Huîtres et moules de Méditerranée

Publié le 22 décembre 2020

La production d’huîtres dans le bassin méditerranéen a une technique d’élevage spécifique, soit en suspension. © CRCM

Le 17 décembre, à Mèze, les conchyliculteurs de Méditerranée ont lancé officiellement une démarche collective sous les vocables ‘Huîtres de Méditerranée’ et ‘Moules de Méditerranée’, pour promouvoir leur savoir-faire, notamment autour de la production de coquillages sur cordes, en lagune.

Si les huîtres d’Arcachon, de Bretagne, de Normandie ou encore de Charentes sont reconnues bien au-delà de leur territoire, les huîtres de Méditerranée jouent dans la catégorie "confidentiel". La Méditerranée est en effet très peu connue pour sa production conchylicole. Ce n’est pas la faute à Voltaire, mais c’est, d’une part, en raison de la faiblesse de ses volumes de production, et, d’autre part, du fait que la majeure partie de la commercialisation de ses coquillages se fait en vente directe et sur des marchés locaux. Pour briser ce cercle "confidentiel", le Comité régional de conchyliculture de Méditerranée (CRCM) a décidé de se lancer dans une démarche collective, qu’il a lancée officiellement, à Mèze, le 17 décembre dernier : ‘Huîtres de Méditerranée’ et ‘Moules de Méditerranée’. Son objet ? Faire valoir l’identité de la production conchylicole et mythicole.

Si la date retenue pour le lancement peut paraître tardive, soit une semaine avant Noël, elle permet cependant "de profiter de la dynamique d’achat des fêtes. Certes, avec le contexte actuel lié à la pandémie, on ne sait pas encore vraiment comment les consommateurs vont réagir. C’est un peu la grande inconnue pour nous. Une fois cela dit, si l’on se réfère à une période "normale" en cette saison, nous savons tous, par expérience, que les gens s’y prennent au dernier moment pour acheter des huîtres durant les fêtes de fin d’année. On saura donc réellement à quoi s’attendre le 20 décembre, pas avant", fait remarquer Patrice Lafont, président du Comité régional de conchyliculture de Méditerranée. Aussi lancer officiellement cette "identité régionale" à cette date n’a rien d’incongru.

Des spécificités uniques

Si cette démarche de la profession ne révèle pas une recherche de "paternité", elle a pour volonté de mettre en exergue les spécificités uniques des productions conchylicole et mythicole en Méditerranée. "Ce bassin de production est le seul qui n'a aucun point commun avec les autres du fait de son écosystème particulier sur lequel sont élevés nos coquillages, soit la lagune, qui n’a pas de marée, mais aussi de sa technique de production (cordes et tables), d’un cycle de développement des huîtres et des moules unique au monde en raison de toute la biodiversité qui les entoure, et une consistance charnue des coquillages, avec des saveurs très différenciées, des couleurs et des formes spécifiques. C'est tout cela que nous avons décidé de faire connaître, puisque nous n’avons jamais valorisé ces particularités, qui sont nombreuses", détaille Patrice Lafont.

Il aura cependant fallu deux ans à cette démarche pour être portée sur les fonts baptismaux. Lancée lors de l'assemblée générale du CRCM, en juin 2018, celle-ci a fait l'objet de cinq appels d'offres : stratégie de marque, site internet, film, photos et outils de communication. Coût total : 60 000 € TTC, dont 40 000 € de la poche du CRCM. L'an dernier, la Région a également apporté son soutien, par le biais d'une enveloppe de 150 000 € destinée à la fabrication d'outils de communication. Réceptionnés à Noël, ces outils n’ont pu être distribués en raison de la malaïgue de janvier 2020, puis du Covid-19. Ces "aléas" ont également retardé le lancement officiel de cette démarche sur l’identité des coquillages produits en Méditerranée. C’est désormais du passé. 

"Outre la recherche de notoriété, notre autre objectif est également de rassembler la profession de tous les sites de production autour d’une démarche commune, qui n’étouffera pas les démarches locales que sont l’huître de Bouzigues, de Thau, de Leucate, de Camargue, etc.", assure Patrice Lafont. C’est la raison pour laquelle le rapprochement avec la marque ‘Sud de France’ n’était pas pertinent, puisque des huîtres et des moules sont aussi produites en région Paca. 

IGP et identité régionale : même combat ?

Mais faire cohabiter ‘Huîtres de Méditerranée’ et ‘Moules de Méditerranée’ avec des démarches IGP n’était pas, en revanche, incompatible. "Grâce à cette démarche, on va pouvoir aller au bout, par exemple, de l’IGP ‘Huîtres de Thau’ lancée il y a trois à quatre ans, ainsi qu’au bout des autres certifications, car la démarche collective pourra tirer les autres vers le haut", insiste le président du CRCM. Comprenez qu’une démarche n’en remplace pas une autre, et que les deux peuvent marcher de concert.

Mais pour que la mayonnaise prenne, il faudra que tous les bassins de production de Méditerranée participent à sa mise en œuvre. L’avantage de la démarche collective est, qu’à la différence de l’IGP, il n’y a pas de cahier des charges contraignant, le seul impératif étant la localisation de la production et sa méthode d’élevage sur cordes. Point barre. Autre critère "facilitateur" : les producteurs ne débourseront pas un kopeck pour l’intégrer alors qu’une IGP oblige à ouvrir son portefeuille et ne rapporte pas tout de suite.

L’étape suivante sera de construire un programme de promotion dans le cadre du contrat de filière (lire notre édition du 11 décembre 2020), qui en est l’un des trois piliers. Question subsidiaire : le consommateur s’y retrouvera-t-il dans la superposition de ces démarches ? Les attentes sociétales en matière de qualité des produits et de leur traçabilité laissent à penser que oui... 

Florence Guilhem


L’huître de Méditerranée se caractérise notamment par une consistance plus charnue, une couleur et une forme spécifiques. © CRCM

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