Hérault : L’eau, une question cruciale pour l’agriculture

Publié le 22 mars 2022

Denis Carretier, président de la CRA d’Occitanie ; Thierry Durand, directeur général adjoint de la DDTM 34 ; Jérôme Despey, président de la CA 34 ; Cécile Arrighy, sa directrice ; Yvon Pellet, vice-président du Département de l’Hérault. © F. Guilhem

La session de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, le 7 mars dernier, à Montpellier, a consacré de longs échanges sur le thème du Varenne agricole de l’eau et du changement climatique, après une introduction sur les conséquences de la guerre en Ukraine.

Du bleu au rouge : telle est aujourd’hui la couleur de la carte de l’écart pluviométrique par rapport à la moyenne 2011-2020 dans l’Hérault. Une situation qui ne s’était pas reproduite depuis 2003, et dont se seraient bien passés les agriculteurs, déjà durement frappés par le gel en avril dernier. Et tous de craindre désormais que la sécheresse hivernale ne ruine leurs productions. "Le dernier comité sécheresse, réuni le 4 février, a relevé que la recharge hivernale de la réserve utile en eau, enclenchée en septembre, s’est interrompue fin novembre. Cela concerne l’Hérault, mais aussi l’Aude, le Gard et jusqu’à la Provence", rappelle le président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, Jérôme Despey. 

Selon le dernier bilan d’Info climat, la pluviométrie est déficitaire de plus de 50 % par rapport à la moyenne départementale de 2011-2020. "On est sur un déficit hydrique qui se cumule d’une année à l’autre depuis 2003. On est donc confronté à un handicap naturel de taille. Il s’agit désormais d’une question de survie de nos productions. L’eau n’est plus, faut-il encore le rappeler, une variable d’ajustement pour des questions de rendement, mais bien pour la survie de la plante et la qualité de nos produits agricoles. Il faut, en conséquence, un sursaut de nos politiques pour prendre les décisions qui s’imposent si l’on veut asseoir notre souveraineté alimentaire, comme le prône le gouvernement", insiste Pierre Colin, élu de la Chambre d’agriculture. 

Aussi, dans ce contexte à haut risque, "le recours à une irrigation précoce, dès ce mois-ci, pour la viticulture notamment, sera à considérer sur l’ensemble du département", ajoute Jérôme Despey, inscrivant son propos dans celui tenu par le Premier ministre lors de la clôture du Varenne agricole de l’eau, le 1er février dernier. Celui-ci disait alors être favorable à l’utilisation des ressources en eau en hiver afin de satisfaire les besoins des milieux, notamment pour recharger les nappes phréatiques. Avant de rappeler que "si l’eau doit être protégée, elle n’en reste pas moins nécessaire pour beaucoup d’utilisations, et parmi ces utilisations, il y a l’usage agricole", car "il ne sera jamais possible de faire de l’agriculture sans eau". Et de prôner une accélération des procédures administratives, une réactivation des ouvrages de retenue et stockage d’eau, et une gestion territorialisée de la ressource. Autant d’enjeux et de pistes pointés par le Varenne de l’eau et du changement climatique, dont les travaux ont abouti à une feuille de route déclinée en trois volets.

Protection, résilience, besoins et accès à l’eau

Face à la récurrence des aléas – "pas une année sans aléa dans l’Hérault depuis au moins 2015", rappelle Jérôme Despey – les organisations professionnelles agricoles réclamaient des outils d’anticipation et de protection de l’agriculture dans le cadre de la politique globale de gestion des aléas climatiques. C’est chose faite désormais à la suite du vote de la loi sur l’assurance récolte, le 24 février dernier. Entre 0 et 20 % de pertes, celles-ci seront à la charge de l’agriculteur. Le taux de déclenchement de l’assurance se fera entre 20 et 50 % de pertes, et celui du coup dur à partir de 50 % pour la viticulture et les grandes cultures, et à partir de 30 % pour les arboriculteurs et les prairies. 

Enfin, au-delà de 50 % de pertes, c’est la solidarité nationale qui prendra le relais, avec un fonds annuel doté de 600 millions d’euros. "Si l’agriculteur est assuré, il bénéficiera de 100 % de la solidarité nationale. Dans le cas contraire, ce ne sera que 50 %", ajoute-t-il. Le système sera opérationnel à compter du 1er janvier 2023. "La difficulté qui demeure est la moyenne olympique. En effet, dans un département comme le nôtre, avec la récurrence des aléas, cette moyenne ne fait plus sens. Il faut donc la revoir", insiste-t-il.

Pour ce qui est du second volet, à savoir le renforcement de la résilience de l’agriculture, différentes expérimentations sont conduites en Occitanie sur les sols, les variétés, les pratiques culturales et d’élevage, les infrastructures agroécologiques, ainsi que sur l’efficience de l’eau d’irrigation. "La volonté de la Région, en matière d’irrigation, est que des retenues hivernales et des bassins de stockage soient mis en place", précise le président de la Chambre d’agriculture régionale, Denis Carretier. Des PTGE (Programmes territoriaux pour la gestion de l’eau) ont été mis en place à l’échelle de la Région, en collaboration avec l’Agence de l’eau Adour Garonne et l’agence Rhône Méditerranée Corse.

"Nous en avons un également à l’échelle de l’Hérault porté par le Département dans le cadre de l’étude de projets de retenues, mais aucun dans les bassins versants", relève Alexandre Boudet, élu de la chambre. En revanche, dans le cadre du prochain Sdage, les territoires verront leur PGRE (Plan de gestion de la ressource en eau) actuel évoluer vers un PTGE. De plus, dans celui du schéma départemental d’irrigation, ‘Hérault Irrigation’, lancé en 2017, une extension des réseaux est prévue. Sur les 8 000 ha visés dans ce schéma, 6 000 ha ont d’ores et déjà été raccordés et les 2 000 ha restants ont fait l’objet d’un appel à projets l’an dernier. 

Par ailleurs, 9 retenues hivernales sont projetées. "Trois sites sont actuellement à l’étude pour les accueillir, à savoir autour de Florensac, Caussiniojouls et Pouzolles. L’étude a débuté le mois dernier", indique Yvon Pellet, vice-président du Département de l’Hérault. Enfin, deux travaux expérimentaux sont en cours sur la réutilisation des eaux usées traitées : ‘Sopolo’ en partenariat avec l’Irstea, le Conseil départemental, la Métropole de Montpellier, la CCGPSL ; et ‘Rur’Eaux’ en partenariat avec Ecofilae pour la récupération des eaux usées traitées de la station d’épuration de Saint-Jean-de-Cornies en agriculture. 

"On sait qu’on ne pourra pas irriguer l’ensemble des hectares agricoles de l’Hérault. Mais là où les projets ont été lancés, il faut avancer. De toute façon, il n’y a pas une solution, mais des solutions, qui comprennent à la fois l’extension des réseaux, la réutilisation des eaux usées traitées et les retenues hivernales", synthétise le président de la Chambre d’agriculture. Dans tous les cas, quel que soit le projet porté, le dialogue sera de mise autour de la gestion de l’eau, "et il faudra prendre en compte les enjeux des autres. Une fois les projets arrêtés, il faudra ensuite prioriser, car les moyens financiers ne seront pas extensibles" dit, en guise de conclusion, le nouveau directeur adjoint de la DDTM 34, Thierry Durand. 

Florence Guilhem


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