre 5 à 10 % de la production d’ici 5 ans. Enfin, l’attractivité du Picpoul ne se démentant pas à l’export, la cave réfléchit avec l’ODG à une extension de l’aire. Un sujet qui fait encore débat, mais qui pourrait peut-être avancer, avec les pertes d’hectares à venir lors de la construction de la LGV...   

Florence Guilhem


De g. à d. : Joël Julien, directeur de la cave coopérative depuis 2009, et Jean-Louis Atienza, président depuis 2016. © F. Guilhem

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