Horticulture : "La situation est invivable pour notre filière”

Publié le 24 novembre 2020

En Occitanie, la filière horticole se compose de 303 entreprises et 1 361 ETP. Son chiffre d’affaires est de 92 M€. © F. Guilhem

Avec le reconfinement, le scénario catastrophe que redoutait la filière horticole et les pépinières est en train de se rejouer en Occitanie, comme dans toute la France. Si les conséquences ne seront pas les mêmes que lors du précédent confinement, les entreprises horticoles et les pépinières sont en souffrance.

“On fait souvent un bilan alarmiste en parlant du nombre de producteurs disparus depuis dix ans ou du déficit de la balance commerciale horticole. Même s’il s’agit d’une réalité, on ne doit pas s’arrêter à ces poncifs. La production des végétaux, c’est plus de 3 300 entreprises, 16 000 ha de production, pour un chiffre d’affaires de 1,64 milliard d’euros et plus de 10 000 emplois permanents. C’est un secteur fortement employeur de main-d’œuvre (...). Surtout, la production horticole est une branche d’activité avec un formidable potentiel d’avenir", rappelait François Félix, l’ex-président de la Fédération nationale des producteurs de l’horticulture et des pépinières (FNPHP), dans un édito consacré aux chiffres clés 2019-2020 de sa filière. Mais si, depuis, deux confinements sont passés par là, rendant la situation actuelle "invivable", selon Marie Levaux, la nouvelle présidente de la FNPHP depuis juin dernier (et présidente de la Fédération régionale d’Occitanie), la filière est en capacité d’en ressortir grandie à condition qu’on l’accompagne pour mettre toutes les chances de son côté et d’être en phase avec les attentes de la société. Reste que la filière a été durement touchée.

– 14 % au printemps

Selon une étude réalisée par PwC pour Val’Hor et FranceAgriMer, en forme d’état des lieux, le chiffre d’affaires de la filière dans son ensemble (de la production à la distribution en passant par les paysagistes) a dégringolé de 35 % en mars (par rapport à mars 2019), puis de 28 % en avril. L’activité ne s’est stabilisée qu’en mai (– 2 %), pour redécoller en juin (+ 17 %), soit un bilan de – 14 % sur l’ensemble de cette séquence. Des chiffres applicables à la région Occitanie (303 entreprises, 1 361 ETP et 92 M€ de chiffre d’affaires), selon la présidente de la FNPHP. "Si les grosses pertes enregistrées durant le confinement ont été compensées par des effets de rattrapage en juin, elles ne reflètent pas la réalité vécue dans les territoires et les activités. Ainsi, ceux qui faisaient des plants maraîchers, après en avoir jeté les 15 premiers jours, ont ensuite cartonné et écoulé toutes leurs marchandises", explique-t-elle. Ils étaient, au demeurant, les seuls à être autorisés à vendre.

Pour ceux qui font de l’ornement, la situation n’a pas été la même suivant la taille de l’entreprise et les volumes produits. Les entreprises de petite taille, qui font de la vente directe, s’en sont mieux sorties que celles qui font beaucoup de volumes, grâce à leur capacité à mettre en place rapidement un système de livraison à domicile ou à intégrer des drive fermiers. En revanche, pour les grosses entreprises, qui vendent en gros, leurs débouchés ont disparu. Or, ces débouchés représentent plus de 85 % au moment du printemps. Les pépiniéristes ont eu, de leurs côtés, moins de pertes sèches, car leurs productions sont moins périssables. Mais l’arrêt des chantiers de paysage a été cependant un frein pour écouler leurs productions.

A la sortie du confinement, la consommation de végétaux a connu un fort rebond et beaucoup de municipalités se sont engagées dans de nombreux projets de végétalisation. "Les magasins ont été assaillis de demandes en sortie de confinement. Avec la belle saison et les restrictions sanitaires demeurant, dont la fermeture des restaurants et cafés, les gens se sont concentrés sur leurs jardins", observe Marie Levaux. Et, "comme dans d’autres secteurs de la consommation, on a observé une volonté des acheteurs de privilégier les produits français, voire locaux", relaie le président de Val’Hor, Mikaël Mercier. 

Mais les producteurs n’ont pu répondre qu’à la mesure de leur production. Et pour cause. "Au début du confinement, les producteurs ont jeté une partie de leur première série et ont sauvé l’autre partie. Conséquence : les plantes conservées n’ont pas laissé de place pour les productions qui devaient suivre, ce qui fait que lorsque les commerces ont rouvert, elles étaient déjà "has been" et bonnes pour la poubelle. Quant aux plantes qu’il fallait, il en a manqué très vite en raison d’une production insuffisante et de leur écoulement rapide", commente la présidente de la FNPHP. Dans tous les cas, ce rebond de la consommation a redonné espoir à la filière. "Le végétal a repris de l’importance dans un environnement rétréci par les restrictions, qui ont perduré à la sortie du confinement. Ce qui nous laisse à penser qu’on a de l’avenir, même si les pertes occasionnées par la pandémie ne seront pas rattrapables", croit-elle.

Agir dès maintenant

Avec le retour du confinement à compter du 30 octobre à minuit (avec  dérogation jusqu’au 2 novembre inclus pour la filière, ce qui a sauvé la vente des chrysanthèmes), c’est de nouveau la douche écossaise. Avec la fermeture des fleuristes et les restrictions en GMS (grandes et moyennes sur-
faces), les horticulteurs se retrouvent de nouveau en difficulté. "Les magasins d’alimentation (humaine et animale) ont le droit d’être ouverts, ainsi que ceux qui vendent de l’engrais et des semences. Mais on ne parle plus du végétal. Les fleuristes, eux, n’ont le droit de vendre que par livraison ou par Internet (‘click and collect’). Enfin, sur les marchés de plein vent, la vente est autorisée, mais uniquement pour les plants potagers et fruitiers, alors que les jardineries n’ont pas le droit de le faire selon le décret", s’inquiète Marie Levaux. Et de prédire que beaucoup de producteurs jetteront l’éponge sur les marchés.

Si la période est moins cruciale par rapport au chiffre d’affaires réalisé à cette période, elle reste très critique pour la commercialisation des fleurs coupées. Il en sera tout autant pour la vente des plantes en pot avec la période des fêtes qui approche. En revanche, pour les sapins de Noël, "on a réussi à avoir gain de cause pour leur commercialisation. On se bat donc aujourd’hui pour que les fleurs de Noël entrent dans la même logique. Il nous faut à tout prix sauver Noël, comme on a sauvé la Toussaint", indique la présidente de la FNPHP.

Au-delà des problématiques immédiates, la filière veut se battre pour que ses produits soient reconnus comme des produits agricoles, frais, périssables, vivants et non transformables. Autrement dit, pour que ses produits soient considérés comme des produits de première nécessité. "Cela nous permettra ainsi de pouvoir continuer à les vendre. C’est important car, même si les chiffres d’affaires ne sont pas les mêmes d’une saison à l’autre pour nos exploitations, toutes les saisons portent leurs végétaux. Par ailleurs, cela nous permettra aussi de faire circuler nos marchandises et d’avoir une sécurisation pour la production du printemps prochain. Si on y arrive, on aura gagné la bataille, en réunissant la production et la distribution. C’est du gagnant-gagnant-gagnant. On fait, en effet, on fait gagner la filière de production, mais aussi le gouvernement, car on ne demandera pas d’aides, et le consommateur, car il aura ainsi accès à un produit qui apporte de la sérénité dans sa vie", conclut Marie Levaux. 

Enfin, pour répondre à la demande, la filière, aujourd’hui fragilisée par la crise et déficitaire en production, s’organise. Quatre axes stratégiques ont été retenus : la modernisation des entreprises avec des aides à l’investissement ; l’organisation des marchés, en particulier la logistique ; l’environnement, avec la question des emballages en plastique ; et le développement de la digitalisation. "Ce sont les quatre thématiques portées par l’interprofession dans le plan de relance, que nous avons présentées lors de notre audition au Sénat, le 10 novembre dernier. Il faut trouver des solutions, sinon notre filière ne résistera pas", s’inquiète Marie Levaux. 

Florence Guilhem


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