Hérault : Des haies dans les vignes au domaine de la Massole

Publié le 23 avril 2019

L’ensemble des haies est constitué de trois strates de près de 90 espèces différentes.

Trois kilomètres de haies vont être plantés au milieu et en bordure des vignes, chez Catherine Carrière Pradal, entre Servian et Bassan. C’est l’un des plus importants projets d’agroforesterie dans les vignes du Languedoc.

Au domaine de la Massole, à Servian, Catherine Carrière Pradal a commencé la plantation de trois kilomètres de haies, au milieu et en bordure de ses vignes. Cette action a pour objectif d’améliorer la qualité de l’eau sur ce secteur classé en zone de captage prioritaire. Ce projet est accompagné par l’Etablissement public territorial de bassin (EPTB) Orb Libron dans le cadre du programme d’actions des captages prioritaires du Libron. Il s’agit du plus gros chantier de plantations de haies sur une exploitation agricole, cette année, en Languedoc-Roussillon.

Vigneronne depuis 40 ans, Catherine Carrière Pradal vient donc de se lancer dans l’agroforesterie au milieu des vignes. Sur son domaine, elle exploite 60 hectares de vignes, 2 ha d’oliviers et 2 ha de grenadiers. “C’est un domaine en transition”, explique-t-elle. “Mes enfants vont reprendre l’exploitation. Ils ont déjà commencé avec quelques parcelles en cave particulière.” C’est donc un projet qu’elle mûrit depuis près de sept ans. “Je me suis intéressée à l’agroforesterie en me disant que si cela marchait en maraîchage et en céréales, il était possible de l’appliquer à la vigne.”

Protéger la biodiversité de la faune et de la flore

“Avec ce projet, nous allons valoriser les paysages. De plus, les haies peuvent même jouer un rôle de protection contre les aléas climatiques”, souligne-t-elle. Les haies comporteront jusqu’à 90 espèces, choisies minutieusement selon les sols. Les plantations se faisant selon trois strates : les fruitières, les plantes mellifères et le romarin au pied. Près du domaine, par exemple, des arbres fruitiers de variétés anciennes ont été privilégiés. “C’est un projet collectif”, reconnaît-elle. “Il faut désormais que cela se perpétue alentour.” Dans la parcelle sélectionnée pour l’inauguration du chantier, elle explique qu’elle “a arraché un rang sur deux et replanté de la vigne. On a déjà planté quatre rangées d’arbres et d’arbustes”.

Pour ce projet d’envergure, Catherine a travaillé de manière intensive avec Nadia Van Hanja, de l’EPTB Orb Libron et avec Agroof, une société coopérative et participative, basée à Anduze, dans le Gard. “Il s’agit de prendre en compte la dimension de l’écosystème”, souligne Daniele Ori, chez Agroof. “Nous sommes un organisme qui soutient les agriculteurs en transition. L’agroforesterie a pour objectif de changer les pratiques. Les fruitiers sont là comme productions d’agrément. Ce sont des paris sur l’avenir en diversifiant le végétal et la présence animale. Il s’agit aussi de réduire les intrants dans les cultures.” Ce projet est donc une vitrine par la grande diversité des espèces qui vont composer ces trois kilomètres de haies. Parmi les essences sélectionnées, on retrouve le sorbier, le pistachier domestique, ou encore le laurier thym, l’églantier des champs, l’arbousier, le prunelier, le plaqueminier. En contexte méditerranéen, comme ici, les premières années, il faudra surveiller les plantations et irriguer.

La haie, un élément structurant

L’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse finance ce projet à hauteur de 80 % avec les fonds européens du Feader. Elle a pour mission le contrôle de l’état des masses d’eau et la gestion de la qualité de l’eau. Aussi, elle lutte contre la pollution diffuse et protége la ressource en eau. L’Agence de l’eau dépense 16 millions d’euros pour l’accompagnement agricole en Languedoc-Roussillon. “Nous avons besoin de bons exemples comme celui-ci”, a déclaré Dominique Colin, directeur de l’antenne de Montpellier de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. “Pourquoi est-ce un projet exemplaire ? Parce qu’il lutte contre l’érosion des sols, la limitation du transfert de produits polluants, et joue sur la biodiversité. La haie est un élément structurant, et n’est pas qu’un enjeu sur l’eau. Au domaine de Catherine Carrière Pradal, les essences choisies ont été étudiées en tenant compte du changement climatique.”

Anne-Solveig Aschehoug

 


HéraultHaie vigne agroforesterie