Hérault : Eau et HVE, la filière viticole ne lâchera rien

Publié le 13 septembre 2022

Jérôme Despey a fait le point des faits marquants du millésime 2022 pour les représentants de l’État, des collectivités territoriales, des parlementaires et des professionnels de la filière. © F. Guilhem

Le préfet de l’Hérault a fait sa “rentrée” des vendanges aux côtés de la profession viticole, le 2 septembre, à Puilacher, d’abord au Domaine de Puilacher, puis à la cave coopérative ‘Clochers et Terroirs’. Tour des dossiers d’actualité et des sujets qui fâchent.

Après la rentrée des classes, c’était celle des vendanges pour le préfet de l’Hérault, Hugues Moutouh. L’occasion, pour la profession viticole, sous la houlette du président de la Chambre d’agriculture, Jérôme Despey, de faire un point de situation de la filière, mise à rude épreuve depuis 2019 entre la taxe Trump, la fermeture des marchés, le ralentissement de la consommation des vins, le Covid, le gel et, à présent, la sécheresse. “On pensait qu’après toutes ces crises, on pourrait enfin respirer, mais le climat nous a rattrapés une nouvelle fois, en 2021, avec le gel d’avril”, rappelle-t-il. Si tous les dossiers pour aider les viticulteurs sinistrés (calamités agricoles, frais de vinification pour les vignerons indépendants et les caves coopératives) ont bel et bien été soldés dans l’Hérault au 30 juin dernier, “cela tarde encore dans les autres départements”, souligne-t-il.

Plus encore, la profession est en attente sur la clause de revoyure pour les viticulteurs sinistrés assurés qui n’ont pas eu droit aux aides. “Ce n’est pas parce qu’ils sont assurés qu’ils ne doivent pas être aidés. Ils doivent pouvoir bénéficier des 2,5 points de rachat de franchise. Pour la clause de revoyure, on devait avoir rendez-vous en septembre. On y est. On ne lâchera rien”, prévient le président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault.

Les caves coopératives sont, de leur côté, en attente par rapport à leur demande de retraitement du calcul de leur EBE (excédent brut d’exploitation). “Le critère retenu pour son calcul a imposé aux caves coopératives d’avoir recours à leurs fonds propres pour payer leurs adhérents. C’est la raison pour laquelle on demande des mesures d’aides à l’aval”, appuie le président des Vignerons coopérateurs de l’Hérault, Fabien Castelbou. Mais s’il y a une demande commune à tous, c’est bien celle de la gestion de l’eau.

Gestion de l’eau : “Il faut arrêter la démagogie”

Plutôt que de laisser filer les milliards de mètres cubes qui tombent chaque année dans notre région, pourquoi ne pas les stocker en créant des retenues hivernales pour donner les moyens aux agriculteurs de pouvoir continuer à produire, d’autant que ces derniers n’ont pas ménagé leurs efforts en termes qualitatifs. “Il faut arrêter la démagogie et le populisme sur la gestion de l’eau, d’aller sur les plateaux de télévision comme le font les politiques et de parler de ce sujet sans rien connaître de l’agriculture”, s’énerve Jérôme Despey. Et de laisser entendre que si rien n’est fait, “sur les 80 000 ha de vignes dans l’Hérault, sans solution face au réchauffement climatique, on aura sous peu 40 000 ha”.

Irriguer à partir des retenues hivernales, c’est l’expérience menée dans le secteur de Puilacher, où la profession viticole a lancé un projet en 2009, qui devrait aboutir en décembre prochain. Au final, dans la vallée de l’Hérault, le réseau mis en place à partir de retenues hivernales permettra d’irriguer près de 2 000 ha.
Ce sont 550 ha qui auront accès à l’irrigation dans la zone de Puilacher à partir de mars 2023, puis 300 ha et 550 ha, l’année suivante, dans les communes voisines. “Au total, ce seront 3 millions de mètres cubes qui seront lâchés du lac du Salagou, dont 2,5 millions de mètres cubes pour l’agriculture, et 500 000 m3 pour le milieu et l’eau potable. L’eau prélevée dans l’Hérault provient initialement du lac du Salagou, qui est relarguée dans la Lergue, rivière affluente de l’Hérault”, explique Alexandre Boudet, élu de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, en charge de la commission ressource en eau.

Par ailleurs, dans le plan ‘Hérault irrigation 2030’ porté par le Département, neuf sites ont été choisis pour accueillir des retenues hivernales. Trois d’entre eux vont être soumis sous peu à une concertation publique. L’objectif du Département est d’arriver à irriguer près de 25 000 ha.
Mais le soutien de l’État pour les retenues hivernales sur notre territoire sera essentiel pour leur réalisation”, insiste, de son côté, Alexandre Boudet. Un même soutien est attendu sur la refonte de la certification Haute valeur environnementale (HVE), qui a provoqué un véritable tollé au sein de la profession viticole, qui craint un coup d’arrêt dans les demandes.

HVE : levée de boucliers face au nouveau référentiel

Deux points de blocage portent sur l’Indice de fréquence de traitement (IFT), avec, d’une part, l’obligation de prendre en compte les traitements contre la flavescence dorée dans le calcul de l’IFT insecticide, et, d’autre part, la prise en compte des bio pour le calcul de désherbage. Les deux autres points d’achoppement sont l’item de la fertilisation et la biodiversité. Or, si le nouveau référentiel est validé en l’état par le ministère de l’Agriculture, le nouveau cahier des charges de la certification HVE devra être appliqué dès le 1er octobre.

Ainsi, si les viticulteurs étaient déjà remontés contre la refonte de la certification HVE, son application dès cette date a fini de mettre le feu aux poudres, car “c’est infaisable dans les faits. Les vendanges sont en cours et les certifications déjà demandées. Autrement dit, tous les vins dans les cuves ne pourront être certifiés HVE avec le maintien de cette date. Si tel est le cas, cela va mal se passer”, présage Jérôme Despey. D’autant que le “système” créera, de surcroît, “une HVE à deux, voire trois vitesses. C’est inadmissible”, complète Fabien Castelbou. Et tous de demander, au-delà des discussions techniques qui doivent encore avoir lieu, un report au 31 décembre. Il n’y a donc pas que sur le terrain social que la rentrée s’annonce chaude… 

Florence Guilhem


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