HÉRAULT : les Compagnons de Maguelone : au nom de la terre et des hommes

Publié le 31 août 2021

Le domaine viticole se compose de 18 hectares de vignes cultivés en bio depuis 2014. Il produit des vins rouges, rosés et blancs. (© F. Guilhem)

Créée en 1969, l’association Les Compagnons de Maguelone s’est engagée dans trois missions : préserver le patrimoine, prendre soin des terres et des personnes en situation de handicap.

Au Domaine de Maguelone,   site classé et protégé au titre  de Natura 2000, dans la presqu’île de Maguelone, le développement durable  – expression apparue pour la première fois en 1987 – est au cœur de toutes les activités portées par l’association ‘Les Compagnons de Maguelone’, à qui l’évêché de Montpellier a confié ce lieu par bail emphytéotique en 1969. Dépassant la définition initiale ("Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs", ONU), et donc la seule prise en compte de la crise écologique et sociale, le développement durable dans ce site  concerne à la fois le patrimoine, la terre et les hommes. 

"Les trois missions qui sont les nôtres – patrimoniale, médico-sociale et culturelle – s’enrichissent et se justifient les unes par rapport aux autres. C’est bien parce qu’il y a un domaine que les personnes peuvent trouver du travail. Et c’est parce qu’il y a des personnes en situation de handicap qui prennent soin du lieu que celui-ci existe et que des activités culturelles et d’accueil du public peuvent s’y réaliser. La dimension du développement durable est comprise dans toutes ces activités. Elle fait bel et bien partie de notre ADN", explique Bernard Azéma, président de l’association depuis six ans. À la vigne, dans les étangs, dans les parcelles maraîchères, les espaces verts et paysagers, la restauration, les événements culturels ou la transformation des produits,  les 120 personnes en situation de handicap accompagnées dans les cinq structures médico-sociales dédiées à l’accueil ont ainsi accès à des métiers qu’on ne leur proposerait pas ailleurs. "Grâce à toutes ces activités pour lesquelles on peut les former, ils voient défiler, par an, plus de 220 000 visiteurs dans notre site. Ainsi, ils peuvent être intégrés à la vie sociale, plus encore se sentir au cœur de la cité", se réjouit Bernard Azéma.


De la vigne…

Sur les 30 hectares du domaine de la presqu’île, la vigne s’y taille la part belle, avec 18 ha en production entre mer et lagunes. De la vigne à la vinification, mais aussi à la mise en bouteille et à la commercialisation des vins, ce sont une dizaine de personnes en situation de handicap accueillies à l’Esat (Établissement et service d’aide par le travail) qui interviennent sous la direction d’un chef de culture et maître de chai, Bruno Brante, auxquelles s’ajoutent dix personnes de plus lors des vendanges, recrutées dans les autres ateliers proposés par l’association dans toutes ses structures médico-sociales. 

Le vignoble, quant à lui, a été relancé dans l’idée de représenter les cépages du Languedoc. 14 cépages ont été plantés au total (petit verdot, syrah, cinsault, clairette, petit muscat, mourvèdre...). Pour préserver le patrimoine historique, lagunaire et terrestre, ainsi que les personnes qui y travaillent et les visiteurs, la conduite du vignoble se fait en agriculture biologique. 

Certifiée AB depuis 2014, la production oscille bon an mal an entre 450 et 700 hl, dont un tiers est embouteillé et le reste vendu en vrac à des négociants. "L’objectif est de passer à 100 % de bouteilles pour ne se concentrer que sur la vente directe dans notre magasin de la presqu’île et au Domaine du Grand Puy, que nous avons ouvert en octobre 2019, ainsi que chez quelques cavistes triés sur le volet et sur notre boutique en ligne", précise Maguelonne Arghyris, chargée de communication aux Compagnons de Maguelone. 

Le passage en biodynamie est aussi en cours de réflexion. D’ores et déjà, les traitements sont pratiqués suivant le calendrier lunaire. Le soufre est utilisé a minima, en dessous des seuils imposés en AB, et le labour est pratiqué sur une rangée sur deux ou trois, pour préserver la biodiversité. L’agroforesterie et l’utilisation de cépages résistants sont aussi au programme pour faire face au changement climatique. Si le vignoble a été épargné cette année par l’épisode de gel d’avril, et en partie par le coup de chaud de juin 2019, grâce à sa situation géographique, il n’échappe pas pour autant à la sécheresse. Alors, s’adapter pour que les cultures restent pérennes et que la terre soit préservée au maximum s’impose. C’est une même démarche qui a été entreprise pour l’activité maraîchage.


…au maraîchage

En 2016, l’association ayant la volonté de relancer un jardin potager se rapproche de l’association ‘Terre et humanisme’, pour développer du maraîchage en bio, voire en permaculture. Elle crée alors une entreprise adaptée, ‘Les Ateliers de Maguelone’, située à Maurin. L’entreprise, dédiée au maraîchage bio, à l’entretien des espaces verts et à la création paysagère, qui emploie 14 salariés, dont 11 en situation de handicap, cultive aujourd’hui 6 ha de fruits et légumes en plein champ et sous serres. Elle s’est lancée, depuis mai dernier, dans la vente de paniers bio à retirer dans des points relais à Maguelone, Villeneuve et Montpellier, ainsi qu’au point de vente de Maurin, ouvert depuis juillet. 

Le projet de permaculture, quant à lui, débutera, d’ici deux à trois ans, au Mas Nouguier, sur une parcelle de 1,3 ha mise à disposition par la municipalité de Montpellier. "Nous voulons y faire de la permaculture en milieu sec méditerranéen. L’objectif, dans mon esprit, n’est pas de faire de la rentabilité, mais bien un lien de démonstration pour les habitants et les scolaires, ainsi qu’un lieu suivi par SupAgro et l’Inrae, afin que les expériences menées soient capitalisées dans le futur. Il faut que cela serve à la collectivité", détaille le président de l’association. 

À la production et à la commercialisation des produits du maraîchage bio, s’ajouteront, cette année, leur transformation, ainsi que celle des produits de la pêche, avec le projet de conserverie de l’association, qui devrait voir le jour d’ici la fin de l’année. La conserverie proposera également une prestation de services pour d’autres producteurs de la région. Le bât blesse cependant du côté des produits de la pêche, puisque les activités d’aquaculture et de pêche ont été réduites à la suite du déclassement de l’étang de Prévost. "On a intenté un procès contre l’État, car rien n’a été fait contre cette pollution. Compte tenu que le référé que l’on a déposé n’a pas été suivi d’une réponse, on en a déposé un autre au tribunal administratif. On attend un retour. Notre démarche s’inscrit uniquement dans le développement durable et le respect de l’environnement", insiste Bernard Azéma. Là est l’avenir. Et l’avenir, pour Les Compagnons de Maguelone, c’est la pérennité du site et la valorisation des personnes en situation de handicap. Ensemble.  

Florence Guilhem

 


6 ha sont dédiés au maraîchage bio sur le site de Maurin. L’étape suivante sera du maraîchage en permaculture au Mas Nouguier, d’ici deux à trois ans. (© Les Compagnons de Maguelone))

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