Intempéries Gard : effondrements en Cévennes gardoises

Publié le 29 septembre 2020

Vignes et pommiers ont été touchés par les crues record, mais ce sont les terrasses d’oignons doux des Cévennes qui ont le plus souffert. À certains endroits, les écoulements ont détruit les murs et des terrasses entières (© Origine Cévennes).

La violence et la soudaineté des crues le 19 septembre ont pris de cours les habitants et dévasté une partie des récoltes et des terres agricoles du Gard cévenol. Le niveau des précipitations a été tel que les dégâts, encore en cours de recensement, s'annoncent considérables. Les OPA enclenchent une cellule de crise, avant d'évaluer les pertes et les besoins. Ce vendredi, une commission d'enquête est dépêchée pour déclencher les mesures de calamités agricoles.

Du jamais vu. 300 mm en 3 heures, plus de 700 mm en 12 h, samedi 19 septembre. Moins de deux jours après ce dramatique épisode, outre les nombreux dégâts de voirie, les ponts ensevelis, comme ceux de l'Estréchure ou de Saint-André-de-Valborgne, les commerces et habitations dévastés ou coupés du monde, la Chambre d'agriculture, les représentants syndicaux, les producteurs du secteur, les élus et le préfet, se sont rendus dans les zones sinistrées. Parmi les cultures les plus touchées, des terrasses d'oignons doux des communes concernées ont été anéanties, des murs de soutien aux sols effondrés. D'autres pertes sur pommiers, en élevage, et sur quelques vignes, sont déjà observées. Autant psychologiques que matériels, les dommages restaient encore, en milieu de semaine, à évaluer et recenser. Après leur passage dimanche, à Anduze et Saint-Jean-du-Gard, les ministres de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et de la Transition écologique, Barbara Pompili, ont assuré les sinistrés que l'état de catastrophe naturelle allait être demandé. 

Cellule de crise activée 

De Valleraugue à Anduze, les stigmates des pluies diluviennes et des crues de l'Hérault et du Gardon étaient à peine estompés. "C'est apocalyptique", relatait Magali Saumade, au lendemain de la visite. "On n'a jamais vu autant de dégâts. Il va falloir retrouver du foncier pour maintenir les productions touchées", déclarait la présidente de la Chambre d'agriculture, accompagnée de Richard Fesquet, président de l'AOP Oignon doux des Cévennes. L'enjeu, non des moindres, sera de remettre sur pied les bâtiments, les murs, mais aussi et surtout les cultures à relocaliser. "Il faudra aux ASA reconstruire à l'identique les moyens existants, et trouver les financements."  

S'il était encore trop tôt pour évaluer les pertes réelles, il faudra mettre en route les calamités agricoles. "La Chambre est sur le pont", assure la présidente, alors qu'une réunion avec le préfet, les services de l'État et des représentants de la Région Occitanie se tenait jeudi 24 septembre. Des dispositifs ont déjà été activés, dès le lundi, pour faciliter le recensement des pertes et des exploitations endommagées. "La cellule de crise, agricrise@gmail.com, a été activée, et des équipes de la Chambre, de la FDSEA, des JA et de la Coopération agricole sont sur le terrain", fait savoir la directrice de la Chambre d'agriculture, Lydia Vautier. Une commission d'enquête avec la DDTM était prévue ce vendredi, pour évaluer les dégâts, avant de pouvoir déployer les mesures de calamités agricoles, entre pertes de fonds et de récoltes, à l'instar des pommes. Seulement, dans des zones aussi abruptes et encaissées, difficile de reconstituer certaines parcelles et terrasses d'oignons doux totalement détruites. "Il faudra donc revaloriser les surfaces", estime la directrice. 

Oignon doux : une filière impactée 

Les pomiculteurs s'attendent à des pertes de récolte, mais ce sont les producteurs d'oignons doux des Cévennes qui déplorent déjà des dommages irréversibles. Sur certains secteurs, "on a perdu la terre", déplore Thomas Vidal. "Le dispositif des calamités agricoles sera activé, mais comment remonter les murs sans terre ? On a perdu du foncier, c'est inédit", ajoute le directeur de la coopérative Origine Cévennes. "Entre les bâtiments et le matériel, tout est parti. C'est hallucinant !" Les terrasses les plus sinistrées ont été enregistrées sur la vallée de Taleyrac et "un peu sur Valleraugue", note Jérôme Daumet, producteur à Notre-Dame-de-la-Rouvière et vice-président de l'Adoc (Association de défense de l'oignon doux des Cévennes). "À Mandagout, des murs sont aussi tombés, mais cela reste moins catastrophique, ainsi qu'à Sumène où l'on constate des ravinements." L'Adoc a envoyé un courrier à tous ses adhérents pour qu'ils recensent leurs dégâts, dont les premiers seront remis ce vendredi à la commission d'enquête dépêchée sur place. En attendant que tout sèche, Jérôme Daumet prévoit un impact certain sur toute la filière qui va se trouver "fragilisée si l'on a moins de tonnages". Une stratégie devra se mettre en place, une fois le bilan définitif dressé.

Vignes couchées et bêtes noyées

Sur place, David Sève a aussi constaté l'ampleur des conséquences des intempéries. "Plus on montait, plus on voyait l'étendue des dégâts", raconte le président de la FDSEA du Gard. Si les dommages s'avèrent plus localisés qu'à la suite des inondations de 2002, des vergers et des vignes ont souffert. Du côté d'Anduze, on estime "entre 30 à 40 ha de vignes limonées ou couchées", alors qu'un éleveur, Gaël Martin, a perdu une quarantaine d'agneaux dans les eaux, mais aussi son hangar et sa bergerie. Pour certains observateurs, le mauvais entretien des rivières est une raison de l'aggravation de ces crues incontrôlables. "À cause des embaques, l'eau déborde sur les côtés avant que tout lâche. Or, tout ce qui favorise les écoulements limite les dégâts", rappelle David Sève. 

Outre les élans de solidarité entre agriculteurs, au sein de la coopérative Origine Cévennes, et ceux engagés entre habitants pour donner les premiers coups de main, un dispositif est mis en place pour recueillir les besoins. Et l'association gardoise en aide aux sinistrés va être relancée pour récolter des dons. 

Philippe Douteau

 

Contacts : 

JA 30 : 04 66 04 50 20 - promoja30@gmail.com

- Fdsea 30 : 04 66 04 50 30 - fdsea30@reseaufnsea.fr

Service de remplacement Gard : 04 66 04 51 04- gard@servicederemplacement.fr


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