Hérault - Cave Rabelais : comment s’en sortir face à la désaffection des consommateurs pour le muscat ?

Publié le 11 septembre 2020

Élus départementaux et cantonaux en visite à la cave Rabelais de Mireval. (© F. Guilhem)

Le 3 septembre, dans le cadre de la tournée des caves du Département, Jean-Luc Falip et Yvon Pellet, délégués départementaux, se sont rendus à la cave Rabelais de Mireval.

Si les vins naturels sont de plus en plus tendance, cela fait quelques décennies que les vins doux naturels n’ont plus la cote pour l’apéritif, et encore moins depuis que l’apéritif italien, l’Apérol, est devenu le nec plus ultra en la matière. Le produit de niche qu’est le muscat n’a donc eu de cesse d’année en année de perdre des parts de marché, et, par voie de conséquence, des surfaces et des producteurs.

À la cave Rabelais de Mireval, cette "dégringolade" inexorable est constatée comme dans les autres zones de production du muscat. Avec ses 32 coopérateurs, ses 120 ha d’appellation et sa quinzaine d’hectares dédiés aux vins secs et moelleux, bon an, mal an, la production annuelle oscille entre 2 000 et 3 000 hl. "En dix ans, il s’est perdu autour de 4 000 hl avec l’arrachage de vignes en muscat petits grains pour une reconversion vers des vins secs en IGP. Les pertes de parts de marché ont, elles, commencé deux à trois ans avant", rappelle Jean-Marc Rossel, président de la cave Rabelais depuis 2010. 

Sa plus grande crainte aujourd’hui ? "On va finir par ne plus pouvoir faire face au paiement des frais fixes de plus en plus lourds. Et c’est de plus en plus compliqué de rémunérer les coopérateurs", confesse-t-il. De fait, depuis 2007-2008, la rémunération des coopérateurs n’a pas augmenté. Ce sont eux qui, en quelque sorte, portent et supportent la cave coopérative, en participant aux frais fixes. Et si la coupe n’était pas assez pleine, la crise sanitaire liée au Covid-19 a fini de plomber les comptes. Selon le président, la cave coopérative devrait perdre autour de 100 000 €, soit un cinquième de son chiffre d’affaires annuel, avec la fermeture du caveau de vente et l’annulation de toute une série d’événements (Estivales, Oursinades, etc.) du fait de la crise sanitaire. 

Pour sortir de cette quadrature du cercle, renforcée par les dommages collatéraux provoqués par le Covid-19, la coopérative a décidé il y a quelques années de développer des vins IGP pour apporter des volumes à la cave, et réduire ainsi le coût des charges fixes. "Nous n’avons aujourd’hui que 6 ha en IGP, ce qui est loin d’être suffisant pour atténuer les charges fixes de la cave. Mais on se heurte à la difficulté de trouver du foncier", se lamente-t-il. Un comble quand on sait que la commune de Mireval a 63 % de terres en friches accessibles à la plantation et celle de Vic-la-Gardiole 40 %. Selon Jean-Marc Rossel, les communes seraient prêtes à arrêter un projet agricole pour ouvrir l’accès au foncier. Autre option pour sortir de l’impasse : trouver un partenaire avec qui fusionner. "On a des approches", reconnaît Jean-Marc Rossel, sans dire plus.

 

Comment redorer le blason du muscat ?

Pour reconquérir les cœurs, mais surtout le palais des consommateurs, il faudra à tout prix redonner ses lettres de noblesse au muscat. Autrement dit, une stratégie s’impose, mais la cave coopérative, du fait de sa petite taille, n’a pas les moyens de la mener seule. C’est là où le Département peut apporter son soutien pour lancer des opérations offensives de communication permettant à ce breuvage de retrouver un peu de visibilité.

Pour Jean-Luc Falip, vice-président délégué à l’aménagement rural, agriculture, viticulture, pêche et forêt au Conseil départemental de l’Hérault, la carte à jouer est incontestablement celle de la communication. Et d’autant que "le produit est bon, rare et naturel comme ce que veulent aujourd’hui les consommateurs. Il faut donc dépoussiérer son image vieillote. Par le biais de l’œnotourisme, les routes du vin, et autres opérations portées par le Département, on peut vous aider à mettre en place une bonne communication sur le produit". Lui y croit en tout cas.

Le projet de la ‘Maison du littoral’, aux Aresquiers, avec un nouveau caveau à ses abords, remplaçant le caveau de vente de Mireval, pourrait aussi participer à cette communication positive, selon l’élu. Comme la mise en avant de la cave coopérative assimilée à l’ancien temps alors "qu’en réalité, une cave coopérative, c’est de l’économie sociale et solidaire, car c’est la mise en commun de moyens dispersés pour préserver l’intérêt de chacun, avec l’exigence d’un niveau de qualité à respecter. C’est de l’économie partagée, qui se traduit notamment par une voix, un homme", défend Jean-Luc Falip.

En attendant des jours meilleurs, et bien que la récolte, commencée fort tôt cette année (6 août), soit réduite puisqu’elle avoisine les 2 000 hl, "la vendange est saine. A priori, on devrait avoir un beau millésime", relève, de son côté, François Baudouin, l’œnologue de la cave Rabelais de Mireval, où les fermentations commençaient à peine. 

Florence Guilhem

 


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